Yannick Agnel : le "squale" a les crocs

Pour son baptême olympique, Yannick Agnel sera attendu comme l'un des principaux leaders d'une équipe de France qui espère faire le plein de médailles. Tourné vers cet objectif depuis plusieurs années, le Nîmois devenu Niçois d'adoption semble bel et bien prêt pour le grand saut. À seulement 20 ans, il devrait faire trembler les bassins londoniens. Portrait d'un garçon qui a su prendre la bonne vague.

Il pourrait être agaçant, à force de tout réussir avec une facilité déconcertante, de citer de grands auteurs pour illustrer son propos et d'afficher des ambitions aussi grandes que lui. 

Mais il n'y a rien à faire : Yannick Agnel est un sportif attachant, "un vrai gentil", d'après son père, Didier. Dans quelques semaines, les médias embarqués à Londres se feront un plaisir de brosser le portrait d'un champion "atypique", qui lit des livres, des vrais, et aligne les mots aussi aisément que les longueurs. 

Là non plus, pas de lézard. Celui qui se présente sur sa page Facebook comme un "squale de piscine municipale" fait preuve d'une ouverture d'esprit peu commune dans le milieu sportif. 

Si la natation ne dévorait pas l'essentiel de son temps  ? Il aurait aimé faire Science-po après son Bac scientifique (obtenu avec mention "bien"). Pour le moment, il se contente d'une après-midi par semaine à la Skema business school de Sophia-Antipolis, où il se spécialise dans l'océanographie (si si, c'est possible).

Équilibre total

Après avoir déserté les salles de classe pendant un an, Yannick Agnel s'est rendu compte qu'il lui manquait quelque chose, malgré les six heures de préparation quotidiennes infligées par Fabrice Pellerin. 

"L’an dernier, j’ai arrêté les cours de manière assez abrupte, car je voulais vivre complètement la vie d’un sportif de haut niveau et me consacrer totalement à mon sport. Malheureusement, il s’est avéré que cette vie n’était pas faite pour moi et j’ai préféré reprendre les études", a expliqué le nageur sur le site web de son école. 

Par le passé, il avait déjà exposé son mode de fonctionnement : "Je n'ai pas envie de végéter au niveau intellectuel. Ça renforce ma tendance à la stabilité, à l'équilibre." Alors qu'il assurait il y a deux ans "ne pas avoir le temps pour une copine", Yannick passe désormais son (rare) temps libre aux côtés de Julie, sa petite amie. 

À l'entraînement, quelque chose a également changé, selon son coach : "Il mise tout sur sa force mentale. Mon challenge a été de le faire descendre d’un cran, de passer de l’intellectuel au purement physique. Qu’il prenne conscience qu’il y a aussi une noblesse dans le corps et pas seulement dans l’esprit."

"Il nous surprend tous les jours"

Porte-étendard de la nouvelle vague ? Yannick Agnel, 20 ans depuis le 9 juin, correspond au profil. Et même un peu plus  : à l'heure actuelle, le champion de France du 100 m et 200 m nage libre est devenu le boss chez les Tricolores. Élément essentiel des relais 4x100 m, 4x200 m et 4x100 m 4 nages, il s'apprête à négocier le premier virage XXL d'une carrière que beaucoup imaginent grandiose. 

L'an passé, ses débuts en championnats du monde (en grand bassin) n'avaient été aussi fracassants que prévu. Malgré un record de France sur 200 m, le Nîmois avait terminé cinquième et avait pu constater qu'il lui restait encore du chemin à parcourir. 

Sixième sur 400 m, il a par la suite abandonné cette distance. Pou contrebalancer le propos, il faut néanmoins rappeler que son bilan était tout de même éclairé par une médaille d'argent glanée avec le relais 4x200 m.

Depuis, Yannick semble avoir mis les bouchées doubles pour combler ce retard. Sa mère, Elisabeth, assurait dans Le Parisien que son fils "continue de voir son sport comme un jeu", avant d'ajouter : "Il nous surprend tous les jours. On ne sait pas jusqu’où il peut aller."

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Photos

Yannick fan de Yannick (Noah)

Yannick Agnel, qui a joué au tennis pendant quelques années, apprécie toujours autant ce sport (on l'a récemment aperçu à l'Open de Nice). C'est d'ailleurs à une icône française des courts, Yannick Noah, qu'il doit son prénom. Son père en était fan. Récemment, c'est le fiston qui a eu l'occasion de croiser l'idole paternelle, par le biais du Coq Sportif, équipementier des deux Yannick. Un type de rapprochement qui peut parfois se révéler totalement artificiel. Mais en l'occurrence, Yannick "le jeune" a saisi l'occasion de sortir du cadre purement publicitaire. "Ça a été une rencontre très simple. On a la même philosophie, je me retrouve dans sa vision des choses, celle du plaisir. C'est un grand champion. Il sait tout le travail, le sérieux qu'il y a derrière ça aussi", exposait le nageur à l'AFP.
Le duo de Yannick échange par téléphone, se croise de temps à autre. Avec un plaisir non dissimulé. "Yannick (Noah) est inspirant, il dégage une certaine énergie et une certaine décontraction en même temps. Moi c'est ce que je prône, ça n'empêche pas d'être sérieux et bosseur, mais de profiter aussi."