Dans les entrailles du stade  Louis-II

C'est le cœur battant du sport monégasque, le carrefour de toutes les disciplines et de toutes les émotions. Mais, paradoxalement, peu nombreux sont ceux qui connaissent vraiment le Louis-II. Installé sur le terre-plein de Fontvieille, ce stade, qui était très en avance sur son temps lors de sa création, est assurément l'un des lieux les plus emblématiques de la principauté.

En 1979, lorsque S.A.S. le prince Rainier III décide d'offrir une nouvelle enceinte sportive aux Monégasques, il ne se contente pas de remplacer l'ancien stade, bâti en 1939. L'arène, qui s'appelait également Louis-II, se trouvait à l'emplacement de l'actuel centre commercial. Elle ne tardera pas à laisser place à un batîment ultra-moderne, construit du côte de Fontvieille, terre-plein gagné sur la mer, à se transformer en un véritable quartier.

Marie-Cécile Moreno, directrice du stade depuis 2004, en dit plus sur les intentions initiales des bâtisseurs du "nouveau Louis-II" : "L'idée était d'avoir un bâtiment qui ait vraiment une vocation de service public. Aujourd'hui, on y trouve les locaux de la DASS (Direction des affaires sanitaires et sociales), une école, une station-service, des bureaux…" 

Tuiles provençales, arches et baies vitrées

Multi-usages, doté d'une grande salle omnisports et abritant une piscine olympique, le nouveau complexe imaginé par l'architecte Henry Pottier (Grand prix de Rome 1944) associé aux Monégasques Rainier Boisson et Joseph Iori, doit réussir le pari de s'intégrer au cœur de la ville. 

Afin d'éviter l'effet "bloc de béton", le trio décide de symboliser l'ouverture du stade Louis-II vers l'extérieur en le dotant d'arches qui laisseront entrer la lumière et offriront une vue assez spectaculaire sur la Méditerranée. Le choix des peintures et du carrelage ne doit rien au hasard. Des tons ocre seront choisis pour la façade tandis que le carrelage sera couleur terre de Sienne. Sur le toit, on trouve même des tuiles typiquement provençales. Afin de ne pas donner un aspect trop cloisonné à l'ensemble, des baies vitrées seront installées entre la salle omnisports et le centre nautique.

Le président du CIO coupe le ruban, Genghini marque le premier

Progressivement, alors que Fontvieille n'est encore qu'un immense terrain vague, cet espace qui deviendra le plus vaste bâtiment du pays prend forme. En 1981, les fondations sont réalisées. L'année suivante sera consacrée au gros œuvre. En 1983, deux premiers niveaux de parking sont livrés. Les spectateurs pourront s'y garer, tout comme les habitants du quartier en gestation. En 1984, le nouveau Louis-II entre dans la dernière phase. Les entreprises s'emploient à peaufiner les finitions et les diverses vérifications techniques sont effectuées.

Le 25 janvier 1985, tout est prêt pour une inauguration en grande pompe. Aux côtés du Souverain Rainier III et de sa famille, on retrouve le président du Comité olympique international, Juan Antonio Samaranch.

Le lendemain, les footballeurs de l'AS Monaco accueillent le RC Lens pour le compte de la 26e journée de Division 1. Les rouge et blanc remportent la partie (3-0) et Bernard Genghini deviendra le premier joueur à marquer (sur penalty) dans le nouveau "jardin" des Asémistes.

Un meeting d'exception et des records du monde

Deux ans plus tard, un nouvel événement s'ajoutait au calendrier monégasque : Herculis, dont la première édition eut lieu le 17 septembre 1987. Très vite, le meeting d'athlétisme prendra une ampleur considérable et deviendra l'un des rendez-vous incontournables de la saison mondiale. Un formidable spectacle pour un stade qui aura été le théâtre des exploits des plus grands noms de la discipline. Lors de l'édition 1991, Carl Lewis et ses partenaires du Santa Monica track club battent le record du monde du relais 4x100 m (37''67). Trois ans plus tard, l'Algérien Nourredine Morceli court le 3 000 m le plus rapide de l'histoire en 7'25''11. En 2008, la perchiste russe Yelena Isinbayeva passe une barre culminant à 5,04 m et améliore son record du monde. Sans affoler le chrono mais avec un énorme charisme, le désormais légendaire Usain Bolt faisait le show devant un stade comble, lors de l'édition 2011.

Des stars du foot, de la natation et un concert historique

Que ce soit dans les rangs de l'AS Monaco (où le Ballon d'or George Weah a évolué, tout comme les champions du monde 1998 Fabien Barthez Lilian Thuram, Emmanuel Petit, Thierry Henry, Youri Djorkaeff et David Trezeguet) ou à l'occasion de la Supercoupe d'Europe, avec la venue des grandes stars du FC Barcelone (à trois reprises), du Real Madrid ou de Manchester United (deux fois), le public a pu apprécier ce qui se fait de mieux sur la planète football. En matière de natation, il y a également eu de quoi satisfaire les spécialistes, avec un record du monde du 100 m nage libre signé par le "Tsar" -Aleksandr Popov en 1994 (48''21) ou encore les participations des "voisins" Alain Bernard, Camille Muffat et Yannick Agnel au meeting Mare Nostrum. 

Lorsque l'on demande à Marie-Cécile-Moreno, pourtant passionnée de sport, quel est à ses yeux le meilleur moment qu'ait connu Louis-II, elle répond : "Pour moi, le concert des Eagles donné dans le cadre des festivités du mariage princier est inoubliable. Il y avait énormément de monde, l'ambiance était fabuleuse. On ressentait une vraie alchimie, cet événement sortait vraiment de l'ordinaire. Il devait y avoir 15 000 personnes, pas loin de la capacité maximale pour un concert. Quand le prince a traversé le stade pour rejoindre sa loge, il y a eu une clameur. La princesse avait un look assez rock, c'était super."

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