Emmanuel Petit, l'insaisissable

Champion du monde 98, auteur du troisième but contre le Brésil en finale, Emmanuel Petit a trimballé une image de rebelle, d'écorché vif, au cours de sa carrière. Désormais impliqué dans plusieurs domaines, il alterne toujours entre contre-pieds, tacles appuyés et prises de risques. Avec passion, entre convictions et contradictions, l'ancien milieu de terrain a balayé tous les sujets.

La principauté, l'AS Monaco

"Je sais ce que l'ASM m'a apporté, j'ai passé quatorze années extraordinaires à Monaco et j'ai encore énormément d'amis ici. Quand je reviens, je suis toujours surpris de voir comment Monaco évolue d'un point de vue architectural, un domaine que j'adore. Le monde évolue, Monaco aussi. Trop vite…
Depuis deux ans, je n'ai plus de contact avec les gens du club. Cela n'a pas été une rupture frontale. À l'image d'un couple qui se sépare, on s'est perdu de vue. Quand l'ASM n'allait vraiment pas bien, nos relations se sont diluées."

Sa place dans le monde pro

"Vous pensez vraiment qu'aujourd'hui, il y aurait une entité qui aurait le courage de me prendre ? Je n'en suis pas certain. Pourtant, je suis quelqu'un de très facile à vivre au quotidien. Mais j'ai tout simplement des valeurs que je ne renierais jamais, je ne suis pas prêt à faire des compromis."

Les nouvelles technologies, l'esprit d'entreprise

"Je suis actionnaire de Netco (une société d'applications mobiles en rapport avec le sport, qui collabore notamment avec Canal+, ndlr). J'ai pris le train en route, ça me plaît beaucoup parce que je suis un geek. Nous sommes leaders en France, on a des ramifications dans le monde arabe, en Angleterre, au Brésil. On est une bande de potes. Je suis également actionnaire de Kentaro depuis dix ans, une entreprise qui opère dans les droits télévisuels. Aujourd'hui, je connais toutes les facettes du monde professionnel. J'ai toujours été un touche-à-tout. Quand j'étais joueur, j'ai créé des pubs à Londres, des magasins de fringues. Je suis un papillon. Dès que la fleur me plaît, je me pose et je butine."

Des deux côtés de l'écran

"Consultant (pour L'Équipe TV et France Télévisions notamment), c'est la partie visible de mon travail, mais ça ne représente que 30 % de mes activités. La télé est décisionnaire dans beaucoup de domaines, il faut se nourrir à la source. 

Avec Kentaro, on achète les droits auprès des fédérations et on les revend aux différents opérateurs télévisuels. Ça représente une manne très importante pour une fédé, qui redistribue ensuite au monde amateur, à ses missions, ses fondations. La Fédération française de football, pour parler d'elle, a une mission de service public, même si elle semble parfois oubliée. La FFF a besoin d'argent, il faut qu'elle s'autofinance."

Spectateur désenchanté

"Le foot me passionne de moins en moins. Il n'y a plus d'équité sportive. Après, je garde toujours ce regard de gamin… Je prends toujours beaucoup de plaisir à regarder un match, mais c'est la finalité qui me pose plus de problèmes. Il faut être extrêmement radical. Revenir à ce qui se faisait avant. Ligue des champions pour le champion de chaque pays, coupe de l'UEFA pour le deuxième. Il faut arrêter cette surenchère permanente. Le quatrième d'un championnat huppé peut jouer la Champions league, ça rime à quoi ?" 

Le foot business,la toute-puissance des clubs

"Les clubs sont devenus des entités presque plus puissantes que les fédérations elles-mêmes. Aujourd'hui, jouer pour son pays, ça représente presque une image désuète pour les joueurs. Les plus grands clubs sont en train de faire fléchir la Fifa et l'UEFA. C'est intéressant de voir à quel point l'avidité des gens outrepasse les valeurs et les devoirs que l'on a dans la vie. Tout ça, ça me fait un peu penser à la pyramide de Ponzi… (Un système où les investissements d'un premier groupe de clients sont rémunérés avec les fonds des nouveaux venus, comme ce fut le cas dans l'affaire Madoff.)

D'autres solutions ? Bien sûr qu'il y en a. Mais est-ce que les décisionnaires ont envie de les trouver ? Je ne suis pas certain. 60 % des recettes des clubs proviennent des droits télé. Ils devront lutter contre la télé-dépendance, c'est très compliqué parce qu'on est allé très très loin. Le foot est un vampire qui se nourrit de son propre sang."

La mauvaise image du foot

"Ça me touche, bien sûr. Parce qu'il y a beaucoup de gens honnêtes qui sont toujours investis de certaines valeurs. Le problème, c'est qu'une minorité passe son temps à balayer d'un revers de main tout ce qui a mis très longtemps à être construit. Certains joueurs n'en ont rien à foutre du maillot qu'ils portent. Il y a une réelle prise de conscience à avoir, en profondeur. Sinon on va se prendre un mur."

Le rôle du sportif dans la société

"Les sportifs ne sont pas les garants de la moralité. On leur demande d'être exemplaires. On fait des amalgames entre l'argent, la culture, la religion, l'identité nationale… On demande beaucoup trop aux joueurs et aux sportifs en général. Moi, ça ne me posait pas de problème parce que je me suis toujours senti investi d'une mission quand je portais le maillot bleu. C'était un honneur suprême. Un peu à l'image de celui qui va donner sa vie pour combattre l'ennemi, assurer la sécurité de son pays."

Son désir de conquérir la FFF (1)

"Je compte me présenter à la présidence de la Fédération française de football en 2016. Je ne suis pas là pour faire chier mais pour servir le foot français. Je suis quelqu'un qui a besoin de vivre dans le danger pour avancer. Je n'ai rien contre le foot pro mais il faut qu'il prenne conscience qu'il n'existerait pas sans le foot amateur. La Fédération, ce n'est pas seulement l'équipe de France, même si c'est une locomotive importante. Derrière, il y a une multitude de wagons qui se détachent. Ma démarche est désintéressée. Quand il y a des choses à dire, c'est bien de le faire à la télévision, mais je veux m'engager dans les coulisses. Je suis prêt à m'investir dans le foot d'une façon politique."

1. Propos au sujet de la présidence de la FFF tirés d'une interview donnée à France football.

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