Plongée dans le Baywitch project

Elles vivent à Nice et elles ont décidé de se plonger dans un sport américain jusqu'au bout des ongles. Elles, ce sont les filles de Baywitch project. Cette section de Nice roller attitude, créée en début de saison, rassemble des passionnées de roller derby. Les Azuréennes, qui peaufinent encore leur technique, espèrent se lancer bientôt dans la compétition.

On patine à fond, on se gamelle et on se marre". La première phrase que l'on entend dans une vidéo dégotée sur le Net a le chic pour résumer ce qui se cache derrière le terme "roller derby". Vous ne connaissez pas encore ce sport ? On ne peut pas vraiment vous en vouloir. 

Actuellement, cette discipline venue tout droit des États-Unis a pourtant la côte au pays du roquefort. Tous les médias (ou presque) se sont mis en quête d'une équipe de derby girls. 

Une hype de plus, qui sera bientôt remisée au placard comme une vulgaire paire de pompes usagée ? Non, plutôt la résurrection d'une discipline née dans les années 30, laissée pour morte à plusieurs reprises et ramenée à la vie par des petits groupes d'allumés.

En France, celles qui se lancent et s'envoient valser dans le décor sont un peu des pionnières. Tout se structure peu à peu, la bonne parole se répand, le web commence à grouiller de références. Mais dans le roller derby, c'est l'esprit DIY ("Do it yourself", soit "fais-le par toi-même) qui prédomine. 

Le show et l'effroi

"Il y a quatre ans, on avait déjà essayé de monter une équipe. On était les premières de France à avoir créé une association de roller derby. Mais on s'entraînait à l'extérieur, sur la Prom'. On avait essayé d'avoir une salle, mais c'était très difficile parce que personne ne connaissait ce sport", démarre Caroline Pietra Piana. 

"Une des filles s'était luxé le coude sur le béton et on avait décidé de tout stopper. Depuis, on s'est affiliées au club Nice roller attitude. Ça prend doucement de l'ampleur, c'est plutôt pas mal. On est à peu près une quinzaine maintenant."

Caroline, la grande brune entièrement vêtue de noir, a dû se choisir un pseudo quand elle a commencé le derby. L'idée ? Trouver un nom de combat original et évocateur. Le sien ? Ruby CuThroat. Ruby "coupe-gorge" pour les non-anglophones. 

Un peu plus loin, sur la piste du gymnase Tony-Bessi, où les filles de Baywitch project se préparent, on aperçoit Tabatha Crash, Ninja Hagen, Pastaga Doll ou encore Betty Skull Crush (Betty Ecrase-squelette). Sur les t-shirts, les demoiselles affichent également le numéro de leur choix. 

Un 51 anisé par-ci, un 69 évocateur par-là… Sur les genouillères, on aperçoit un sanglant 187 (code utilisé pour signaler un meurtre par la police américaine). Les filles ne ratent pas une occasion de souffler le show et l'effroi.

Parfois, il y a de la casse…

Sauvagerie rock, girl power en stock, joueuses remontées à bloc, c'est l'équation du derby depuis quelques décennies. De quoi attirer l'œil, mais aussi faire oublier l'essentiel : que c'est bien d'un sport dont il s'agit. 

"Le problème, c'est l'image qui va avec, celle de nanas en mini-short et bas résille. Il peut y avoir des filles qui viennent un peu pour la frime, faire des photos… Mais le derby, c'est technique. Aux États-Unis, les gros matches sont télévisés, les filles font de grosses préparations physiques, elles prennent des protéines", raconte Caroline, pas encore transformée en "Ruby", puisqu'on est en train de lui faire louper l'échauffement.

A l'autre bout de la salle, le long de la main courante, on aperçoit une autre jeune femme. "Ah, c'est Emma. Allez la voir, elle aura plus le temps de vous parler." Et pour cause : un mois auparavant, Emma Globine (oui, c'est un pseudo…) a sacrément dégusté à l'entraînement. 

"J'étais dans le rôle de la jammeuse, celle qui attaque, et je devais traverser un pack de quatre filles. Les patins se sont emmêlés, je m'en suis pris un sur la cheville et ça a donné une triple fracture. J'ai appris que je ne pourrai pas reprendre avant un an. Mais ça ne me décourage pas, j'ai envie de recommencer. 

On peut se faire mal au derby, comme quand on va prendre un tacle au foot, mais rien n'est volontaire. Ça me soûle de pas pouvoir jouer, je vais devenir folle", glisse-t-elle depuis son fauteuil roulant, une Heineken à la main.

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Infos pratiques

Entraînements à la salle Tony-Bessi le mercredi, de 20 heures à 22 heures, et le samedi, de 18 heures à 20 heures.

Contact : nicerollerattitude@gmail.com
Facebook : Baywitch project


Le roller derby, c'est aussi…

Un film
"Bliss" ("Whip it" en version originale), réalisé par Drew Barrymore, raconte l'histoire d'une jeune texane qui découvre le derby et s'y lance à fond, pour sortir du chemin auquelle elle était prédestinée. Serveuse le jour, elle devient Barbie Destroy la nuit. Sorti en 2010, le film a été vu en boucle par toutes les joueuses.

Un magazine
En pleine expansion dans l'Hexagone, la discipline a maintenant son propre magazine. Il s'appelle "D for derby", il est gratuit, il possède une maquette résolument décalée et il accessible en ligne (rendez-vous sur issuu.com et entrez "dforderby" dans la barre de recherche).

Un art de la débrouille
Pas ou peu de structures au niveau national et guère plus de techniciens capables d'enseigner les ficelles du derby. La solution pour enrichir son bagage technique ? Ingurgiter des doses massives de vidéos publiées sur Internet par les formations américaines ou anglo-saxonnes. Dans les clubs récemment créés, les joueuses fonctionnent souvent en autogestion lors des entraînements, les plus affûtées tenant le rôle du coach.

Un défouloir
"C'est un peu comme si tu allais faire un sport de contact ou je sais pas, de la batterie." C'est Ruby CutThroat qui le dit. Durant les rencontres, les chocs peuvent être rudes. Mais quoi qu'il arrive, les parties se disputent toujours dans une atmosphère festive, libératrice.
"Il arrive qu'on se fasse des beaux bleus. Des fois, j'en ai sur la moitié de la cuisse, des trucs sympas, quoi. C'est une mini-fierté, une blessure de guerre !"