"Derrière nos masques, on est juste des bénévoles"

Vous y êtes resté six ans, dont 4 à l'université de Floride (au sein de l'équipe des Gators). Que gardez-vous du basket universitaire ?

L'engouement. Je pense que les gens vivent pour ça, il y a une fierté de pouvoir représenter l'école, et ce sont parfois des choses qui se transmettent de génération en génération. La fierté, l'engouement qu'il y a, c'est fou parce qu'il n'y a pas ça autre part dans le monde. Tu as entre 18 et 22 ans, les matches sont télévisés, on a joué à l'intérieur du stade des Cowboys de Dallas, devant 100 000 personnes ! Tout le monde regarde, tu es comme une star. Même en pro après ce n'est pas comme ça. Et surtout, ce n'est pas un business. Avec trois autres gars, on a fait notre cursus ensemble, on a grandi ensemble, tu apprends des autres, c'est une grande famille. 

Il semble qu'à l'époque vous ayez joué contre votre partenaire actuel, Dee Bost…

C'est vrai qu'on a joué contre Dee (rires). Il te dira qu'il nous a battus une fois, mais je me rappelle de son équipe, de lui, on en parle souvent ensemble. Je me souviens de lui quand il était plus jeune, il était un peu fou, il était d'ailleurs connu pour ça, mais c'est marrant, maintenant c'est un homme, un père de famille et c'est intéressant de voir comment il a évolué. 

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Comment ça se passe quand on est jeune, qu'on est le rookie de l'équipe ?

Ça dépend. On a eu la chance d'avoir avec nous des mecs en dernière année qui étaient super cool et nous ont bien accueillis. C'est un monde nouveau, tu es timide en arrivant. Je n'étais pas le plus coté parce que je n'étais pas le plus connu au niveau de ma classe, et en fait tu apprends. Tu essaies de faire en sorte d'être inclus, d'avoir un impact, de voir comment tu vas pouvoir aider l'équipe, comment tu vas faire en sorte de donner une solution au coach pour qu'il te donne quelques minutes. Je suis allé là-bas dans l'optique d'apprendre. J'ai eu la chance d'avoir coach Donovan (Billy, actuel coach du Thunder d'Oklahoma City, en NBA) pendant 4 ans. J'aime la constance, le relationnel est important, c'est aussi pour ça que j'ai choisi l'université de Floride, parce que j'étais proche de mon coach au lycée (Aubin-Thierry Goporo) et il n'était pas trop loin.

Qu'est-ce qui a été le plus dur là-bas ?

Au départ, j'avais l'impression qu'on ne me comprenait pas. J'avais un petit dictionnaire avec moi et je mettais quinze minutes à faire une phrase pour qu'on ne me comprenne pas. Il fallait que je recommence à zéro et je m'énervais. Ça m'a énormément frustré. Je pense aussi que je n'étais pas prêt physiquement. Les exigences étaient différentes et au début, je me faisais marcher dessus. C'est très différent de la France. Par exemple, après le premier match, qu'on remporte sans forcément bien jouer, le coach était énervé. Je m'en souviendrai toute ma vie. Il nous a dit de ne pas nous changer et on est allé s'entraîner après le match ! Et je me suis dit, 'mais dans quelle règle ça existe ? Il n'y a pas une loi contre ça ? Il n'a pas le droit !' (rires). C'est ça la mentalité là-bas.

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Qu'ont apporté vos années là-bas à votre jeu actuel ?

Je pense que je suis beaucoup plus physique, j'ai beaucoup plus faim qu'avant. J'ai appris à être un leader, à vraiment avoir un impact avec mon rôle. C'est là où j'ai pris le goût du combat parce que c'est la guerre tous les jours. Je me dis que ce que j'ai appris là-bas, c'est qu'à chaque match il faut se battre, prouver. Parce que ça peut être un ticket pour plus tard. J'ai vraiment appris à avoir un impact, mais pas forcément des choses qui se voient sur la feuille de statistiques. Mon coach nous avait appris une chose en nous demandant combien de temps on avait la balle en main. Cumulé sur un match, environ une minute. Et ça va vite. Et qu'est-ce qu'on fait en dehors de ce temps avec ballon ? Comment je peux avoir un impact sur le match en dehors de l'utilisation du ballon ? Et quand tu n'es pas sur le terrain, que tu es absent, qu'est-ce qui manque ? Et j'ai appris à essayer d'avoir un impact dès que je suis sur le terrain. 

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