La belle (et folle !) histoire derrière le titre de championne d'Espagne de la rameuse monégasque Clara Stefanelli

ETUDIANTE À MADRID, LA MONÉGASQUE A TRIOMPHÉ EN DOUBLE MIXTE PR3 LONGUE DISTANCE AVEC ENRIQUE FLORIANO MILLAN, MALVOYANT MÉDAILLÉ NEUF FOIS AUX JEUX PARALYMPIQUES... EN NATATION !

Ils sont dorénavant indissociables. Il n'y a plus Clara Stefanelli et Enrique Floriano Millan, mais bien un équipage "Florianelli", comme ils le répètent à l'envie. Engagés sous les couleurs du Remo Madrid Velocidad, un club d'aviron de la capitale, les deux rameurs sont devenus champions d'Espagne du double mixte PR3 (para-aviron) longue distance, le week-end dernier à Castrelo de Miño. Une sacrée performance, magnifiée par la relation unissant ces champions. 

Clara Stefanelli, rameuse émérite de la Société nautique de Monaco (SNM), s'est installée à Madrid début octobre pour poursuivre ses études de traduction/interprétation. "Dès mon arrivée, je me suis inscrite au club d'aviron. Un réflexe logique", s'amuse-t-elle. Au Remo Madrid Velocidad, elle fait la connaissance d'Enrique Floriano Millan, malvoyant au palmarès sportif éloquent : neuf médailles paralympiques en natation entre Sydney 2000 et Londres 2012, dont deux du métal le plus précieux et cinq d'argent ! Avec "la cuisine" comme passion commune, Clara et Enrique tissent rapidement une relation d'amitié. Jusqu'à que l'Espagnol lui fasse "sa demande". "Pendant les vacances de Noël, lorsque les dates du championnat d'Espagne ont été confirmées, Enrique m'a proposé de ramer ensemble en double mixte PR3 longue distance, une nouvelle catégorie de la compétition", se remémore la Monégasque.

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Le titre national malgré un "petit problème"

On la sent encore émue par ce témoignage de confiance d'Enrique, un exemple "incroyable" de persévérance et de travail : "Pouvoir m'entraîner avec lui est déjà une chance. Il a tellement la 'niaque' qu'il me pousse à donner le meilleur de moi-même." Au retour des vacances, les deux rameurs entament donc leur préparation. Là encore, c'est toute une histoire. Pour s'entraîner, ils doivent se rendre au lac situé à 45 minutes de route. "La SNM est dans la même situation, note Clara dans un sourire. Les entraîneurs du club se sont engagés dans cette aventure, ils ont pris de leur temps pour nous emmener." Leur objectif devient alors une cause commune.

"Sans repères", le duo travaille d'arrache-pied et apprend à ramer ensemble. Clara et Enrique glissent sur l'eau, unis dans l'effort. Enrique a commencé l'aviron le 14 février 2020 et n'a pu s'exercer correctement à cause du Covid. "Mais il progresse à une vitesse folle ! Beaucoup de rameurs aimeraient avoir son niveau en si peu de temps", promet la Monégasque, éblouie par "l'engagement et l'état d'esprit" dont fait quotidiennement preuve son partenaire. "On a aussi profité des entraînements pour s'échanger quelques bonnes recettes", ne manque-t-elle pas de glisser malicieusement.

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Le jour-J approche, Clara et Enrique sont affûtés malgré le peu de temps accordé avant l'épreuve... Pour compenser le manque de pratique, ils ont ce supplément d'âme, cette passion et cette envie de se surpasser pour l'autre. De ramer coûte que coûte pour offrir une issue heureuse à cette belle aventure. Et, comme dans tous les contes de fée dignes de ce nom, les deux rameurs franchissent la ligne d'arrivée en champions d'Espagne, après avoir parcouru 5 500 mètres en 23 minutes et 16 secondes. Et ce, malgré un "petit problème" : "En France, les têtes de rivière se disputent sur 6 000m. Lorsque notre bateau a dépassé la bouée du 5e kilomètre, j'ai regardé le GPS et j'ai crié qu'il restait 1 000 mètres, se marre encore Clara. J'étais en pilote automatique à ce moment-là ! Enrique m'a répondu : "Mais non, 500 mètres !"

Cinquième paralympiade pour Enrique Floriano Millan ?

Peinant à mettre des mots sur la performance de l'Espagnol, Clara raconte combien ils ont lutté à l'entraînement face à "quelques problèmes d'équilibre" causés par le vent : "Dimanche, lorsque le départ de la course a été donné, le plan d'eau était plat. En arrivant dans l'autre zone, des rafales de vent défavorables nous ont gênés mais on n'a rien lâché. Enrique a été exceptionnel dans ces conditions." Si Clara a, depuis, regagné son domicile madrilène, Enrique, lui, est resté au plan d'eau de Castrelo de Miño avec l'équipe paralympique d'Espagne. Son objectif ? Gagner son ticket tokyioïte pour disputer les 5e Jeux de sa carrière.

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En attendant, peut-être, de voir son partenaire glaner une potentielle 10e médaille cet été, Clara le retrouvera normalement les 6 et 7 mars pour l'épreuve mixte de l'Open de Printemps à Banyoles. "Grâce à lui et à l'excellente ambiance au club, je me suis sentie à la maison dès le premier jour. J'aimerais tellement pouvoir continuer à m'entraîner avec Enrique, cette perspective me réjouit", s'enthousiasme-t-elle. Voilà comment Clara Stefanelli et Enrique Floriano Millan ont signé leur entrée dans la catégorie des duos mythiques. "Florianelli" pour la vie !

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