Charles à la vitesse de Leclerc

Pour sa première saison chez Ferrari, et sa deuxième en F1, le Monégasque Charles Leclerc a livré de belles prestations lui permettant de finir 4e au classement général. De quoi ouvrir un peu plus son appétit en vue de la saison 2020 où l'objectif sera de jouer le titre.

L'espoir d'une nation. Ou de deux. Car depuis qu'il est passé chez Ferrari, et après la saison qu'il vient de réaliser, Charles Leclerc a derrière lui la Principauté, sa patrie, ainsi que tous les tifosi de la Scuderia. Il faut dire que le gamin de 22 ans a effectué une année de haute volée, notamment après la coupure estivale. Une saison au cours de laquelle il a signé 7 poles position (poleman de l'année), 10 podiums, 4 meilleurs tours et 2 victoires. Ses deux premiers succès en F1. Deux victoires aussi particulières l'une que l'autre. Et une 4e place finale, devant son coéquipier et quadruple champion du monde, Sebastian Vettel. De quoi pousser Ferrari à prolonger le contrat du jeune prodige, désormais lié avec la Scuderia jusqu'en 2024. Retour sur une année haute en émotions et en performances.

Prémices d'une grande saison

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A peine la liquette rouge revêtue que Charles Leclerc faisait déjà des siennes. Dans le bon sens du terme, bien entendu. Car le pilote monégasque a très vite annoncé la couleur une fois au volant de sa Ferrari. Dès les premiers tours d'essai de février (le 15), à Barcelone, le rookie a fait dans le sensationnel. Comment ? En réalisant tout simplement le meilleur temps sur le circuit de Montmelo, devant les pointures des paddocks. De quoi emmagasiner de la confiance et gonfler un peu plus une ambition élevée mais réaliste. Dans un entretien accordé à l'AFP*, il est d'ailleurs revenu sur ce moment où il prenait place pour la première fois au volant de sa voiture comme pilote titulaire. "C'était un rêve devenu réalité. Je crois que n'importe quel pilote, de F1 ou non, rêve de Ferrari et c'était aussi mon cas. Etre là dans ma combinaison et finalement savoir que j'allais piloter l'une des deux Ferrari, c'était un sentiment spécial."

Premier Grand Prix

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L'ouverture de la saison a toujours un goût particulier. Surtout lorsque l'on débute dans une nouvelle équipe et d'autant plus lorsque cette équipe s'appelle Ferrari. Si l'Australie ne restera pas comme le meilleur souvenir de sa saison (5e en qualification et 5e en course), Charles Leclerc a cependant été impressionné, comme il l'a révélé à l'AFP, "il se passait tellement de choses, tout était énorme. J'ai été impressionné par les moyens de Ferrari et le niveau de professionnalisme de l'équipe. J'avais beaucoup à apprendre mais c'était une bonne expérience." Une expérience, où, pour sa première avec la Scuderia, il a dû respecter des consignes d'équipe et ne pas prendre le meilleur sur son coéquipier, Sebastian Vettel. Un élément annonciateur de la suite de la saison.

Poleman de l'année

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Avec 7 pole positions enregistrées cette année, Charles Leclerc est le pilote à s'être montré le plus rapide lors des séries de qualifications. S'il a lui-même avoué que le rythme en course a été parfois plus difficile à trouver, cette performance reste exceptionnelle. Après sa première au Bahreïn, pour le 2e GP de l'année, il a réédité cette performance en Autriche avant d'en enchaîner quatre à la suite (Belgique, Italie, Singapour et Russie), la dernière étant au Mexique. Charles est d'ailleurs passé très près de remporter son premier GP au Bahreïn, mais une avarie technique l'en a empêché. "Perdre la course à cause d'un problème de moteur était frustrant mais, en fin de compte, ça fait partie du sport auto. J'ai vite compris la situation et je suis allé de l'avant. L'équipe m'a beaucoup soutenu après la course et avait fait un boulot incroyable tout le week-end, c'était juste malencontreux", a-t-il ainsi raconté à l'AFP fin novembre.

Une première victoire au goût particulier

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L'histoire de Charles Leclerc est parsemée de moments difficiles, pour ne pas dire dramatiques. Filleul sportif du regretté Jules Bianchi, il a perdu son papa il y a deux ans (20 juin 2017) alors qu'il roulait encore en F2. Cette année, c'est Anthoine Hubert qui nous a quittés. Au lendemain de l'accident mortel de son ami, le pilote monégasque a réalisé la course parfaite sur le circuit belge de Spa-Francorchamps (1er septembre). Pour la première fois de sa jeune carrière, il a franchi la ligne d'arrivée en tête, remportant son tout premier Grand Prix, à 21 ans. Ses premiers mots, alors encore au volant, ont d'ailleurs été pour son ami, "Celle-là, elle est pour Anthoine. Elle fait du bien, mais il est difficile de l'apprécier. Bravo les gars, vous êtes les meilleurs". Quelques mois plus tard, toujours à l'AFP, le jeune homme est revenu sur cette première. "C'était un moment doux-amer, mais ça reste ma première victoire en F1 dont je rêvais depuis que j'ai commencé le karting. Tu rêves toujours de gagner en F1 et c'est arrivé ce jour-là. Ça n'était probablement pas le meilleur week-end pour gagner là-bas à cause de ce qui c'était passé mais ça reste un moment spécial malgré tout."

Dans le cœur des tifosi

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Une semaine après la Belgique, c'est à Monza, en Italie, terre de la Scuderia, que la Formule 1 posait ses valises pour quelques jours. Un circuit mythique, notamment pour Ferrari et ses tifosi. Quelques jours après le premier succès de Leclerc en F1 (et le premier de son écurie pour cette saison), l'ambiance avait de quoi être électrique autour du circuit. Et la pépite monégasque n'a pas déçue. Impérial en qualifications, Charles l'a tout autant été lors de la course, où il s'est notamment montré plus agressif dans sa manière de piloter. De quoi lui permettre de signer un second succès consécutif et se créer son plus beau souvenir au volant d'une Formule 1. "C'était dingue, probablement la meilleure semaine de ma vie ! C'est très difficile de poser des mots sur ce que j'ai ressenti sur le podium avec des centaines, des milliers de gens en-dessous de moi qui criaient mon nom et celui de Ferrari. C'était vraiment, vraiment exceptionnel", détaillait-il au micro de l'AFP.

Malédiction maison

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C'est sans aucun doute l'un des plus gros points noirs de sa saison. Car Charles avait particulièrement à cœur de briller à domicile. Mais il semblerait qu'une malédiction plane sur lui dès qu'il met le contact à Monaco au volant d'une monoplace. Il suffit de remonter un petit peu le temps pour s'en rendre compte. Contraint à l'abandon en GP2 en 2017, il en avait été de même l'an dernier au volant de sa Sauber. Et cette année, c'est son équipe qui lui a causé quelques soucis. Rappelé aux stands lors de la Q1 alors qu'il a réalisé le 5e temps, il voit finalement ses concurrents améliorer le leur et se retrouve 15e, éjecté de la Q2 in extremis par Vettel. Avec une 15e place sur la grille, il tente très vite de remonter, ayant annoncé quelques heures plus tôt qu'il allait prendre des risques. Et, comme deux ans plus tôt à bord de sa F2, un accrochage l'a contraint à l'abandon. Une fois de plus, Charles n'a pu aller au bout de ''son'' Grand Prix… 

Quelques regrets

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Si belle soit-elle, Charles Leclerc a cependant vécu une saison parfois frustrante. Une année bizarre où le jeune homme a subi les consignes d'équipe données par Ferrari, souvent à son détriment, comme l'a souligné l'ancien pilote Nico Rosberg dans le colonnes de Monaco-Matin, fin décembre. "De l'intérieur, c'est horrible. C'est vraiment dégueulasse pour Charles, une politique comme ça. Et pour lui c'est compliqué de savoir comment la jouer (...). Au début, il en a fait un peu trop, après il a dû redescendre et Ferrari lui a marché dessus en le mettant deux fois derrière dans la stratégie (...)." Piégé à Singapour, malgré une tactique gagnante pour Ferrari (doublé avec Vettel en 1 et Leclerc en 2, alors que ce dernier avait la tête), il en a ensuite été de même en Russie, lorsque Sebastian Vettel n'a pas accédé aux demandes de l'équipe. Cela, cumulé à quelques petites erreurs (Azerbaïdjan, Allemagne, Japon, Hongrie) et cet accrochage au Brésil avec Vettel (abandon des deux pilotes) ont sans aucun doute fait naître quelques regrets chez le bonhomme. Mais, à tout juste 22 ans, sa deuxième saison en Formule 1 reste un grand cru. 


*Malgré nos sollicitations, Ferrari n'a pas accédé à nos demandes d'interview concernant Charles Leclerc et Mattia Binotto (directeur d'équipe).

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