"Je voulais être un artiste"

Il a été l'un des meilleurs boxeurs français de sa génération. Il s'est ensuite reconverti comme acteur. Au cinéma, d'abord, puis sur les planches du théâtre. De passage au Sportel, il raconte sa nouvelle vie aux côtés de Fabienne Barbier. Son ange. 

Fabrice Benichou est un homme aux multiples vies. Ou à la vie remplie. C'est au choix. Mais c'est un homme entier, que la vie n'a pas épargné. Aujourd'hui, il a fait la paix avec ses démons. Et raconte tout cela sur scène, non sans humour, grâce à sa plume et à celle de Fabienne Barbier, présente à ses côtés. Boxeur, comédien, auteur. De quoi coller à ses rêves de gosse.

Quel est votre quotidien aujourd'hui ?

Du théâtre, beaucoup de spectacles et de répétitions, du sport, je m'entretiens, il faut rester belle, alors je fais attention à ça (rires). C'est beaucoup la tête, le travail, beaucoup de lecture, d'apprentissage, parce qu'apprendre à jouer prend du temps. Et devenir comédien ne se fait pas en un clin d'œil.

Arrêter la boxe et passer à autre chose, avant de devenir comédien, a-t-il été difficile ?

D'une certaine manière, oui, parce que c'est la seule chose que je savais faire et partir vers l'inconnu était un peu angoissant. On se demande ce qui va nous arriver, ce qu'on va devenir. J'ai fait plein de petits boulots mais je ne me suis jamais épanoui nulle part. Métro-boulot-dodo, ce n'était pas mon truc. Et la comédie est arrivée, mais il a y eu un hasard fou avec Fabienne. 

C'est-à-dire ?

Je jouais mon spectacle au théâtre Galabru à l'époque, mais je n'étais pas satisfait. Il ne me permettait pas d'exploiter tout ce que j'avais en moi. Je savais que je pouvais devenir un bon comédien. Un soir, j'errais dans les rues, complètement bourré (sic) et je ne trouvais plus le chemin de chez moi. J'ai échoué sur un banc, j'ai commencé à paniquer, à demander de l'aide aux passants, mais personne ne s'arrêtait. Et d'un coup, une femme s'arrête. Un ange. Elle me propose son aide, me ramène chez moi, me couche, me borde, puis disparaît.

Vous ne saviez pas qui c'était ?

Non. Ni qui elle était, ni comment elle s'appelait. Et un jour, en plein spectacle, 2-3 mois plus tard, je l'aperçois dans le public. C'était magique. Et là, j'apprends qu'elle est comédienne, auteure, metteur en scène, professeure de théâtre. C'est complètement fou. Surtout que, quelques temps avant, je marchais dans la rue et je m'étais arrêté pour prier, alors que j'avais perdu la foi depuis longtemps. J'avais demandé trois choses : un toit, remonter sur scène et rencontrer mon ange. Et les trois sont arrivés les uns derrière les autres. 

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Cette rencontre a marqué un tournant. Vous avez co-écrit ensemble votre spectacle "Ma vie, un poing c'est tout", que Fabienne Barbier a également mis en scène. Qu'est-ce qui a changé par rapport au premier ?

Fabienne Barbier : Je l'ai aidé à raconter son histoire. Elle était très portée sur le côté masculin et comme il a une énorme sensibilité, j'ai utilisé ce potentiel. Notamment son rapport à sa maman, qui n'était pas exprimé, car on a tendance, chez les sportifs et surtout les boxeurs, à ne pas utiliser ce genre de choses et c'est dommage car c'est très émouvant. Il fait du yoga, du mime et même du striptease durant son spectacle.

Fabrice Benichou : C'est un spectacle assez particulier, qui va aux quatre coins du monde, là où j'ai voyagé, où je suis né, où j'ai démarré ma carrière. 

Vous vous attendiez à mener cette seconde carrière après vos années de boxe ?

Complètement, car c'est ce que je voulais faire. Je voulais être artiste une fois le sport terminé. J'ai toujours eu cette âme d'artiste, dès tout jeune, quand j'étais avec mes parents qui voyageaient dans le monde entier. Alors forcément je suis arrivé vers ce que je voulais. C'est mon élément.

Vous avez également eu quelques rôles au cinéma. Sur quel support vous sentez-vous le mieux ?

Je préfère les planches. C'est un peu comme avec la boxe, il y a un contact, un rapport direct avec le public, on ressent la vie du public. Il y a le même trac pour la première scène qu'avec un premier combat, il faut le dominer. Même si, à la boxe, il y avait aussi la peur de prendre des coups dans la gueule (sic). 

Cette peur du boxeur, justement, est paradoxale, car de nombreux champions ont avoué avoir eu peur avant leur combat. Était-ce pareil pour vous ?

Il y a beaucoup de boxeurs qui disent ne pas avoir peur, c'est vrai. Mais beaucoup reconnaissent aussi qu'on a la trouille. Ce n'est pas le coup qui nous fait peur, c'est l'humiliation, passer pour un con (sic), perdre. Parce que la douleur, on l'encaisse, on la travaille à l'entraînement, tous les jours, on prend des coups tous les jours, on est habitué. Mais c'est plus lié à l'humiliation, la douleur intérieure, intellectuelle qu'on peut ressentir et ça c'est dur.

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Vous évoquiez le rapport avec le public. Que ressent-on lorsque l'on voit l'émotion qu'on suscite chez les autres ?

Beaucoup de force, de bonheur. On est très touché de se dire, moi un petit mec d'1,60 m qui ait seulement fait vibrer des gens devant un ring, j'arrive encore à susciter de l'émotion chez eux. Ça veut dire que j'ai du faire quelque chose de grand dans ma vie. Je suis touché, je me dis que c'est magique et la première chose que je veux faire, c'est leur dire merci. Car il faut respecter le public, respecter le peuple. J'ai remarqué qu'il pouvait y avoir beaucoup de condescendance entre certaines personnes. 

Vous avez co-écrit trois livres, deux spectacles, qu'est-ce que cela vous a apporté ?

Une psychothérapie énorme, une connaissance de moi. Je me suis remis en question plein de fois, j'ai pris conscience de beaucoup de choses. Je me suis demandé où étaient mes erreurs et je me suis rendu compte qu'il y avait des obstacles à franchir que je ne n'ai pas su surmonter, que je n'ai pas eu la subtilité pour le faire, que j'ai parfois fait trop confiance aux autres. Mais ce n'est pas de leur faute, c'est la mienne. Et cette psychothérapie du théâtre et de l'écriture m'ont fait beaucoup de bien. Je n'ai pas écrit les livres seuls, ce serait prétentieux de dire le contraire. On m'a aidé, quelqu'un dont j'étais très proche, on discutait et en même temps que je parlais, il écrivait. C'est comme le spectacle, j'ai raconté ma vie, j'ai écrit avec elle (Fabienne Barbier), et c'est elle qui a tout mis en forme, qui lui a donné une âme supplémentaire. Cela m'a aussi permis de prendre plus de recul sur ma vie, sur ce que j'ai pu vivre, les viols, les tentatives de suicide (il montre les cicatrices sur son poignet)... Et j'arrive à parler de tout ça avec une certaine légèreté dans mon spectacle pour dédramatiser la situation.

Quelle est votre prochain défi ?

Fabrice Benichou : Il y en a plein. On a quelques projets de films. Fabienne est en train d'écrire un autre spectacle qui est magnifique. Elle en a déjà écrit trois qui sont superbes mais le milieu artistique est particulier… Comme elle a toujours voulu garder son intégrité, elle n'a pas réussi à percer. 

Fabienne Barbier : Nous ne sommes pas consensuels. Il y a certaines concessions que nous ne sommes pas prêts à faire. La qualité du travail est importante et le but est d'apporter quelque chose au public. 

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