La voie golfique

Golfeur professionnel, Sandro Piaget arpente les greens du monde entier tout au long de l'année. Médaillé d'argent en individuel et en bronze par équipes aux Jeux des Petits États 2015, le trentenaire s'épanouit dans un sport où il est testé au quotidien*.

Certains sportifs ne sont pas simples à attraper en vol. Sandro Piaget est de ceux-là. Il faut dire que sa discipline l'amène à être régulièrement en mouvement. Entre deux avions et deux tournois, jouant avec les aléas de l'actualité, le golfeur monégasque a tout de même trouvé le temps de se poser le temps d'un FaceTime pour raconter sa passion, son sport. Le ton calme mais sûr, le jeune homme mesure actuellement la chance qui est la sienne de pouvoir vivre en extérieur à l'heure où le monde passe le plus clair de son temps entre quatre murs. 

"Avec le recul, tu apprécies de plus en plus de pouvoir être en extérieur. On est très privilégié de ne pas être enfermé dans un appartement ou dans un bureau, car notre métier consiste à essayer d'être le meilleur possible dans un sport nous permettant de respirer tous les jours à l'air libre." Une phrase qui résume bien la vision que Sandro a de son sport, et de la relation qu'il entretient avec. Même si, au départ, il ne s'orientait pas forcément dans cette voie. 

Une découverte tardive

Alors qu'il vit sa jeunesse entre la Suisse et Monaco, le jeune Sandro passe plus de temps à dévaler les pistes de ski qu'à arpenter les greens. "J'ai débuté le golf assez tard. Je suis un passionné de sport et dans mes jeunes années, j'ai énormément pratiqué le ski. Jusqu'à l'âge de 17 ans, je faisais beaucoup de courses", glisse-t-il, confiant au passage qu'il a toujours été fan de vitesse. "Au fond de moi, je suis comme un coureur, que je sois sur une piste, dans une voiture, j'ai ça en moi, ce désir d'aller le plus vite possible. J'ai longtemps été passionné de course automobile." Un passion qu'il aurait même aimé vivre derrière un volant, mais au carrefour de l'adolescence et de l'âge adulte, c'est une autre voie qu'il a décidé d'emprunter. 

"J'aurais aimé poursuivre le ski, mais à 17-18 ans, je voyais certains de mes amis qui poussaient à fond pour réussir et certains étaient déjà abîmés, car c'est un sport violent pour le corps et ce n'était pas ce que je voulais pour moi. Quitter cette discipline m'a attristé, mais une mauvaise journée sur un parcours de golf n'a pas les mêmes conséquences qu'une mauvaise journée sur une piste de ski." Habité par l'envie de mener une carrière sportive, tout en souhaitant éviter certaines séquelles, le golf s'est naturellement imposé à lui comme la voie à suivre. D'autant que sa progression y a été assez rapide après des débuts en famille. "J'ai découvert ce sport à l'âge de 13 ans, avec ma mère et ma sœur, c'était une activité que nous avions commencé pour passer du temps ensemble", confie-t-il.

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D'un loisir familial, la pratique de Sandro s'est rapidement orientée vers la compétition. Tout d'abord en club, avant de gravir un à un les échelons du monde amateur. Jusqu'au passage chez les pros. "J'ai toujours eu la compétition en moi, même petit, à l'école, lors des récréations, on jouait au foot ou au ping-pong, je voulais toujours gagner. Je pensais pouvoir progresser et jouer à un niveau qui me permettrait d'élever mon jeu. J'ai passé un peu de temps aux USA avant de passer pro et ça a été très enrichissant. Et devenir pros m'offrait un beau challenge à relever". 

Un test perpétuel

Si sa pratique est quotidienne, quand les conditions météo le permettent, Sandro voit dans le golf, plus qu'ailleurs, une éternelle remise en question, un test perpétuel dès lors qu'il s'approche de la balle. "Tu es testé sur tous les aspects de ton jeu au quotidien, avec des conditions météo très changeantes. Ça peut être très difficile, parce que se concentrer de façon régulière sur des parties durant lesquelles on joue 4 h 30 - 5 heures, ça demande beaucoup de concentration, il faut quand même être un peu détaché du résultat sinon tu deviens stressé, anxieux. Il faut se concentrer quand c'est ton tour. En 5 heures, tu joues à peu près 72 coups, tu marches beaucoup. Ce n'est pas un sport physique dans le sens où tu ne vas pas courir dans tous les sens, mais tu joues 4 jours d'affilée, au bout de 2 jours il y a les deux tiers des compétiteurs qui rentrent à la maison. Donc il y a une forme de pression liée à ça aussi." 

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Et cette manière de se tester au quotidien pousse les golfeurs à arpenter le chemin de la perfection. Mais, comme il l'explique, cette perfection "n'existe pas. C'est un peu ce qui te motive, parce que tu sais que tu peux toujours t'améliorer. Il faut aussi parfois savoir prendre un peu de distance avec ton sport pour comprendre les choses sur lesquelles tu dois travailler. C'est à la fois frustrant et motivant. C'est un sport extrêmement ingrat, parfois, et une frustration énorme peut s'accumuler, donc il faut savoir prendre ce recul pendant quelques jours pour faire le point." Une prise de conscience intervenue chez Sandro au fil des ans, qui l'a aidé à mieux appréhender son sport, mais aussi à évoluer en tant qu'homme. La gestion du stress, la prise de distance sur le moment, autant d'éléments travaillés au quotidien car, comme la perfection du geste, la plénitude parfaite de l'esprit est elle aussi une quête sans fin. 

"Chacun doit apprendre sur lui. Ça prend parfois plus de temps en fonction des individus. Mais pour moi, il y a eu beaucoup d'apprentissage, car tu es obligé de commettre des erreurs pour avancer. Et j'apprends encore. Pour la gestion du stress, c'est en engrangeant de la confiance qu'on le combat le mieux. Le but est de se dire que le travail de fond a été fait et qu'il faut se lancer, y aller, et prendre du plaisir. Il faut se faire confiance et aller dans le lâcher prise. J'ai eu des échanges avec des coaches mentaux, c'est intéressant, mais après tu dois appliquer ça au quotidien, ce n'est jamais acquis. Même les meilleurs mondiaux ont des phases où ils se cherchent sans arrêt"

L'appel de la nature

Malgré cette vision très compétitive de son sport, Sandro Piaget y trouve également d'autres sources d'inspirations. Notamment celle l'amenant à profiter des moments passés en extérieur, où la communion avec la nature est de mise. "C'est la première chose à laquelle je pense lorsque j'évoque le golf. Le fait d'être en extérieur, de ne faire qu'un avec la nature. Tu peux t'immerger dans ton environnement, quelque chose d'apaisant et relaxant. Il y a cette recherche de bien-être en extérieur liée à ma pratique du golf", glisse celui qui est aussi un amoureux des voyages.

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Un point sur lequel il est servi grâce à son sport. Europe, Etats Unis, Amérique Latine, autant d'endroits où il a posé son caddie. "Le golf m'a aussi permis de me lier d'amitié avec beaucoup de personnes. On voyage souvent avec les mêmes et, avec le temps, ces gens-là deviennent des amis. Ça te permet d'échanger." S'il avoue avoir grandi grâce à son sport, l'émotion est toujours forte au moment de poser un pied sur ces pelouses d'un vert éclatant. "Parfois tu es en ébullition, parfois tu es calme, ça dépend de beaucoup de paramètres, mais aussi du tempérament. A mon niveau, c'est un entre deux, je suis assez calme, il y a pas mal de choses qui ne vont pas m'affecter, mais je reste humain et il y a des choses où j'ai plus de mal à gérer." Avec près de 20 ans de pratique derrière lui, malgré un âge encore relativement jeune (il a 33 ans), Sandro s'épanouit au quotidien dans une discipline correspondant plutôt bien à son caractère.

"D'un côté, je pense que le golf a beaucoup de facettes et chaque joueur peut s'y exprimer à sa façon. Je suis assez calme, très sportif, avec un aspect dynamique quand je joue, qui me permet de m'exprimer, où je peux utiliser mes qualités physiques pour jouer sur le parcours, car j'ai une approche très physique et dynamique de mon sport. Même si d'extérieur le golf ne paraît pas l'être, je m'entraîne dur physiquement car c'est dans ma nature et je me suis toujours considéré comme un athlète. C'est ma manière de pratiquer le golf à ma façon. Après, j'ai aussi un côté assez stratège et me permet d'organiser mes parties, d'exécuter des coups sans toujours être tout le temps à l'attaque, car il faut savoir être un peu prudent parfois. C'est une chose qui me correspond bien parce que je suis assez précis dans ce que je fais, j'aime bien les choses bien organisées. Quand je voyage, j'aime bien avoir prévu tous les aspects, que tout soit organisé." 


* Article issu du CSM n°50

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