A l'école maritime

Cet été, la Société Nautique de Monaco a organisé des stages de découverte et de perfectionnement en aviron de mer. De quoi permettre à un jeune public de se lancer dans la pratique de cette discipline avant de, pourquoi pas, y revenir comme licencié.

Le soleil n'est pas bien haut mais le mercure s'affole déjà en ce début de journée de juillet. Sur le ponton de la Société Nautique de Monaco (SNM), on s'affaire alors que le cadran affiche tout juste 9 heures. Daniel Fauché, le responsable sportif de la SNM, reçoit les jeunes du Pass'Sport Culture. Alors que ce premier groupe se met à l'eau doucement, d'autres enfants arrivent au compte goutte. Accompagnés de leur maman, les ''petits'' se retrouvent avec le sourire. L'un d'eux, t-shirt de bain aux couleurs de la Fondation Princesse Charlène sur le dos, glisse sur son mini skateboard. Quelques minutes plus tard, Bruno Weiss fait son apparition. 

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Il est entraîneur au club. Accompagné de Jules, jeune bénévole, tous deux ont une mission. Assurer le bon déroulé des stages de découverte et perfectionnement en aviron de mer. Le rendez-vous est fixé à 9 h 30 et tout le monde est à l'heure. Sauf une petite tête blonde manquant à l'appel. "Ah oui, il avait prévenu qu'il ne pourrait pas venir un jour cette semaine", rappelle Bruno à son jeune acolyte. Il est temps de débuter ce 4e jour de stage de la semaine. Avant de lancer les hostilités, tout le monde se regroupe devant la salle de sport de la SNM, à l'abri du soleil. Les explications et vérifications d'usage s'enchaînent. Tout le monde doit avoir sa casquette et une gourde pour s'hydrater. Et personne n'y échappe. "Alexandre, où est ta casquette ? Tu fais le syndicaliste à la maison ou à l'école si tu veux, mais pas ici. Va en chercher une", lui lance Bruno. 

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Le petit gars s'exécute et s'en va récupérer un couvre-chef. "Ce sont des enfants et la sécurité est ma préoccupation principale. Il faut parfois insister sur certains points, comme le port de la casquette, la nécessité d'avoir une gourde ou une bouteille d'eau, du sparadrap pour les mains à cause des ampoules, vérifier qu'ils mangent bien le midi. On joue un peu aussi à la maman", glisse, rieur, le responsable du stage. Dans le même temps, toute la troupe se met en ordre de marche. Le barda prêt, les avirons sortis, tout le monde s'embarque pour les premiers coups de rame de la journée.

 Faire découvrir une discipline

Si ces stages existent dans d'autres clubs, la SNM, elle, ne s'est lancée que cet été. Il faut dire que, comme pour tous les autres sports, l'activité aviron a été fortement impactée par la pandémie de Covid-19 et l'arrêt de toute pratique sportive pendant quelques mois. C'est d'ailleurs en partie par rapport à ça que Daniel Fauché a eu l'idée de mettre ces stages en place. "Après la fin du confinement, la section compétition a repris les entraînements. Mais pour les autres, beaucoup ont dit qu'ils ne reprendraient qu'en septembre. Pour ne pas prendre trop de retard dans cette situation et commencer à former des nouveaux jeunes, je me suis demandé ce qu'on pouvait faire. On a le pass'Sport Culture, qui est génial, mais c'est une approche ponctuelle.  Je me suis dit qu'en plus de ça, on pourrait faire des stages de découverte de l'aviron de mer et de perfectionnement." 

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Et pour ces stages, la priorité numéro une était bien entendu l'aspect sécuritaire. L'accès rapide et sûr à la mer via le ponton de la SNM permet de proposer à des novices de s'initier facilement à cette discipline. Le temps clément et le peu de vent au-delà du port de Monaco également. Si ces stages ont pour but de faire découvrir la pratique pour certains, et de se perfectionner pour d'autres, l'objectif principal lui est simple pour Daniel Fauché.

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 "Je voulais qu'on ait des enfants qui, au bout d'une semaine, soient autonomes. Cela veut dire qu'ils sachent sortir du port, naviguer, se diriger avec leur bateau, mais aussi avec les autres, les bateaux à voile, les yachts, les bateaux qui bossent à côté. A la fin du stage les gamins savent se diriger, tourner le bateau, l'arrêter, repartir en arrière, éviter, contourner quelque chose, tomber à l'eau et remonter dans le bateau. On a inventé un test d'autonomie en aviron de mer de trois niveaux (voir encadré) et on a mis en place des brevets (bronze, argent et or), pour lesquels on s'est inspiré de ceux de la Fédération Française d'Aviron et qu'on a adapté à nos spécificités." 

Apprendre pas à pas

Pour la mise en place des ces stages, Daniel Fauché s'en est remis à Bruno Weiss. Après lui avoir expliqué ce qu'il voulait, le responsable du club a laissé le coach élaborer son programme. Un programme ambitieux, riche, complet, mais pas barbant pour autant, si l'on se fie aux sourires arborés par les enfants, que ce soit en mer ou sur terre. "Le but est aussi qu'ils aient le sourire à la fin de la journée", glisse le coach. Et pour ce faire, le mieux est de les emmener le plus rapidement possible sur l'eau, mais pas sans leur donner la marche à suivre au préalable. 

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Car la pratique de l'aviron débute sur terre. Première chose, marquer la sortie du bateau sur le carnet prévu à cet effet dans l'espace de stockage. "Cela permet de savoir combien de bateaux sont en mer pour les coaches à terre", précise Bruno Weiss. "Ensuite, on leur apprend à manier le matériel. Pour un adulte, c'est assez simple, mais pour un enfant, c'est un peu lourd et il faut faire attention avec. On les met sur l'eau le plus vite possible et le premier jour, on fait assez peu de technique, je fonctionne beaucoup au mimétisme." Deuxième point important dans cette formation, l'appréhension du milieu. 

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Se retrouver sur l'eau peut parfois faire peur à certains. Le but est donc de leur permettre d'apprivoiser cet espace tout en apprenant les règles de navigation. Si chaque jour dispose de son programme, celui-ci peut évoluer et ne pas suivre systématiquement le même schéma. "Je me suis fait un tableau dans lequel j'ai noté toutes les thématiques à aborder, mais je ne le mets pas en œuvre de la même manière chaque semaine. Je m'adapte au public que j'ai en face de moi", précise Bruno. En fonction de la maturité, aussi bien physique que mentale des jeunes, le discours change, mais le fond reste le même. 

Ramer, tomber, s'amuser

Sur l'eau, l'apprentissage est rapide. Il suffit de les voir s'époumoner, rames en mains, après trois jours seulement. Ce jeudi-là, les coaches organisent une petite course. Tout le monde s'aligne, Musée Océanographique dans le dos. Au top, les coups de rames s'enchaînent. Le but est simple, avancer en ligne droite, contourner la bouée et revenir au point de départ. Un bon moyen aussi pour eux de mettre en applications les préceptes de leur coach recueillis tout au long de la semaine. Mais aussi de s'entraîner en vue de l'examen final. Car, comme nous l'évoquions plus haut, les stages se terminent par l'obtention (ou non) du TAAM et du brevet d'aviron de mer. Le 4e jour de la semaine de stage est d'ailleurs le moment où les jeunes voient arriver une nouvelle tête. 

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"Souvent, le jeudi, je fais venir une personne extérieure au stage, comme ça les enfants vont se méfier un peu, et je leur dis 'tu vas au ponton, tu as tel bateau'. Et la personne va le suivre et va lui dire, 'là tu aurais eu ton diplôme ou tu ne l'aurais pas eu parce que tu n'as pas fait ci ou ça'. Et le lendemain on refait le test, de manière très sérieuse, et ça donne une valeur au diplôme", explique Bruno. L'obtention du TAAM, elle, se passe différemment. Tout au long de la semaine, les jeunes s'exercent. Et le moins que l'on puisse dire est qu'ils s'amusent bien sur cet exercice. A l'arrêt, ils se mettent debout, gardent un certain équilibre avant de tomber à l'eau, puis de remonter sur l'aviron. Un bon moyen aussi de se rafraîchir alors que le soleil cogne fort. 

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"Les faire tomber à l'eau, c'est leur montrer que l'objet est à leur service, qu'ils peuvent se mettre debout dedans, ça va dédramatiser les choses. Dans leur esprit, on est dans un milieu différent, qui n'est pas la terre, ils ont toujours un peu d'appréhension. Le faire au quotidien me permet aussi de les voir progresser jour après jour", ajoute le coach. Une fois la matinée terminée, c'est l'heure de la pause déjeuner. Direction le restaurant de la SNM où deux tables accueillent coaches et apprentis rameurs. Entrée-plat-dessert au menu dans une ambiance conviviale où le téléphone est prohibé. "Il m'arrive d'interdire le téléphone à table sinon ils passent leur temps dessus. L'aviron est un sport individuel, mais on joue la carte collective, c'est aussi pour ça qu'ils passent tous sur l'aviron individuel, mais aussi à deux et à quatre." Une fois le repas terminé, un temps de détente leur est accordé dans une salle climatisée du club, où ils peuvent jouer au baby-foot, lire ou simplement se reposer. Avant de repartir à l'assaut de la Méditerranée.

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