Lisa Pou au pays des caribous

Lisa Pou a quitté le nid familial. Au Québec depuis la fin du mois d'août, la jeune nageuse de l'AS Monaco natation y a repris ses études et poursuit sa route dans les bassins. Avant de retrouver la grande bleu pour l'eau libre…

Elle a franchi l'Atlantique. Non pas pour le pays de l'Oncle Sam, comme ce devait être le cas au départ, mais pour la province de Québec, un peu plus au nord donc. "Comme je ne pouvais pas le faire en France, j'ai décidé de partir à Québec pour y reprendre mes études tout en continuant la natation", annonce d'emblée Lisa Pou. A nouveau élue athlète de l'année à l'AS Monaco omnisports, la jeune fille a donc quitté son cocon pour tenter l'aventure. "Au départ, j'avais été contactée par des coaches aux Etats-Unis et je devais aller là-bas. Mais il y a eu des soucis administratifs et il m'a fallu trouver une solution de secours." Le Canada s'est naturellement imposé à elle. Un de ses partenaires d'entraînement, Ambroise Petit, lui a fait part de son expérience là-bas et un échange avec des nageurs canadiens a fini de la convaincre. Direction le pays des caribous. 

Briser la routine

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Cette envie d'évasion habitait Lisa depuis quelques temps déjà. Il faut dire qu'au cours des deux dernières années, après avoir mis ses études entre parenthèses, faute de structure adéquate, sa vie se résumait à une chose : nager. "À la base, je voulais complètement changer de cadre de vie parce que je commençais à en avoir assez de ma routine. Je n'allais pas en cours et j'avais besoin de retrouver cet équilibre de vie où il n'y a pas que la natation. A part mes vidéos, je ne faisais rien d'autre. Ça devenait trop lourd." Partir. Loin. Là où tout pourrait se mettre en place, quitte à ce que ce soit difficile. Mais Lisa en avait besoin. Pour sortir de son cocon, pour sortir, aussi, un peu la tête de l'eau, tout en ne la quittant pas. "Je ne voulais pas rester en France, j'avais vraiment envie de partir, pour me faire grandir, m'éloigner de tout, apprendre à gérer les choses. Je me sentais comme oppressée. Je n'arrivais pas à aller plus loin. Je pouvais avoir la possibilité de passer le BNSSA (brevet de sauvetage) quand j'étais en France, mais je ne l'ai pas fait, comme si j'étais bloquée. Alors qu'ici (à Québec), je le ferais clairement." 

Une vie dans laquelle elle ne se retrouvait plus donc. De quoi la pousser, presque, à quitter les bassins pour de bon. "Ces deux années sans rien, il y a un moment où j'ai failli arrêter, justement parce que je n'avais que ça dans ma vie et je me suis sentie perdue." Mais l'abandon ne fait pas partie du vocabulaire de la demoiselle. Véritable stakhanoviste de l'entraînement, comme le répète souvent son entraîneur de papa, Lisa a montré lors des derniers mondiaux d'eaux libres (4e place sur 25 km) que, libérée, elle était capable de grandes choses. Et le plaisir est revenu, notamment sur cette course, comme elle l'a ensuite relayé dans un long message sur les réseaux sociaux. "Je n'ai jamais pris autant de plaisir sur une course de toute ma vie. J'avais l'impression que je pouvais aller au bout, comme si je maîtrisais ce que je faisais, alors que la veille de la course, je n'étais vraiment pas sereine. Il y avait beaucoup de vagues, de vent et c'est dans ce genre de conditions que je peux vraiment être forte." Partir au Québec était aussi un moyen de perdurer ce plaisir.

Le temps de l'adaptation

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En débarquant outre-atlantique, ses habitudes ont forcément été bouleversées. Outre un rythme effréné dû à l'association études (baccalauréat éducation au périscolaire et enseignement au primaire) / sport de haut niveau, il lui a surtout fallu appréhender son nouveau lieu de vie et ses habitants. "Ma coloc' a organisé une soirée le jour de mon arrivée. Au début, elle faisait attention, mais après, il y avait 20 personnes, tous des Québécois, qui parlaient entre eux, c'était vraiment compliqué (rires). J'ai mis un bon mois à m'y faire", glisse la jeune fille. L'éloignement avec sa famille l'a également poussée à s'ouvrir naturellement plus aux autres. "J'ai ressenti ce besoin d'être auprès des gens", raconte-t-elle. 

Malgré quelques soucis de compréhension, tout s'est bien passé, "ils sont très accueillants ici, très gentils et serviables. On ne voit pas ça en France." Si l'accent a été dompté rapidement, la nourriture, elle, a mis de plus de temps à se faire accepter par la championne de l'AS Monaco. "Par exemple, ils ont un fromage qui s'appelle skouik-skouik, car il fait ce bruit quand on le mange, c'est comme du ficello, mais avec moins de goûts (rires)." Pour pallier ce manque gustatif, la jeune fille prend le temps, le week-end, de se préparer des petits plats pour la semaine. Un moyen, aussi, de gagner de précieux moments lorsque la semaine débute avec son rythme effréné. 

La natation, toujours

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Avec une quinzaine d'heures de cours par semaine et une dizaine de séances d'entraînements hebdomadaires, Lisa n'a pas le temps de s'ennuyer. En rejoignant Québec, elle a intégré un groupe de 40 nageurs au sein de sa fac. De quoi bouleverser, là aussi, ses habitudes. "Il a 40 personnes à gérer, donc ce n'est pas simple. A Monaco, j'avais l'habitude que l'entraînement soit énoncé à l'oral. Là-bas, tout est écrit sur un tableau. Et moi, j'ai un peu de mal à retenir tout ça (rires)." Son programme a également changé par rapport à Monaco, car mis en place en fonction des compétitions universitaires, autre nouveauté découverte par Lisa. "On a 5 coupes universitaires, il faut faire le maximum de points avec ton équipe pour arriver ensuite sur le bloc. C'est vraiment différent de la France. Ici, je suis dans une équipe universitaire, tu nages vraiment pour l'équipe. Je trouve ça bien. Les gens sont là pour toi aussi." 

De quoi lui permettre de s'épanouir et de travailler sur certains points avant de retourner nager dans les grandes eaux.  "Je voulais me concentrer sur le bassin pour ensuite m'améliorer en eau libre. On a discuté avec mon entraîneur à Québec, mon groupe d'eau libre va se concentrer sur le bassin jusqu'en février et les compétitions universitaires et après on va se mettre à fond sur la partie eau libre. Je veux être performante sur les deux, bassin et eau libre." Et le travail a payé, Lisa ayant réalisé ses meilleures performances sur différentes courses, notamment sur 800 m et 400 m 4 nages, "même si je ne m'y attendais pas", précise la jeune fille. De quoi lui donner confiance malgré un état de forme pas encore optimal, "mais je vais tout faire pour retrouver ma meilleure forme." Une motivation sans faille qui colle bien à la demoiselle.

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