Estanguet : "Je ne veux 
pas précipiter ma décision"

Vainqueur de sa troisième médaille d'or à Londres, le Palois se retrouve désormais à la croisée des chemins. A 34 ans, il hésite entre l'envie de prolonger sa magnifique carrière et le souhait de découvrir de nouveaux horizons.

Vous avez vécu beaucoup d'aventures pendant les Jeux. Comment gère-t-on l'après ?

Le chapitre olympique se termine souvent longtemps après la compétition parce qu'il y a un marathon qui dure plusieurs mois. Ça fait partie de l'aventure des Jeux. Derrière, il y a d'autres facettes à gérer, je suis en plein dedans. On me demande souvent "qu'est-ce que tu deviens, qu'est-ce que tu fais ?" 

Vous êtes notamment venu à Antibes pour les Alliances du sport, fin septembre…

Exactement, on fait pas mal d'allers-retours dans toute la France, on fait le tour des clubs. Il y a pas mal de sollicitations, c'est bien, ça fait parler de nous, de nos sports. On rencontre du monde et on retrouve un équilibre. On s'ouvre à autre chose après avoir passé beaucoup de temps à s'entraîner.

La réflexion sur votre avenir, sur la volonté de mettre un terme à votre carrière est-elle déjà entamée ?

Bien sûr, mais je ne veux pas la précipiter. C'est la quatrième fois que je me retrouve dans cette situation. Je sais que ça ne sert à rien de repartir tout de suite sur un projet sportif bien identifié. Donc aujourd'hui, je préfère répondre à ces sollicitations, ça me laisse du temps pour sentir les choses, ce que j'ai envie de faire. Voilà, il y a beaucoup d'ambition puisque le but, c'est quand même de réussir l'après-carrière.

Le monde médiatique pourrait-il être votre prochain terrain de jeu ?

Oui, bien sûr. Promouvoir nos disciplines olympiques, parler de sport en général, ça m'intéresse. Se retrouver de l'autre côté, c'est tentant. J'ai déjà une petite expérience là-dessus puisque je travaille depuis deux ans pour RMC et je me rends compte que ce n'est pas toujours évident d'avoir un avis sur un sujet. Aujourd'hui, dans les médias, on nous demande de nous positionner sur tout. Pour moi, c'est parfois injuste. Mais il faut être capable de le faire.

Et choisir une médaille d'or plus belle que les autres dans votre collection, c'est possible ?

Là-dessus, j'ai toujours réussi à taper en touche. Tout simplement parce que je n'ai pas envie de choisir. J'ai eu la chance de faire quatre fois les Jeux, j'ai envie de garder en tête ces quatre éditions qui ont toutes été différentes. Sydney, c'était magique parce que c'était la première fois. Gagner à 22 ans, c'était un rêve de gamin. Athènes, c'était beau, il y avait un titre à conserver. De tous mes combats, cela a probablement été le plus acharné, ce n'était vraiment pas évident. 

Que penser de Pékin, où vous étiez porte-drapeau et où vous n'avez pas atteint la finale ?

C'était dur parce que j'y ai connu la première grande déception de ma carrière. Il a fallu gérer ça, j'ai pris une bonne leçon d'humilité. Tout ce qui a suivi a été une étape importante dans ma vie. Et Londres, c'est le retour au plus haut niveau. Je savais que j'étais plus proche de la fin que du début. Mais il fallait gagner et je l'ai fait. C'était une belle histoire, ce n'était pas évident.

D'autant plus que vous aviez décidé de mener campagne pour intégrer la commission des athlètes du CIO…

C'était super intéressant. J'avais un peu mal vécu les critiques concernant le fait d'avoir mal géré mon rôle de porte-drapeau à Pékin. Ce n'était pas une revanche, mais bon… En gros, on me disait qu'il ne fallait pas mener un projet sportif et autre chose en parallèle. Je ne crois pas à ça. C'est compatible et ça reste une expérience hors du commun. 

Ce rôle que l'on peut qualifier de "politique" vous intéressait-il depuis longtemps ?

Après Pékin, j'ai décidé de continuer ma carrière mais aussi de m'impliquer dans le sport d'une autre manière, préparer la suite. Je me suis beaucoup amusé dans ce rôle, d'abord à travers ma Fédération nationale puis internationale, à travers le CNOSF (Comité national olympique et sportif français, ndlr) où je suis devenu président de la commission des athlètes avec Isabelle Severino. C'est un peu la continuité d'un engagement qui date de quatre ans.

Malgré tous ces projets, ne craignez-vous pas de ne jamais revivre des moments aussi forts que dans un canoë ?

C'est sûr que c'est très difficile de savoir quel est le bon moment pour passer à autre chose… Ce sera dur de reproduire les mêmes conditions dans un autre domaine. Toujours est-il que je suis aussi attiré par cette curiosité, l'envie de savoir si je suis capable d'être bon dans un autre domaine, si je suis capable de rebondir.

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