Julien Gobaux, le temps fait son oeuvre

À 23 ans, le gym du Pôle France d'Antibes et de l'Etoile de Monaco s'apprête à disputer ses premiers championnats du monde (du 3 au 12 octobre à Nanning, en Chine). Une sélection qui vient récompenser la détermination de Julien Gobaux, désormais désireux de faire durablement partie du collectif tricolore.

Il y a des gens pour qui la voie semble toute tracée. Quel que soit leur domaine de prédilection, rien ne paraît pouvoir les faire dévier de leur trajectoire. Ils devront travailler, évidemment. Mais ils sont nés pour réussir et réussiront, c'est ainsi. 

Pour Julien Gobaux, rien n'a été écrit à l'avance. Quand certains ont grimpé les marches quatre à quatre, lui a trébuché plusieurs fois. S'est éloigné du haut niveau, sans avoir la certitude de remonter à nouveau dans ce manège, machine à rêves un jour, machine infernale le lendemain.

"Maintenant, je suis vraiment heureux de venir m'entraîner. Mais à une époque, c'était vraiment devenu un calvaire, j'étais dégoûté de la gym. J'étais au Pôle France d'Antibes, comme aujourd'hui. Mentalement, je n'étais pas prêt pour ça."

Ado rebelle

Après son départ du Pôle, il stoppe sa carrière pendant un an. Puis il se rapproche de Thierry Aymes (photo ci-dessous), qu'il a connu à Antibes quand celui-ci était encore gymnaste. 

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"C'est quelqu'un de très important pour moi. C'est lui qui m'a proposé de venir à l'Étoile de Monaco. Quand j'ai besoin de me confier, c'est vers lui que je me tourne. Pour le domaine technique, je discute aussi bien avec lui qu'avec Philippe Carmona (photo ci-dessous), l'entraîneur du Pôle. Pour moi, c'est une chance d'avoir cet équilibre."

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Il y a quelques années, il aurait été très surprenant d'entendre Julien Gobaux vanter les mérites de ses coaches, il le reconnaît aisément. "J'étais chiant, j'allais toujours à l'encontre de ce que disait l'entraîneur. En fait, ça ne pénalisait que moi. Mais à l'époque, je n'avais pas suffisamment de maturité pour m'en rendre compte."

En quête de repères, l'ado repart près de sa famille à La Rochelle, fait une saison à Nantes puis revient vers la Principauté. "Pendant ce temps-là, j'étais en Nationale B. J'aimais toujours l'ambiance des compétitions. Je voulais continuer à progresser. Puis un jour, j'ai demandé à Thierry (Aymes) si j'avais les capacités pour retourner vers le haut niveau. Il m'a dit que ce serait très dur, mais qu'en bossant beaucoup, il y avait une chance."

"Un questionnement perpétuel"

Tandis que certains de ses anciens partenaires du Pôle arpentent déjà les praticables des compétitions les plus prestigieuses, lui doit rattraper le temps perdu. Pas de quoi effrayer celui qui, enfant, a joué ailier au rugby, "même si la mentalité du talonneur qui fonce dans le tas me plaisait plus", glisse-t-il en riant.

En juin 2013, Julien Gobaux fait une razzia aux Jeux des petits États d'Europe (JPEE). Sous les couleurs de Monaco (que le règlement international lui permettait de porter lors de cette épreuve), il remporte six médailles, quatre d'or et deux d'argent. 

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La scène est presque trop étroite pour lui, mais elle lui permet de faire le plein de confiance. Un "carburant" indispensable pour tous les sportifs. Peut-être encore plus pour lui. Car derrière sa voix légère, son visage juvénile et ses manières de bon vivant, Julien Gobaux dissimule un caractère plus complexe. "Forcément, tu as toujours des interrogations. C'est un questionnement perpétuel, en fait."

Quand il laisse ses doutes au vestiaire, le sociétaire de l'Étoile est capable du meilleur. Trois mois avant les JPEE, il avait remporté le titre de champion de France au saut de cheval et terminé cinquième du concours général. Fin 2013, il s'adjuge la victoire au concours général lors de la Coupe nationale. 

La tuile

Tout s'enchaîne bien, les efforts du garçon lui permettent de présenter de solides arguments face aux autres prétendants à une place en équipe de France. Et crac, rupture partielle du ligament interne de la malléole (cheville) droite en mars dernier. 

Son corps, son outil de travail, le trahit. Le vague à l'âme revient. "Dans ces moments-là, tu as envie de tout lâcher. C'est dur parce que tu vois les autres progresser, alors que toi tu n'avances pas. Je ne savais pas si ça valait le coup de me faire opérer. Heureusement, ma famille et mes amis étaient là pour m'épauler."

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Julien Gobaux serre les dents et se remet en selle. "Cette blessure, elle m'a quand même permis de travailler sur les anneaux, les arçons, la barre fixe et les barres parallèles. On peut dire que c'est un mal pour un bien." 

Obligé de faire l'impasse sur les championnats de France élite, celui qui est également étudiant en licence Staps à Nice renoue avec la compétition lors des championnats de France par équipe et aide l'Étoile de Monaco à accrocher la quatrième place en Division Nationale 2, mi-mai.

"Je pensais être remplaçant"

L'été de Julien est studieux. Quelques grillades, vite éliminées au gymnase Pierre-Brochard d'Antibes, un véritable sauna. Quelques escapades à la plage entre deux séances d'entraînement. Quelques virées nocturnes entre potes. De quoi s'aérer l'esprit avant d'aborder un rendez-vous majeur, les sélections pour les championnats du monde, fin août-début septembre.

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Cela ne fait qu'un mois que sa cheville le laisse en paix et lui permet de travailler sur tous les agrès. "Je n'ai pas cherché d'excuses, je me suis préparé à fond. Il fallait que je sois prêt", résume-t-il.

À l'Insep, l'encadrement de l'équipe nationale, qui passe en revue une dizaine de candidats sérieux, est convaincu par ses prestations. Il fera partie du voyage pour les Mondiaux, dans la peau d'un titulaire. 

"Je me disais que c'était possible, mais je pensais plutôt être remplaçant. Pendant ces tests, Samir Aït-Saïd (licencié à l'Olympique d'Antibes, champion d'Europe aux anneaux en 2013) m'a beaucoup aidé. Il me donnait des conseils, il me guidait. On n'en a pas spécialement parlé, mais il avait manqué les Jeux de Londres à cause d'une blessure, il sait ce que c'est."

Un bleu chez les Bleus

En Chine, Julien Gobaux va connaître sa première expérience dans une grande épreuve internationale avec l'équipe de France A. De quoi semer la pagaille dans son esprit ? 

"Non, pour le moment ça va. Je ne vais rien changer à mes habitudes. Une fois sur place, je ne sais pas comment je réagirais. Quand j'ai participé aux Universiades (l'équivalent des championnats du monde universitaires) l'an dernier à Kazan, en Russie, je me suis un peu mis la pression. Mais ça s'est globalement bien passé. Là, les anciens comme Samir (Aït-Saïd), Hamilton (Sabot, membre du club d'Antibes et médaillé de bronze aux barres parallèles aux JO de Londres) ou Cyril (Tommasone, deuxième des championnats du monde 2011 au cheval d'arçons) seront là pour nous aider à banaliser l'événement."

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Liste des Clubs : Etoile de Monaco

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Les Français en stage cette semaine

Durant toute la semaine, l'équipe de France est en stage à Sotteville (Seine-Maritime). Une session qui sera suivie d'un match international avec la Belgique et l'Espagne, samedi.

Prochainement, nous reviendrons plus longuement sur les Azuréens sélectionnés pour ces Mondiaux. En plus de Samir Aït-Saïd et Hamilton Sabot, les Bleus pourront compter sur Kevin Antoniotti et Guillaume Augugliaro (remplaçant).