Sportel, le sport en version féminine

Lors de ce rassemblement médias-sport, nous avons eu le loisir de rencontrer cinq demoiselles de caractère. Elles ont abordé différentes facettes de leur carrière de sportives de haut niveau. Entre image médiatique, blessure et reconversion, elles nous ont livré leur façon de voir.

Victoria Ravva (capitaine du RC Cannes volley) 
"On ne parle de nous que deux fois par an"

"Le calendrier que l'on fait chaque année plaît beaucoup. Mais on se fait pas mal critiquer parce qu'on nous dit : ''Vous êtes obligées de vous déshabiller pour qu'on parle de vous''. Malheureusement oui, on parle de nous deux fois par an : quand on fait le Final four et quand on fait notre calendrier. Maintenant, s'il faut passer par là, sans exagérer et qui plus est en se faisant chouchouter et maquiller, pourquoi pas." À 37 ans, la grande blonde au sourire éclatant reste la figure emblématique du RC Cannes.
Ce côté "star", la sportive l'assume parfaitement. "C'est parce que je suis depuis longtemps dans ce club que tout le monde me connaît et parle de moi. Je suis un repère. Je ne peux pas dire que ça ne me plaît pas, c'est assez valorisant. J'arrive à la fin de mon contrat, rien ne m'empêche d'arrêter. Mais je n'ai pas encore envie de faire partie des meubles." 

Valérie Nicolas (ex-handballeuse) 
"J'ai toujours pensé à ma reconversion"

"J'ai arrêté ma carrière de haut niveau après trois JO, Sydney, Athènes et Pékin. On me proposait encore deux ans de contrat à Ikast (Danemark, ndlr), mais je leur ai dit non. J'avais 33 ans à ce moment-là et je me suis dit qu'il était temps de penser à la suite. J'ai eu l'opportunité de travailler à Nice. La nouvelle municipalité voulait s'entourer de quelques sportifs de haut niveau pour ''rebooster'' la ville qui avait une image vieillissante. On m'a proposé de travailler à la Direction des sports. Puis sur le projet sportif, on m'a demandé d'aider le club à monter en D1. Donc j'ai choisi ce pari-là car ça me permettait de travailler et d'entraîner. Nous sommes six chefs de projet et notre travail concerne l'événementiel sportif. Ça va d'aider les clubs à organiser leurs tournois, à l'organisation de l'Ironman, du marathon Nice-Cannes ou des Victoires du sport. Maintenant, quand je regarde l'évolution de ma carrière, je me dis que les choix que j'ai faits sont pertinents. J'ai toujours pensé à ma reconversion."

Gwladys Epangue (équipe de France de taekwondo)  
"Epargner la machine"

"J'ai attrapé une bactérie qui s'est attaquée à une vertèbre et l'a rongée en partie. Il fallait attendre que ça se reminéralise". La taekwondoïste a déclaré forfait deux mois avant les Jeux et y a assisté en qualité de spectatrice. "C'était pas difficile à vivre. Il suffit d'intégrer le truc. En tant que supportrice de l'équipe de France, on supporte tous les membres et on espère que l'équipe va bien faire. C'est super que le taekwondo ait bien marché. Pour moi, ce qui compte c'est vraiment que la discipline soit mise en avant et que les performances des Français soient excellentes."
Marlène Harnois a ramené la médaille de bronze et Anne-Caroline Graff celle d'argent, de quoi venger la sportive blessée. "Maintenant, je suis sur pied et je peux reprendre le sport et la compète. Mais je me remets tranquillement à l'activité physique, rien ne presse. On va pas reprendre trop fort pour épargner la machine."

Lucie Décosse (championne olympique de judo)
"L'heure d'épilation entre midi et deux…"

Lucie Décosse a mis son temps au service des JO. Pour la jeune femme, il n'était pas imaginable de ne pas gagner. "Clairement, ma priorité jusqu'à la médaille d'or, c'était le judo. Quand je dis priorité, c'est que ma vie était organisée autour du judo et des entraînements. J'ai une vie de femme à côté qu'on va qualifier de ''normale''. Bien que ça ne puisse pas vraiment être normal quand on met la priorité sur du sport... Mais j'essaie d'avoir une vie de femme comme tout le monde."
On pense à Camille Muffat qui expliquait qu'en rentrant de l'entraînement vers 20 heures, pendant l'année qui précédait les Jeux, elle n'avait qu'une envie : dormir... "Moi c'est pareil. Mais je pense que ça dépend des gens. Je connais des filles de l'équipe de France de judo qui s'entraînent autant et qui, parce qu'elles ont la passion de la cuisine, même si elles sont fatiguées, cuisinent en rentrant. Moi je sais que je cuisine pas énormément. Mais l'heure de cuisine que je fais pas, ben ça va être l'heure d'épilation entre midi et deux quoi !", avoue-t-elle dans un rire.

Isabelle Ithurburu (journaliste rugby sur Canal+)
"On nous pardonne moins qu'à un homme"

À 29 ans, la jeune femme présente l'émission "Jour de rugby" sur Canal+ et fait aussi les interviewes en bord de terrain. "En tant que femme, il ne faut pas se tromper parce qu'on nous pardonne moins." "À l'époque (elle a présenté ses premières émissions en 2009, sur Infosport+, ndlr) c'était la mode des filles à la télé, et pas forcément des filles qui étaient crédibles."
Isabelle était une "cible" encore plus facile puisqu'elle est mariée à un ancien rugbyman, l'Argentin Gonzalo Quesada. "Évidemment, je me suis posé la question de ma légitimité. Mais j'ai beaucoup travaillé, précise-t-elle, tout en sourires. À Canal+, quand les gens voient que vous faites ce qu'il faut pour progresser, on vous laisse travailler. Nathalie Iannetta est une chance. C'est une de celles qui ont ouvert la voie aux femmes qui veulent faire ce métier. Elle est féminine, elle est crédible. Et elle peut faire autre chose que du sport, on le voit avec ''La Matinale''. Elle a vraiment fait ses preuves, donc aujourd'hui, un homme va attendre avant de la critiquer…"

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