Dossier

Après Loeb, le déluge

Écourté, le 81e Rallye Monte-Carlo s'est conclu sur la septième victoire de Sébastien Loeb, toujours trop rapide pour ses concurrents. Derrière le nonuple champion du monde, la bataille a fait rage pour les places d'honneur

Ils auraient tous souhaité que cela se passe comme prévu. Que le plus valeureux des concurrents exulte au cœur de la nuit, après avoir dompté une énième fois le mythique, mais redoutable Turini. Sauf que quand les éléments se déchaînent, il ne reste plus qu'à passer entre les gouttes. Et s'empresser de se dire qu'on a eu du bol de ne pas finir la semaine en eau de boudin. À l'heure de faire le point, tous les pilotes puisaient dans le même champ lexical. "Difficile", "compliqué", "infernal". 

Pas besoin d'aller plus loin pour comprendre que tout le monde en a bavé durant la dernière journée de l'édition 2013. Jusque-là, toutes les conditions semblaient réunies pour que l'on assiste à un final chargé en suspense. Bien sûr, le "presque retraité" Sébastien Loeb avait encore monopolisé l'attention et assis sa domination dès les premiers coups de volant, en Ardèche. Engagé dans seulement quatre courses cette saison, celui qui possède le plus beau palmarès de l'histoire dans la discipline, n'avait rien perdu des qualités qui lui avaient permis de s'emparer d'un neuvième titre mondial en 2012. Et sa Citroën DS3 n'avait toujours rien à envier aux autres bolides en lice… 

Le public toujours là pour la grand-messe

Pour autant, la présence de la neige sur la totalité du parcours et la foire d'empoigne à laquelle on pouvait assister derrière le roi Loeb permettait de rendre ce Monte-Carlo suffisamment attractif. Tour à tour, Sébastien Ogier (Volkswagen Polo), Evgeny Novikov, Juho Hanninen, Mads Ostberg (tous trois sur Ford Fiesta), Bryan Bouffier et Dani Sordo (Citroën DS3) ont réussi à signer un temps scratch. Ceux pour qui le rallye est une religion étaient aux anges. 

Sur le port Hercule, le vendredi soir qui précédait l'épisode "turiniesque", les fidèles s'étaient déplacés en masse pour acclamer leurs idoles. Avec tout ce qu'il était possible de faire autographier en mains, ils patientaient longuement devant le centre média, prêts à dégainer l'appareil pour une photo-souvenir qui ferait rougir de jalousie les copains. Leurs précieux paraphes en poche, ils convergeaient vers les différents stands de produits dérivés. Casquettes, parkas, T-shirts, tasses… Les objets du culte, qui ne font pas vraiment dans la sobriété, s'arrachent comme des petits pains.

Un après-midi de chien

Avant de s'élancer dans les routes de l'arrière-pays, les participants savaient pertinemment qu'il serait très difficile de déloger Sébastien Loeb et son copilote Daniel Elena d'un premier rang qu'ils affectionnent tant. Juste derrière le duo, on retrouvait un autre Français, un autre "Seb" d'ailleurs. Sébastien Ogier, auteur du meilleur chrono entre Le Moulinon et Antraigues, puis entre Labatie d'Andaure et Lalouvesc, partait avec 1'47'' de retard sur son rival. 

Fraîchement recruté par Volkswagen, l'homme de Gap n'avait pas prévu de se lancer dans d'improbables manœuvres pour aller chercher une hypothétique victoire. Pas le moment, trop risqué. D'autant plus que la météo allait très vite calmer les ardeurs de la horde de prétendants à un accessit. Les spectateurs, qui avaient parfois marché plus de huit kilomètres pour atteindre le parcours de la spéciale, s'apprêtaient à affronter des conditions particulièrement déplorables. En échange, ces milliers de courageux n'étaient pas vraiment récompensés. Le final tant attendu perdait de sa superbe à cause de la neige fondue, ce que les puristes appellent "de la soupe". 

Une soupe indigeste pour Novikov, qui rendait les armes lors de la spéciale numéro 14, rapidement imité par Jari-Matti Latvala et Juno Hanninen. Au total, dix abandons étaient recensés. Rescapé de cette manche à haut risque, Mikko Hirvonen résumait la situation. "C'était incroyable, ça n’a jamais été aussi dur. Il n’y avait vraiment aucun grip." Loeb, en mode survie et un brin ronchon, surenchérissait : "C’est inconduisible. On roule à 30 km/h c’est horrible, c’est une spéciale de merde." 

Le seul à conserver le sourire ? C'était Bryan Bouffier. Engagé sur une DS3 privée, le Drômois profitait de ces circonstances inhabituelles pour réaliser le scratch. "C’était vraiment facile de faire des erreurs. Nous avons fait un bon temps, nous avons doublé trois voitures, c’est fou."

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