"Je suis un coach assez émotif" - Z. Mitrovic

Zvezdan Mitrovic a repris cet été les commandes de la Roca Team, après un premier passage de 2015 à 2018 chargé en succès (accession Pro A, trois Leaders Cup). Et son appétence pour le basket n'a pas baissé. Bien au contraire*.

Évoquer le basket avec le coach monténégrin, c'est effectuer un voyage. Un voyage dans le cœur de cet homme imposant, où le basket a très vite pris une place prépondérante. Son monde en somme.

Si nous vous donnons le mot "basket-ball", à quoi pensez vous ?

C'est une grande partie de ma vie. Ce n'est pas seulement mon travail. J'aime vraiment beaucoup le basket. Même pendant mon temps libre, je regarde le basket. J'aime aussi aller voir les jeunes. J'aime vraiment tout de ce qui touche à ce sport.

Plus jeune, est-il vrai que vous alliez dans un vidéoclub, chez vous, au Monténégro, pour louer des vidéos de NBA ?

Oui, à mon époque, c'était comme un film. On pouvait en prendre dans certains vidéoclubs. Bien sûr, c'était comme un film, parce que nous n'avions pas de traduction. Et je me souviens de la NBA à l'époque, quand j'ai commencé à la regarder, j'ai vraiment aimé cela. Maintenant, c'est très différent. A l'époque, c'était vraiment un combat et j'aimais vraiment regarder cette compétition.

A quel moment le basket est-il devenu plus qu'un sport pour vous ?

Je pense que c'est à partir du moment où j'ai commencé à travailler, lorsque ma famille a commencé à dépendre du basket. Quand je suis devenu père de famille et que le basket est devenu mon gagne-pain, cela a vraiment changé la donne. Mais mes sentiments sur le basket n'ont pas changé. Ça a marqué un tournant, car vous n'êtes plus seul, vous avez une famille qui dépend de vous, il faut prendre soin de tout le monde, s'occuper des enfants (il en a eu trois) et de votre épouse. C'est une grande responsabilité et ça change la donne. Mais mes sentiments à l'égard du basket n'ont jamais changé.

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Quelle relation entretenez-vous avec ce sport ?

C'est beaucoup d'émotions. J'ai toujours tout donné au basket et il me donne beaucoup de choses mais je pense que je donne plus au basket que le basket ne m'en donne. Mais, vous savez, nous sommes ''toujours ensemble'' et c'est vraiment une partie de ma vie que l'on ne peut séparer de moi.

Qu'est-ce que le basket vous a apporté ?

Lorsque j'ai débuté comme joueur, beaucoup de joie, de bonheur, d'amusement. Quand on devient professionnel, on apprend beaucoup sur le basket-ball. Puis, j'ai ensuite débuté en tant que coach. Et là, j'ai encore plus pris conscience de mes responsabilités et de tout ce que j'avais à faire. Le basket m'a permis de visiter de nombreux pays dans le monde, comme les États-Unis, la Chine ou en Europe. Cela vous ouvre l'esprit. J'ai aussi rencontré beaucoup de gens et vécu dans plusieurs pays, différents les uns des autres. Le basket m'a offert des moments vraiment appréciables. Je ne suis pas qu'un entraîneur travaillant dans des clubs de haut niveau, qui gagne un argent fou. Je suis toujours normal. Mais le basket m'a apporté beaucoup de choses différentes. Par exemple, il m'a donné Monaco. Je joue ici, je travaille ici, j'ai rencontré des amis pour la vie et pour moi c'est plus précieux que l'argent. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je suis de retour en Principauté.

Vous évoquez les rencontres. En tant que coach, quel genre de relation entretenez-vous avec vos joueurs ?

Je pense qu'aujourd'hui elles sont meilleures qu'avant. Mais je ne suis pas le genre d'entraîneur à avoir des relations privées avec mes joueurs. Peut-être que c'est une erreur. Peut-être faudrait-il que je sois plus proche d'eux. Vous avez 14-15 joueurs, tous différents les uns des autres, que ce soit au niveau de l'âge, de la personnalité, des caractères… J'essaie toujours de les comprendre. Mais ils sont 15 et je suis seul. Donc il est plus facile pour eux de s'adapter à moi que l'inverse. J'essaie de m'adapter pour trouver le meilleur basket possible, la meilleure façon de jouer, la meilleure tactique. C'est mon travail et celui de mon staff, car je ne les oublie pas, mais avec les joueurs, sur certaines choses, quand j'explose, sous le coup de l'émotion, il peut m'arriver d'avoir des mots qui dépassent ma pensée. C'est le résultat de beaucoup, beaucoup d'émotions (il insiste), et je suis un coach assez émotif. Mais je pense que mes joueurs me comprennent très bien.

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Ce côté explosif, volcanique, d'où vient-il ?

Coach, ce n'est pas un travail de bureau où vous arrivez à 9 heures et qui est terminé lorsque vous rentrez chez vous. C'est ma vie, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Quand on travaille tous les jours sur ces situations, et qu'à certains moments, on voit ou on commet des erreurs stupides, cela crée des émotions… De la pression aussi, et cette pression, je la mets sur le terrain et les joueurs. Dans ma vie privée, je ne suis pas fou. C'est une partie de notre vie et quand on va sur le terrain, on est à 100%. J'essaie toujours de me donner à 100% car j'attends que chacun se donne aussi à 100%, que ce soit les gars des statistiques, les joueurs, tout le monde. C'est mon approche des choses. Je pense que c'est du professionnalisme. Peut-être que je devrais essayer d'être plus cool. C'est une partie de moi, j'ai essayé de changer, mais parfois… Mais, croyez-moi, je me suis beaucoup amélioré par rapport à il y a 6/7 ans (sourire).

Quelles sont les différences entre le Mitrovic de 2015 et celui d'aujourd'hui ?

Au niveau professionnel, mon travail est le même. Ma relation avec les joueurs est sans doute meilleure aujourd'hui, plus apaisée, car j'étais très agressif à l'époque, je m'étais mis beaucoup de pression. Aujourd'hui, je connais la ville, c'est plus facile pour moi. Sur les entraînements, on travaille de la même manière. J'ai un peu d'expérience du basket français (il le découvrait à l'époque où il avait coaché la Roca Team pour la première fois, en 2015) et je suis mieux avec les arbitres. A mon départ de l'ASVEL (mai 2020), j'ai reçu je ne sais pas combien de messages de soutien de collègues et d'arbitres sur mon mail, mon téléphone. Pour moi, c'était vraiment surprenant et j'étais vraiment heureux. Les collègues sont des collègues, mais les arbitres... C'était génial, j'en étais vraiment heureux.

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Comment vous sentez-vous lorsque vous entrez sur le terrain ?

J'ai parfois des sentiments différents, surtout avec l'enchaînement des matches. L'année dernière, nous jouions 3 matches par semaine, c'est assez fou. Parfois, vous êtes vraiment fatigué. Pendant 4 mois, on n'a rien eu, c'était vraiment fou. Mais le matin, quand je me lève pour aller à la salle… Là, c'est la première fois que nous sommes de retour ici**, nous étions dans la petite salle (gymnase scolaire) jusqu'à présent. Revenir dans cette salle, je me suis vraiment senti à la maison. Je me suis tout de suite bien senti. On passe tellement de temps ici que c'est presque comme un appartement.

Après toutes ces années en tant que coach, qu'est-ce qui vous motive à continuer ?

Que ferais-je de ma vie ? Je resterais tranquille à boire (rires) ? Bien sûr que non ! Avec la Covid-19, la saison passée a été arrêtée, ce qui m'a permis de passer du temps en famille, j'ai pu profiter de ma petite-fille. C'était vraiment bien. J'ai pu recharger mes batteries à fond, mais c'était très difficile de ne rien faire. Je ne suis pas le genre de personne à voir son job comme un travail. C'est mon monde. Je ne saurais pas quoi faire si j'arrêtais le basket. C'est une grande passion. J'ai beaucoup de hobbies, mais rien de professionnel. Je ne suis pas un homme d'affaires, un écrivain ou un chanteur. Je suis un coach. Quand j'aurais terminé ma carrière professionnelle ''sérieuse'', je serai ouvert à travailler avec les enfants. J'aime aussi parler, échanger avec les jeunes entraîneurs. Ce sera peut-être l'un de mes prochains objectifs. Travailler avec les jeunes entraîneurs.


*Article issu du CSM n°50.

**interview réalisée début septembre lorsque les peintures de la salle venaient d'être refaites. 

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