En terrasse avec Juha Kankkunen

Quadruple vainqueur du championnat du monde, ex-æquo avec son compatriote Tommi Mäkinen, Juha Kankkunen se positionne juste après le Français Sébastien Loeb et ses neuf sacres au panthéon du rallye. Pourtant, c'est un personnage d'une grande simplicité qui a pris le temps de deviser avec nous. L'homme de 54 ans au regard bleu et à la mèche claire, façon Hutch sans Starsky, nous a donné un aperçu de son univers et de son époque.

Nous sortons sur la terrasse du Café Llorca pour prendre l'air en compagnie de l'ancien pilote. Il allume avec délectation un cigarillo. "Je suis dans toutes ces discussions depuis ce matin, vous savez", se justifie-t-il. "Je fais partie du jury des podiums d'or. Non pas que ce soit ennuyeux, mais disons que ça fait long. C'est une journée marathon."  Un moment de détente idéal avec nous, et des souvenirs de courses en toile de fond. 

Juha Kankkunen prend part au tumulte du Sportel pour la première fois. "Mais je connais le Sportel depuis longtemps. J'ai vécu à Monaco pendant vingt-deux ans. Je connais bien l'endroit. J'y ai eu de très bons amis comme Larry Perkins (ancien pilote de rallye australien, ndlr). Et beaucoup de pilotes finlandais viennent ici."

Du temps passé à Monaco. Pourtant, aucune victoire au compteur. "Je n'ai jamais remporté le rallye de Monte-Carlo. J'ai terminé deuxième, deux ou trois fois. Troisième, cinq fois, et j'ai peut-être été dans le "top ten" à dix reprises. Mais je n'ai jamais gagné", raconte Kankkunen, amusé. "En 1987, j'ai mené quelques minutes", se souvient-il. "Mais j'ai très vite dû arrêter pour laisser gagner Biasion (Massimo dit "Miki"), l'Italien de mon équipe. J'étais chez Lancia à l'époque, et c'était la politique de la maison. Peu importe."

Et à la question : "Est-ce un regret dans votre grande carrière de n'avoir jamais gagné à Monaco ?" Il répond du tac au tac. "Pas vraiment. J'ai gagné tout ce qu'il était possible de gagner. Et puis je sais que j'aurais pu arriver premier cette année-là et c'est suffisant pour moi", sourit le Finlandais. "Ne signe pas le contrat si tu n'es pas d'accord", ajoute-t-il, sur un ton ferme.

Le leadership de Loeb ?
"Une motivation pour les pilotes"

On ne peut décemment pas éviter le sujet Loeb. Entre deux bouffées de la fumée épaisse du cigarillo, il enchaîne quelques compliments destinés à l'Alsacien. "Loeb a fait une carrière incroyable. Je crois que pour l'instant, personne ne peut le battre. Enfin, son compatriote (Sébastien Ogier) semble très talentueux et bien dans sa tête. Un très bon gars. Il peut gagner trois, quatre, huit fois ou plus. Qui sait… En tout cas, on dirait qu'actuellement les Français sont très bons."

Contrairement à ce qu'en disent certains, Juha Kankkunen ne pense pas que la toute-puissance du pilote Citroën ait tué le championnat. "Peut-être qu'à regarder à la télévision, ça devient un peu ennuyeux, c'est vrai. Mais d'un autre côté, c'est bien. Il le mérite. C'est un peu comme en F1 avec Sebastian Vettel qui remporte tout. Mais ça reste excitant pour les pilotes parce que le meilleur est une cible pour les autres. Tout le monde veut le battre."

A son époque, les choses n'étaient pas tout à fait pareilles. "Il y avait tellement d'équipes différentes. C'était plus ouvert, moins évident de savoir qui allait gagner. Aujourd’hui, le monde du rallye souffre un peu du manque d'argent, de sponsoring. Il y a de très très bons pilotes. Mais seulement quelques-uns d'entre eux ont les moyens techniques de remporter une course."

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