"J'étais à ma place" - D. Fauché

Entraîneur général de la Société Nautique de Monaco, Daniel Fauché a un passé de sportif de haut niveau de grande facture. Un passé sur lequel il peut parfois s'appuyer le temps d'une anecdote auprès de ses jeunes rameurs*.

Champion du monde, vice-champion olympique, Daniel Fauché dispose d'un CV que l'on peut qualifier de solide. Franc du collier, dur et rigoureux, le coach de 54 ans prodigue ses conseils aux jeunes rameurs de la SNM, tout en perpétuant l'esprit famille qu'il a trouvé dans son sport. 

Si l'on vous dit ''aviron'', à quoi pensez-vous ?

A la famille. Pour beaucoup de gamins, le club, l'association, c'est une deuxième famille, même si la première va très bien. C'est un endroit où les jeunes passent beaucoup de temps, ils y partagent l'entraînement, les compétitions, mais pas que. En plus, à Monaco, quand on va à Saint-Cassien, on passe au minimum deux heures aller-retour dans le minibus. Ils vivent ensemble, ce qui permet de créer des liens plus forts que quand tu arrives et repars deux heures après une fois que tu as fini ta séance.

C'est ainsi que vous l'avez vécu du temps où vous étiez rameur ?

Oui, parce que je passais le plus clair de mon temps au club quand j'étais gosse. J'habitais à 5 minutes à pied, et à partir du moment où j'ai débuté, ma mère savait où j'étais. Elle ne se posait donc plus trop de questions, et c'est le cas de pas mal de gamins chez nous aussi, parce que les gens nous font beaucoup confiance. Quand tu mets ton gamin avec nous, qu'il part à 8 heures le matin à St-Cassien et qu'il rentre le soir à 18/19 heures pour faire deux entraînements d'aviron, je pense que tous les gens qui laissent leurs enfants faire ça, de 12 à 18 ans, nous font vraiment confiance.

Comment avez-vous découvert l'aviron ?

Par hasard. Je pense qu'on commence souvent un sport par hasard. Tu peux avoir un terreau familial propice pour un sport, mais moi j'ai commencé l'aviron en suivant un copain. Son médecin lui avait préconisé l'aviron car il avait des problèmes de dos. Il a été s'inscrire un mercredi et je l'ai accompagné. On était grand tous les deux et l'entraîneur qui nous a vu arriver a dit, "ah deux grands, ça va faire des champions". Donc l'accueil était plutôt pas mal (rires). Au final, il a arrêté assez vite alors que j'ai continué, donc l'entraîneur ne s'était qu'à moitié trompé.

Pourquoi avoir continué ?

J'ai essayé plein d'autres disciplines avant et ça n'avait jamais accroché. L'aviron, c'est un sport où l'individu n'existe pas véritablement. C'est un sport d'équipe à part entière parce qu'on dit "le 4 de Monaco", "le 8 de l'équipe de France", même s'il y a cette exception avec le solo ou le skiff. Mais il n'y a pas beaucoup de monde qui rame en solo. C'est un sport d'équipe où tout le monde fait la même chose, au même moment. Il y a ce côté partage de l'effort, de l'entraînement et je suis tombé dans un club à Boulogne, à un moment où il y avait pas mal de gamins de mon âge, on s'entendait bien, on rigolait bien. Au début, je ne me suis pas entraîné très sérieusement, j'ai surtout fait l'abruti. Et à un moment donné, ça change. De fil en aiguille, tu prends goût à l'entraînement, à la progression. Mais au départ, quand tu as 15 ans, tu prends juste goût à passer du bon temps avec tes potes. Et l'aviron permet ça, parce que tu peux passer beaucoup de temps au club.

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Comment est venu ce goût de l'effort ?

Au début, je n'étais pas hyper sérieux. J'aimais bien la compétition, parce qu'à 15 ans, tu aimes bien te mesurer aux autres, donc après le bras de fer, il y avait l'aviron. Et je suis tombé dans un club à Boulogne où il y avait un mec qui avait fait 4 fois les JO chez les seniors et il devait y avoir 3-4 mecs en équipe de France. Donc on avait quand même quelques bons exemples. Et tu te rends compte qu'ils ont deux bras et deux jambes, qu'ils ne sont pas spécialement plus grand que toi, pas spécialement plus balèzes. Et tu te dis, si je m'entraîne comme eux, ça peut le faire. C'est un peu l'effet Gaïa à Monaco. On a un gars très fort chez nous, Quentin Antognelli, mais il est en Angleterre, donc les jeunes le voient moins souvent. Gaïa, elle est médaillée européenne, elle n'est pas spécialement très grande, et à part le fait qu'elle soit sérieuse, qu'elle ait de bonnes cannes et qu'elle pousse bien, toutes les filles du club, tous les jeunes du club peuvent se dire " je peux faire pareil". C'est aussi comme ça que vient le goût de l'effort. Le travail ne me faisait pas peur et au fil des compétitions, tu comprends qu'il faut que ce soit dur à l'entraînement pour que ce soit facile en course, parce que les courses se gagnent à l'entraînement.

Que ressentez-vous rame en main ? 

Aujourd'hui, rien du tout parce que je ne rame plus ! Mais quand j'étais plus jeune, que j'étais rameur, j'étais à ma place. Tu peux parfois chercher ta place toute ta vie, mais quand tu te sens à ta place, que tu es gamin, c'est une bonne chose. 

L'idée est d'entraîner a toujours été dans un coin de votre tête ou est-ce arrivé sur le tard ?

C'est venu sur le tard. Rameur, je n'y pensais pas. Aux Jeux de Sydney (2000), j'ai commencé à réfléchir. J'ai eu la chance d'avoir un emploi en tant que sportif de haut niveau à l'EDF, donc je bossais, mais j'avais deux heures pour m'entraîner dans la journée et quand je partais en stage, je ne perdais pas d'argent sur mon salaire. À la fin de ma carrière, je me suis demandé quoi faire. C'était soit une école d'ingénieur, soit le professorat de sport. J'en ai parlé avec mon chef d'unité à l'EDF à Paris et il m'a dit que quoi qu'il se passerait, ils me soutiendraient. C'était aussi une période où je me disais que j'avais beaucoup reçu, parce que les bénévoles des clubs se donnent sans relâche, ils te font passer des messages, ils t'apprennent à ramer. Et je me suis dit qu'il serait bien de pouvoir rendre un peu tout ça aussi, de passer le témoin. Je suis content de faire passer un peu de ce qu'on m'a appris.

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Athlète, vous étiez poussé par la recherche de résultats. Quel est votre moteur en tant que coach ?

On a fait ça pour moi à un moment, et ces gamins méritent qu'on passe du temps, qu'on les motive. Il y en a quelques-uns, quelques-unes, on est content de les avoir embêtés et de voir que certains sont champions de France, que certaines sont en équipe de France, de voir que quelques-uns peuvent prétendre à rejoindre Gaïa, alors qu'au départ, il y a trois ans, tu te dis que lui risque d'arrêter, et ça c'est une fierté. Quand les gamins arrivent à 13 ans au club et qu'à 17 ils sont en équipe de France, il y a eu du chemin de parcouru et on peut être fier du boulot. 

La quête de perfectionnement du rameur est elle la même que celle du coach aujourd'hui ?

Oui, c'est obligatoire. Si tu es un entraîneur exigeant, tu dois le faire. Si on fait une sortie de merde (sic), ça m'énerve, je me dis qu'on a perdu deux heures. Mais si je vois un petit truc de positif, ok c'est super. On ne peut pas toujours faire des entraînements de dingue, mais si on n'est pas mauvais, il y a toujours quelque chose de positif qui se passe. 

Comment définiriez-vous votre relation avec l'aviron ?

Une relation familiale, fusionnelle. C'est tellement imbriqué, c'est un tetris. C'est difficile d'enlever un morceau. Aujourd'hui, j'ai basculé. Je ne suis plus le fils turbulent. Je suis devenu le papa qui file parfois des tartes.


* Article issu du CSM n°50

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