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Mare Nostrum, le très grand bain

La 32e édition du meeting de natation de Monaco, la 20e sous la bannière Mare Nostrum, a tenu ses promesses. On nous avait fait saliver avec le retour des Américains et 39 nations représentées, on a été copieusement servis. Le rendez-vous anniversaire fut une réussite, suivie par un public fourni.

Nos yeux picotaient drôlement autour du bassin olympique du Louis-II. La foule de nageurs présents y était pour beaucoup. Avec plus de 400 participants et une pléiade d'accompagnateurs, tout à coup, la piscine ne semblait plus aussi vaste. Le Mare Nostrum de Monaco s'étirait sur deux jours, les 7 et 8 juin. 

On parlait japonais ici, chinois par-là, américain, danois, russe, allemand… La Principauté semblait plus polyglotte et internationale que jamais. "Je crois que c'est l'un des plus beaux plateaux que l'on ait eu depuis longtemps. Le nombre d'athlètes était plus important aussi", commentait Yvette Lambin-Berti, vice-présidente de la Fédération monégasque de natation. 

Pour ce 20e anniversaire, l'ancien nageur Alexander Popov, quadruple médaillé d'or olympique (sacres sur 50 m et 100 m nage libre, à Barcelone 1992 puis à Atlanta 1996), était présent dans les gradins. Il y a tout juste vingt ans, il avait nagé en 48"21 ici même et s'était emparé du record du monde du 100 m (lire son interview page 30). 

Parmi les engagés de marque, on attendait notamment Natalie Coughlin, triple championne olympique et septuple championne du monde en grand bassin ainsi que Nathan Adrian, spécialiste des sprints sur 50 et 100 m, et triple champion olympique étaient notamment annoncés. 

Seul Ryan Lochte, insuffisamment remis d'une grosse blessure au genou, a fait faux bond. Le samedi soir, le facétieux Yankee était néanmoins de passage à Las Vegas. Pas idéal comme récup'…

Nathan Adrian en patron

Dès le vendredi - jour d'apprivoisement du lieu pour les délégations - on observait Nathan Adrian et son coach faire de curieuses manipulations. David Durden, entraîneur du California Aquatics, marchait près de la fosse à plongeon en tirant fermement un élastique qui lui résistait. Le lien de caoutchouc le reliait aux hanches de l'Américain qui nageait coûte que coûte le papillon. 

Ils étaient les seuls à couramment pratiquer cet échauffement musclé. Mais cela a visiblement porté ses fruits puisque le champion olympique du 100 m nage libre à Londres a remporté sa finale dans cette épreuve en 48"67. 

Un chrono suffisant pour laisser à distance respectable le Russe Andrey Grechin (49"24 pour le médaillé de bronze du 4x100 m aux JO 2012).Lors de la deuxième journée de compétition, le gaillard faisait le patron en gagnant son duel face au même Grechin (22"29) en finale du 50 m nage libre, en 21"68, soit le cinquième meilleur chrono de la saison. Il fallait le voir épouser l'eau et la transporter dans son élan.

Les sirènes du Mare Nostrum

Du côté des femmes fortes, on pense d'abord à la Suédoise Therese Alshammar. Absente des compétitions depuis un an et demi pour cause de maternité, la Scandinave de 36 ans faisait son retour et s'était qualifiée pour les demi-finales du 50 m papillon. "Le fait d'avoir mon enfant près de moi ici est très réconfortant et motivant", racontait la maman de Fred, un an, trimballé par son papa. 

On peut aussi citer la Hongroise Katinka Hosszu, sans hésitation aucune. La double championne du monde 2013 du 400 m 4 nages s'est imposée sur cette distance en 4'33''80, samedi. Dimanche, la nageuse de 25 ans a poursuivi son chemin au cœur du meeting monégasque en s'adjugeant le 400 m NL en 4'05"51, soit la 7e meilleure performance mondiale de l'année. Elle a laissé Camille Muffat deux secondes derrière elle. 

La Niçoise a néanmoins réalisé son meilleur temps de la saison (4'07"11). Mais l'athlète hongroise aux bras musculeux ne souhaitait pas s'arrêter en si bon chemin et a raflé la mise sur son autre exercice de prédilection, le 200 m 4 nages (2'10"92), devant la Japonaise Kanako Watanabe (2'12"45). 

On a également envie de parler de la jolie blonde aux vastes yeux clairs, Pernille Blume. La Danoise s'est montrée efficace dimanche sur le 100 m nage libre qu'elle a remporté en 54"49, devant la Bahaméenne Arianna Vanderpoole-Wallace (54"54) et la pensionnaire de l'Olympic Nice natation (ONN) Charlotte Bonnet (54"57). En fin de week-end, elle a à nouveau pris le meilleur sur Vanderpoole-Wallace, à l'occasion de la finale du 50 m nage libre avec une marque de 24"73 contre 24"94 pour sa poursuivante.

Des Niçoises en préparation

Du côté de l'ONN, coaché par Fabrice Pellerin, on était plutôt satisfait de la reprise. Sur 200 m nage libre, Camille Muffat a terminé au troisième rang en 1'57"31, juste devant sa partenaire d'entraînement, Charlotte Bonnet (1'57"56). La victoire est revenue à la Sud-Africaine Karin Prinsloo (1'57"17), qui a devancé Katinka Hosszu (1'57"30).À propos de son 400 m, la Niçoise se disait un peu frustrée. 

"A Canet-en-Roussillon (deuxième étape du Mare Nostrum, les 11 et 12 juin, avant la dernière à Barcelone, les 14 et 15 juin), l'objectif sera de gagner une bonne seconde voire deux sur un 400 m, en améliorant quelques petites choses", confiait la nageuse de 24 ans. 

"Je reste à peu près sur ce que j'ai fait aux championnats de France, deux mois après. En n'ayant pas fait de compét', retomber sur ces bases-là, ça me convient. Après, je suis un peu frustrée de sentir que je peux faire mieux. Les compétitions de juin et juillet vont vraiment me servir à gravir un échelon avant Berlin (ville hôte des championnats d'Europe, du 13 au 24 août)". 

Camille Muffat signait quelques autographes, le visage sérieux - comme à son habitude - puis regagnait sa tribu.On y découvrait, sous une capuche de sweat-shirt, une Charlotte Bonnet de plus en plus en confiance. "Samedi, j'avais le 200 m nage libre et ça s'est plutôt bien passé. J'ai fait pas loin de mon meilleur temps. C'était notre objectif. On est en pleine période de charge."

Le deuxième jour, la demoiselle obtenait le troisième temps sur le 100 m nage libre (54"57) et se prenait à rêver d'une médaille en individuel aux Europe, potentiellement sur le 200 m.

Stravius, les JO avant tout

Il est vrai que la préparation est différente pour chacun, en fonction des objectifs. Lors du meeting, certains étaient plus ou moins prêts à concourir selon qu'ils participent aux trois étapes du Mare Nostrum, seulement aux championnats d'Europe, aux Jeux du Commonwealth ou bien qu'ils visent les JO 2016.

 C'est le cas de Jérémy Stravius, qui a déjà la tête à Rio (lire pages suivantes). C'est certainement pour attiser sa motivation lors d'une année moins riche en échéances que le nageur a annoncé participer pour la première fois aux trois étapes du Mare Nostrum. "Je veux enchaîner les efforts, gérer la récupération et vu la qualité du plateau, prendre des bons repères en vue des championnats d’Europe." 

En fin de meeting, le nageur a offert du spectacle aux tribunes bien garnies en nageant la finale du 50 m dos, finalement remportée par le technicien Japonais Junya Koga (24’"69, 19 centièmes devant l'Amiénois).

A l'occasion du diner de clôture, Madame Lambin-Berti a été décorée de la médaille d'argent de la Fina, remise par S.A.S. le Prince Albert II ainsi que par Mustapha Larfaoui, président honoraire de la Fina. Elle n'a pas manqué de partager le succès de ce Mare Nostrum avec les membres de la Fédération et les nombreux bénévoles. 

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