Rio 2016 : En route pour Rio

L'âge de raison

Yann Siccardi va s'attaquer à sa troisième olympiade avec Rio 2016. Toujours ambitieux même s'il est conscient de ses difficultés à franchir un cap dans les grands rendez-vous, le judoka aborde cela avec envie et, aussi, une part de rêve dans un coin de sa tête.

"Le judo, ça donne un sens à la vie, c'est ça qui fait avancer", nous dit Yann Siccardi dès le début de notre entretien. Au fil des minutes qui passent, c'est un discours différent de ceux que l'on peut régulièrement entendre, notamment par rapport aux sports collectifs. Car pour le Monégasque, "le judo est une école de vie. Il y a un côté authentique, quand on se mesure à quelqu'un sur le tapis, cette façon de faire qu'on a, on le retrouve dans la vie. L'adversaire, on l'a en face. Il y a bagarre, on fait le truc sur le tapis, il n'y a pas de faux-semblant et à la fin, il y a un vainqueur et un vaincu, mais on retourne tous à l'entraînement." D'autant que pour le garçon, au-delà de l'enseignement sportif, il s'est construit par le biais du judo, ce qui est le plus important à ses yeux. "Bien souvent on dit, être champion, être un grand sportif en judo c'est bien, mais avant tout, on devient un homme. Une fois qu'on est devenu un homme, on peut s'amuser à vouloir gagner des médailles et briller, mais l'essentiel c'est d'apprendre à grandir." 

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Et cette constante dans son discours, on la retrouve également dans sa manière d'aborder son sport et la vie. Alors qu'il a réalisé quelques performances importantes, comme sa 9e place aux Jeux de Londres ou sa médaille aux Jeux Méditerranéens -"la première depuis 1963, à Naples, c'était Jean-Pierre Crovetto qui l'avait remportée en voile"-, il retient surtout les bénéfices de son sport. "C'est un sport dur et ingrat, il faut beaucoup d'entraînement pour espérer gagner quelques compétitions et tournois, ça rend humble. On peut battre un mec et perdre contre lui le lendemain. Dès qu'on commence à se croire arrivé on redescend vite sur terre, ça apprend l'humilité. On touche nos limites tous les jours en se battant contre un mec. Savoir ce que tu peux faire, tu le vois tous les jours sur le tapis."

Carrière

Ses limites, Yann les teste régulièrement et n'hésite pas à se mettre en danger afin de grandir. C'est d'ailleurs ce qui l'avait poussé à partir s'installer à Paris après ses années de formation monégasque, sous la houlette de Marcel Pietri et un sport-études réalisé au lycée du Parc Impérial à Nice. "C'était une évidence pour moi de devoir partir parce que j'avais emprunté la voie du haut niveau et que c'est à Paris que ça se passait. Avec le recul, je me rends compte que d'être sorti de Monaco et de la Côte d'Azur, d'avoir vu le monde en dehors de cette bulle, ça m'a changé la vie et je souhaite à tout le monde de le faire. Après, on prend conscience de la chance qu'on a d'être à Monaco." Si ses débuts parisiens ont été durs, du fait de sa solitude, il le referait aujourd'hui. "Je suis devenu autonome et pour le coup ça m'a permis de grandir et de prendre de la bouteille.

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Quelques années après son arrivée, il rencontre Thierry Dibert, entraîneur au club de Boulogne qui va devenir son coach et l'est encore aujourd'hui. Au sein de cette structure, Yann continue son apprentissage et prend son envol aux alentours de 2010, deux ans après ses premiers Jeux à Pékin. Et dès lors qu'on lui propose de jeter un coup d'œil sur sa carrière jusqu'à aujourd'hui, c'est un regard lucide et parfois critique que le jeune trentenaire porte sur ce qu'il a réalisé. 

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"J'ai fait quelques trucs, j'ai gagné 4 fois les JPEE, ce qui est pour moi le minimum syndical. Je ne me vois pas autrement que premier, c'est important pour Monaco. J'ai fait des médailles aux Jeux Méditerranéens, mais ce n'est pas le gros gros niveau. J'ai fait un quart de finale aux championnats du monde en Russie en 2014, 9e aux JO à Londres, c'est des résultats qui font plaisir et sont honorables, mais je n'ai pas encore eu de médailles européennes, mondiales ou olympiques. Je pense qu'au niveau du judo et physiquement, j'atteins un bon niveau maintenant, mais je dois encore passer un cap mentalement."

Une question de mental

Et sur ce point, le jeune homme sait ce qui lui pose problème. "Ce déterminisme qui pousse à penser que parce qu'on vient d'un petit pays, le très haut niveau et les médailles mondiales c'est pas pour toi. Quand j'étais gamin, je voyais les mecs de Monaco et quand ils gagnaient un combat aux JO ou autre, on les félicitait. Alors qu'un Français, il se prenait une claque parce que ce n'était pas assez. Et moi j'ai grandi avec ça. Là j'ai fait 4 ou 5 fois 5e. Sur trois matches, j'avais match gagné jusqu'à 30-45 secondes de la fin, mais il y a une espèce de corde de rappel qui dit "c'est pas pour toi, les médailles c'est pour les autres", et trois fois je me fais remonter et je perds le match. Des fois je pense qu'inconsciemment, je m'interdis de gagner. Pour connaître plein de champions à l'Insep, le dénominateur commun, c'est qu'ils croient en eux. A un point incroyable. Ils y croient dur comme fer. Je suis sûr que je pourrais battre des mecs super forts aux JPEE, parce que pour moi c'est normal.

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S'il a beaucoup travaillé sur ce point, il sait qu'il doit plus croire en lui afin de passer ce cap. Car sans ce manque de confiance en lui, il aurait sans doute pu garnir son armoire à médailles, de même que celle de Monaco. Et il le sait, pour réussir, il n'a qu'une chose à faire, "mon premier combat à mener, c'est contre moi-même.

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