Duo de haut vol

A Monaco, lorsque l'on évoque le volley et le beach-volley, le nom des frères Ferry n'est jamais bien loin. En salle comme sur le sable, où ils ont été médaillés d'or à Perth il y a une petite année, Pascal et Vincent vivent une passion commune. Celle du collectif*.

Tarragone. Juin 2018. La cité portuaire catalane accueille les Jeux Méditerranéens. Une édition particulière pour la Principauté. Forte d'une délégation de 21 athlètes, l'équipe du Comité Olympique Monégasque est revenue avec deux médailles d'argent (Lucas Catarina en tennis et Xiaoxin Yang en tennis de table). Elle s'est aussi alignée pour la première fois en beach-volley. Face aux futurs vainqueurs, Pascal et Vincent Ferry ont aussi vécu leur première internationale en beach. "On arrivait là, tout jeune dans le sport, on a l'impression que c'était il y a longtemps alors que c'était il y a deux ans et on touchait du doigt le très haut niveau. Il y avait aussi cette fierté de se dire qu'on arrive à placer le drapeau de Monaco dans cette compétition et le faire en famille. Quand j'ai signé la feuille de ce premier match, c'est là où j'ai pris conscience que ce petit sport qu'on faisait par passion, par plaisir, était maintenant une pratique à un niveau pas mal grâce à tout l'investissement qu'on y a mis. C'est une certaine fierté", glisse Pascal, l'aîné. D'autant qu'au départ, chez les Ferry, le ballon, c'est plutôt avec les pieds que les frangins tapaient dedans.

Le sport co partout, toujours

L'histoire entre le sport et les frères Ferry a débuté très tôt. Tous les deux ont d'ailleurs suivi une trajectoire sportive assez similaire. Passés par le football durant de longues années, dont un séjour de deux ans au centre de formation de l'ASM pour Vincent, tous deux ont finalement quitté le rectangle vert pour la salle de volley. "Grâce à nos parents, on a un peu touché à tout dans notre jeunesse, avec le foot en toile de fond. Mais tout le reste était en loisir. La compétition, ça a toujours été le sport co", glisse Pascal, rapidement rejoint par Vincent. "On a connu ça très tôt, et personnellement, quand je m'engage dans quelque chose, je le fais à 450%. En compétition, je n'ai jamais connu autre chose que le sport co."  Lassés par le football, le volley est arrivé avant le beach. Une transition naturelle, pour l'un comme pour l'autre, même si Pascal a franchi le pas le premier.

P 047811 Semifinals Foto 48509 15 4x23

"J'avais fait le tour au foot et j'ai découvert le volley qui a totalement répondu à mes attentes, d'autant qu'en prime, il y avait le beach", raconte l'aîné."J'ai dû débuter le volley deux ans après mon frère. J'ai essayé après avoir arrêté le foot, j'ai accroché très vite, d'autant qu'à l'époque, on a été toute une bande de potes à s'y mettre", précise de son côté Vincent. Et si tous les deux ont rapidement pris goût à tâter la gonfle avec les mains plutôt qu'avec les pieds, c'est avant tout au travers d'une nouvelle expression collective. "On est sur la définition même du sport co. Au volley, si tu n'entres pas dans le collectif, que tu ne te confonds pas dedans, tu peux être le meilleur du monde, tu ne gagneras pas tes matches. Il y a un mélange entre le physique, le mental et la cohésion très important qui donne ce qu'est le volley", explique Vincent. 

École de vie

Lorsque l'on connaît un peu les bonhommes, on note rapidement deux personnalités à la fois proches et différentes. Deux garçons intelligents, réfléchis, assez grands (ils font 1,94 m tous les deux). L'un est cependant plus réservé que l'autre. Et tous deux ont porté le brassard de capitaine au sein de la Nationale 2 de l'AS Monaco volley. "Dans ma façon d'être en tant que capitaine, je n'étais pas celui qui parle le plus, parce que ce n'est pas dans ma nature. J'étais plus un capitaine par l'exemple dans mon attitude", glisse Pascal, qui, comme son frère, a su retirer les enseignements du sport dans sa vie professionnelle. Tous deux cadres dans l'administration, ils managent leur équipe au quotidien et n'hésitent pas à puiser dans leur vécu sportif pour leur vie professionnelle. "Ce trait de caractère m'a servi, à être sérieux, à montrer mon intérêt pour le projet et à amener les autres avec moi", ajoute Pascal.

Img 0481

"Le sport co m'a permis d'être plus à l'écoute des gens et de m'adapter aux humeurs de chacun. Ça m'a beaucoup apporté, notamment professionnellement dans la manière de manager mon équipe au travail, en essayant d'être juste. Je pense que c'est une très bonne école de vie. Je ne manage que 5 personnes, c'est déjà très bien, et je pense que l'école du sport et d'un sport co t'apprend énormément pour essayer d'avancer ensemble et c'est un vrai complément", détaille Vincent. Souvent raccords dans leur propos sans avoir répété à l'avance, ils partagent également la vision du beach, qu'ils ont débuté un peu plus tard. Un sport "plus individuel, à la charge mentale et physique plus importante, mais où la complémentarité avec son partenaire est tout aussi importante que celle que l'on retrouve dans le collectif du volley", glissent les frangins, partenaires en beach, notamment sur la scène internationale.

Une histoire de famille

Depuis leurs débuts, Pascal et Vincent ont fait, jusqu'à présent, un sacré bout de chemin ensemble. Des tournois amateurs à leur première sur un international une étoile, avant la médaille d'or obtenue l'an dernier en Écosse, ils savourent cette évolution, mais regrettent tout de même de n'avoir pu débuter plus tôt. "On aurait pu se lancer dans l'aventure bien avant, mais la structure était différente  et si on nous avait dit ça, avec les opportunités qui étaient là, on aurait été sur une représentation internationale bien avant", glisse Vincent. "C'est dommage qu'on l'ait découvert très tard au final, depuis 2-3 ans alors que tout était en place pour qu'on puisse le faire dès nos débuts dans le volley. Après, ce sont les circonstances de la vie", relativise Pascal. 

Cependant, cette aventure commune leur a aussi apporté dans leur relation fraternelle, mais aussi familiale. "Déjà, le fait de jouer ensemble nous permet de nous voir, ce qui n'est pas toujours évident avec les vies de chacun qui sont assez chargées. Evoluer ensemble en salle (Pascal a désormais arrêté la salle, mais Vincent continue avec l'équipe évoluant en Elite cette année, dont il est le capitaine) nous permet de passer beaucoup de temps ensemble. Ce qui est top, c'est que tu ne te déplaces pas avec un coéquipier, qui peut être là juste pour un temps, mais avec ton frère, avec qui tu es lié à vie. Et sur certains déplacements, comme en Écosse, notre famille nous suit, donc ça devient des souvenirs de famille", confie Pascal. 

Mka Hd Entrainement Beach Volley Larvotto En Amont Des Jeux Mediterraneens 6

"C'est tout la beauté de la chose", abonde Vincent, avant d'ajouter que "du point de vue terrain, ça nous lie encore plus. On a des caractères qui se complètent bien, et moi je suis fier de jouer avec mon grand frère. On a une vraie chance et c'est malheureux qu'on ne puisse pas le faire en ce moment." Car, au-delà du confinement côté français, les travaux du Larvotto ont fait disparaître, pour le moment, le terrain de beach, empêchant toute pratique de la discipline à Monaco. "On a une vraie chance, et c'est malheureux qu'on ne puisse plus le faire aujourd'hui. On termine sur notre meilleur résultat, à 30 et 32 ans et on est coupé net sur l'élan et l'inertie que ça aurait pu créer", note Vincent. 

Mais, quoi qu'il arrive dans un futur relativement proche, tous deux resteront marqués à vie par ces expériences et les rencontres qui en découlent, comme conclut Pascal, à qui est réservé le mot de la fin, droit d'aînesse oblige. "Je garderai plein de bons moments, que ce soit en salle, où j'ai rencontré mon cercle d'amis actuel. On a grandi, évolué ensemble, sur le terrain et dans nos vies, et c'est un peu pareil pour mon frère. Dès qu'on se voit, on se raconte toujours les matches d'il y a 10 ans, nos femmes n'en peuvent plus (rires), ou au beach, où je me rappellerai de plein de tournois, surtout avec mon frère. Ça s'arrêtera forcément un jour, on espère le plus tard possible et pour des bonnes raisons, mais on aura eu la chance de pouvoir bien en profiter. Et ça nous a apporté." 


* Article issu du CSM n°50

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos