"Un entraîneur doit savoir s'adapter"

Il était la priorité des dirigeants l'été dernier, mais les choses n'avaient pu se faire à ce moment-là. Filipovski écarté, Sasa Obradovic a été nommé à la tête de l'équipe première de l'AS Monaco Basket le 25 février dernier. Depuis, c'est un tout autre visage que son groupe a montré.

Natif de Belgrade, Sasa Obradovic a cet accent typique des Balkans lorsqu'il s'exprime en anglais. Souvent souriant, l'œil vif, le coach de l'AS Monaco basket s'est confié durant plus d'une heure. Installé en terrasse près du stade, il a raconté son basket, un peu de lui et son envie d'apprendre le français.

Quel genre d'entraîneur êtes-vous ?

Tout le monde parle de ma dureté. Toutes les interviews que j'ai données, c'était "ok, comment les gens vont réagir en me voyant sur la touche, en sautant, criant, comment les arbitres et même les joueurs vont réagir" (rires). Je pense réellement qu'une bonne discipline sur le terrain est importante. Ça ne veut pas seulement dire bien se comporter et suivre les règles. La discipline sur le terrain, c'est aussi la façon dont vous faites les choses. Je ne suis jamais euphorique quand on gagne, ni en panique quand on perd. Et tout cela, ce sont des choses qu'il faut faire intégrer aux joueurs, les attitudes, leurs devoirs, etc. Je pense que le secret du succès est là, en créant de bonnes habitudes pour les joueurs, notamment dans la préparation des matches. Comme je le dis, je suis quelqu'un de très discipliné, comme un soldat. Toute ma vie, j'ai toujours su ce que je pouvais et ne pouvais pas faire.

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Comment définiriez-vous votre relation avec vos joueurs ?

Je ne pense pas que ça puisse marcher quand on met trop de distance. Il est important d'avoir une bonne communication entre nous, pas seulement sur le terrain, car être uniquement le boss n'est pas toujours une bonne chose. La combinaison d'un tout est une bonne chose. J'évoque souvent ce qu'on appelle la méthode "sandwich", où vous dites les choses positives, les négatives, mais vous terminez par du positif. Cela aide toujours. Je pense que 99% des gars que j'ai eu acceptent ma façon de faire. Certains pourront dire que parfois je m'énerve, mais tout le monde dira que je suis juste et ils respectent ça. Je suis honnête avec eux. Je dis directement les choses. Généralement, cela leur plaît, parfois moins, mais à la fin de la journée, je suis ouvert, on peut discuter. Et c'est ce que les joueurs qui ont de la personnalité veulent entendre. Mais il ne faut pas non plus être offensant. C'est comme ça que nous fonctionnons, que je fonctionne.

On vous dit strict…

Je pense que tout est basé sur ça. Mais il faut un équilibre. Si vous en demandez trop, les garçons peuvent aussi ne pas y arriver. Les gens ne savent pas forcément jouer un basket organisé, discipliné. Il faut voir pendant la saison et la préparation ce qui convient aux différents joueurs. Je pense que c'est très important, pour tout entraîneur sérieux, de s'adapter très rapidement à ce que vous avez. J'ai travaillé dans différents pays. Je pense que c'est le plus grand avantage que j'ai. Je m'adapte à toute nouvelle situation. Et cela me rend meilleur.

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Quelle est votre philosophie de jeu ? 

Il suffit d'avoir vu jouer mes équipes pour le comprendre. J'aime jouer agressif des deux côtés, avec des combinaisons de jeu qui peuvent convenir à l'équipe ou à certaines qualités individuelles. Les basketteurs aiment jouer avec des idées. Ce n'est pas juste "prends la balle et va marquer". Ce n'est qu'une part du jeu, qui dépend aussi de la confiance qu'on a en soi. Mais je veux que mon équipe pense. Et ce n'est pas facile. Il y a tout un tas d'informations à prendre en compte, il faut être concentré et ce sont ces petites choses qui font la différence à la fin car un match peut se jouer à un ou deux points. Il faut aussi savoir varier son jeu, faire ça une fois, ça après. Parfois on va jouer lentement, d'autres fois on ne prendra pas de gros risques. Je ne veux pas devenir prévisible pour mes adversaires. C'est un pan de ma philosophie : comment "distraire" le système des autres coaches, et pour cela, il faut être très impliqué.

Vous avez toujours eu en tête de devenir entraîneur ?

Cette question a toujours été présente dans mon esprit. Car il faut savoir ce que l'on va faire après notre carrière de joueur. Certains repartent parfois de zéro (après leur carrière) et c'est très difficile. J'ai su ce que j'allais faire lorsque je me suis blessé. Quand les médecins m'ont dit que je ne rejouerais peut-être jamais. Là, vous vous dîtes : "Quoi ? Et maintenant on fait quoi ?" J'ai rapidement su que j'allais pouvoir reprendre le basket. A partir de ce moment-là, j'ai mis toute mon énergie dans mon rôle de joueur, mais je ne pouvais pas arrêter de penser à la suite dès que je sortais des terrains. A devenir entraîneur. Pendant 6-7 ans, je notais toutes les idées que j'avais pour les entraînements. Et au moment où je suis devenu entraîneur principal, j'avais tous ces petits bouts de papier, où j'avais pris des notes en travaillant avec les meilleurs coaches, que ce soit avec mes clubs, lors des Jeux Olympiques ou des championnats du monde. Mais en tant que jeune coach, vous ne savez pas trop par où commencer. Il est important d'avoir les bonnes personnes autour de vous pour bien débuter, ce qui m'a aidé au départ. Et j'ai bien débuté, puisque j'ai gagné dès ma première année (champion d'Allemagne avec le RheinEnergie Cologne en 2005/06). Mais avec le recul, je sais que j'ai fait le bon choix, parce j'ai réalisé que c'était exactement ce que je voulais faire. 

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On sait quel genre d'entraîneur vous êtes, quel genre de joueur vous étiez, mais qui est Sasa (à prononcer Sacha)?

Pour faire simple, je dirais un gars tout à fait normal. Toutes mes victoires, mes titres, mes trophées, tout cela ne m'a pas amené à devenir arrogant. Comme je le dis souvent, tous mes amis sont les mêmes que ceux de mon enfance. J'ai une famille normale, grâce à ma femme, parce que je suis tellement dans tout ça, que parfois, je ne donne pas assez de temps aux gens que j'aime. Je suis vraiment un amoureux du basket, à un niveau incroyable. Pour vous dire à quel point, j'étais parti en vacances aux Etats-Unis en famille, et j'avais été voir la Summer League (tournoi d'été de la NBA). Je suis quelqu'un d'assez ouvert, mais avec un caractère assez fort. Ma femme dit souvent que rien ne peut me briser. J'ai vécu des périodes difficiles, celles qui vous rendent plus fort. Je suis un "dur à cuire", je ne pleure pas. Ça peut paraître arrogant de dire ça, mais j'affronte toutes les difficultés. Et je peux dire que je n'ai jamais quitté un club en mauvais termes. Les gens peuvent aimer ou pas ce que je dis, ce que je pense, mais ils doivent le respecter.

En dehors du basket, qu'aimez-vous faire ?

Je n'ai pas de passion particulière, ça dépend des périodes en réalité. À une époque, je collectionnais des tableaux. Ensuite, je me suis pris de passion pour les objets antiques. Sinon, j'aime être bien habillé, je lis aussi, même si je ne suis le plus grand des lecteurs. Je lis beaucoup d'ouvrages sur le basket, sur ce qui est nouveau, sur ce que je pourrais utiliser pour ma philosophie de groupe. Il faut aussi savoir prendre soin de soi et j'essaie d'être un bon épicurien, qui connaît les bons vins, ce genre de choses. Maintenant que je suis ici, ce que je voudrais, c'est apprendre le français. 

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Tac au tac

Votre surnom ?
Sale (à prononcer Salé).
Votre plat préféré ?
J'adore le filet mignon avec des frites, ou un bon poisson avec des légumes.
Votre film préféré ?
Il était une fois en Amérique (Sergio Leone).
Votre chanson ou groupe préféré ?
Il y en a beaucoup, mais j'écoute toujours beaucoup de musique serbe.
Votre endroit préféré ?
Je crois que ça va être Monaco (sourires).
La première chose que vous faites en rentrant à la maison ?
J'embrasse ma femme (rires) !