"J'ai attrapé le virus du sport de haut niveau" - L. Caussin-Battaglia

Lisa Caussin-Battaglia est le genre de personne à ne pas trop tenir en place. Pas étonnant donc de la retrouver dans une discipline où la vitesse est au cœur des débats. La pilote monégasque de jet-ski le confie, elle a en elle le virus du sport mécanique*.

Musicienne, actrice, artiste, enseignante, sportive de haut niveau, il n'est pas toujours simple de suivre la blondinette. En mer, elle se repère facilement à son numéro 66 et aux oreilles collées sur son casque. Mais elle a trouvé sa voie. 

A quoi pensez-vous si on vous dit ''jet-ski'' ?

Vitesse, adrénaline, sensations fortes, la mer. Liberté.

Comment l'aventure a-t-elle débuté ?

Le jet-ski à selle, j'en ai fait pour la première fois en Thaïlande avec mes parents, il y a douze ans. A la base, je ne pensais même pas que c'était un sport, je voyais ça uniquement comme de la plaisance. Et la première fois que j'ai fait du vrai jet-ski, à bras, c'était avec le Pass'Sport Culture, j'avais 16 ans, car c'était l'âge minimum pour faire le stage. 

Qu'avez-vous ressenti sur cette première fois pour que cela vous pousse à continuer et en être là où vous êtes aujourd'hui ?

J'ai découvert des sensations que je ne connaissais pas forcément. Le sport mécanique est assez cher, pour moi c'est assez inaccessible.J'aurais aimé faire du kart, de la voiture ou de la moto, et c'était trop cher pour ma famille. J'ai découvert que le club mettait en place une structure compétition en prenant en charge les jeunes à condition de s'investir, autant dans la compétition que dans l'association. Il y avait une année de mise à l'épreuve et ensuite tu avais le droit de commencer à t'entraîner. Et je voyais ça comme une vraie opportunité, de pouvoir faire ce sport, que je n'aurais pas pu faire, juste en rendant des services, en aidant, ce que je peux faire et que j'aime faire en plus. J'avais l'opportunité de me lancer dans un sport qui réunissait équilibre, vitesse, la mer (j'adore la mer), l'adrénaline, tout était réuni et le budget était pris en charge. Il n'y a du coup que toi-même qui peut devenir un obstacle.

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Et vous n'avez pas été cet obstacle pour vous-même ?

Je crois que j'ai eu le permis en deux semaines. J'ai acheté le livre, je l'ai appris par cœur, j'ai fait des quiz tous les jours et j'ai passé le permis. Il y avait une journée au lac, et ils m'avaient dit qu'il fallait le permis pour y aller. Ce qui était faux. C'était pour que je me dépêche (rires). J'ai eu le permis juste avant mes 17 ans et j'ai pu faire cette journée lac. Ensuite, j'ai suivi le groupe. Je crois que le pire moment a été une compétition en juin, c'était en Corse, et c'était le lendemain des résultats du bac. Michel (Torre, son entraîneur) m'avait dit, "si tu n'as pas le bac, tu ne viens pas", donc je peux te dire que là tu bosses (rires). Et il y a eu plein de petites étapes comme ça. 

Quels souvenirs gardez-vous de ce premier déplacement ?

Des étoiles dans les yeux. Tu ne te rends pas compte, surtout sur les départs, où tu vois 20 pilotes alignés et la moitié va sur une bouée, l'autre sur une autre, tu vois juste des gerbes d'eau, ça paraît violent et tu vois ça comme très spectaculaire. Mais j'ai toujours mon inconscience, et tant que je ne l'ai pas eu fait, je n'avais qu'une envie, c'était y aller. 

Et la première compétition ?

En 2012, un an après mes débuts, la même année que mon premier déplacement comme accompagnatrice, et j'ai participé à la dernière manche du championnat de France. Je n'avais jamais couru en jet à bras, parce que je n'avais pas le physique, je souffrais le martyre (rires), donc on m'avait mis sur un X2, c'est la même coque qu'un jet à bras avec une potence fixe, donc moins fatiguant, et j'avais fait cette course avec Michel. J'ai couru contre lui du coup, c'était assez drôle. C'était une catégorie mixte, il y avait plusieurs types de machine, donc tu n'allais pas te frotter à certains (rires). Et c'est à ce moment là où j'avais mis mes oreilles sur mon casque, j'avais dit aux autres concurrents, "c'est moi qui ai les oreilles, c'est ma première course, évitez moi" (rires).

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Quel a été le déclic vous faisant comprendre que ce sport allait devenir votre sport, votre vie ?

J'ai vraiment pris conscience de l'importance du jet ski dans ma vie quand je suis partie pour ma première année de licence à Paris. J'ai commencé le jet l'année du bac, j'avais postulé à Paris-Sorbonne pour ma Licence 1, j'avais été prise, donc ça représentait beaucoup. Et quand je suis partie là-bas, ça a été la dépression. Je n'avais plus la mer, plus la montagne, mais c'est surtout la mer qui me manquait, avec ce truc de piloter, cette sensation indescriptible que tu n'as qu'en pilotant des grosses machines. Et j'ai décidé de revenir à Monaco, de faire ma fac à Nice, parce que je voulais vivre ma vie avec le jet. 

Quelle est votre plus grande satisfaction jusqu'à présent ?

C'est de vivre une véritable carrière de sportive de haut niveau. Je n'en vis pas, mais ce qui est énorme, c'est que tous les jours, je peux m'entraîner, et je suis contente de pouvoir aller à un championnat en étant sereine, en me disant que je me suis entraînée, que je vais donner tout ce que j'ai et que je vais montrer ce que je sais faire. Là, je sais que j'y vais en étant préparée et pour montrer pourquoi je travaille, parce que c'est beaucoup plus de sacrifices, surtout maintenant. 
Qu'est-ce que cela a changé dans votre vie ?Tout, parce que je n'aurais jamais pensé faire du sport de haut niveau. J'étais plus partie dans l'artistique au départ. Avant de faire du jet, je faisais du cirque. Jamais je n'aurais pensé aller dans cette direction, surtout à mon âge, parce qu'aller dans un sport à 17 ans, c'est assez tard. Mais c'est vrai que je n'étais pas du tout destinée à faire du jet, et maintenant j'ai envie de faire du sport ma vie. Aujourd'hui du jet, et plus tard peut-être autre chose. Ce sont des portes qui s'ouvrent, qui permettent de basculer sur une nouvelle vie. Petite, je voulais devenir violoniste. Aujourd'hui, je suis pilote. Et c'est ce qui est bien dans la vie, c'est que tu as des surprises énormes, c'est magique.

Peut-on dire que cette discipline répond à vos attentes de vie ?

Oui, elle remplit beaucoup des attentes que j'ai de la vie, mais comme toute chose, elle n'est pas complète (rires).

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Qu'est-ce qu'elle vous apporte ?

Un rythme de vie. Vivre de sa passion, même si je ne peux pas dire que j'en vis, mais ça reste difficile de mettre des mots là-dessus parce que c'est plus une émotion, quelque chose d'assez indescriptible. Mais j'y trouve un bien-être, où le plaisir et la souffrance sont présents, mais ils se complètent. Il y a aussi le fait de toujours se surpasser, avec un challenge, ça ne s'arrête jamais, c'est une sorte de cycle infini.

Vous vouliez devenir professeur. Jusqu'à quand pensez-vous continuer le sport de haut niveau ?

Je laisse un peu la vie me surprendre parce qu'il se passe tellement de choses. Je ne sais même pas si je serais professeure un jour. Au début je voulais être prof de philo, maintenant j'hésite. Et au niveau du public aussi, parce que ce que j'aime énormément, ce sont les enfants. Et quand tu es instit', tu touches à tout : les maths, le français, l'histoire, le sport, etc. Tu peux faire beaucoup plus de choses. Et les enfants ont ce truc de vouloir apprendre, s'émerveiller, découvrir des choses. Je ne sais pas quand le jet va s'arrêter, j'espère encore deux ans à très haut niveau, après il faudra voir comment ça évolue, il y a tellement de surprises dans la vie, on ne sait pas comment ça va évoluer. Mais je ne pense pas que ma passion du sport à haut niveau s'arrêtera là, parce que j'ai attrapé le virus. Et pratiquer un autre sport à haut niveau me plairait.


* Article issu du CSM n°50

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