A la découverte de Paul Mitchell

Arrivé cet été pour prendre la place vacante de directeur sportif, Paul Mitchell a amorcé de nombreux changements dans les rangs du club Rouge et Blanc. Outre l'arrivée de Niko Kovac sur le banc monégasque quelques semaines après son intronisation, il est aussi à l'origine de la mise en place du département de haute performance dirigé par James Bunce. Avenant et souriant, n'hésitant pas à manier l'humour et l'autodérision, le patron du secteur sportif est un homme à la parole rare dans les médias, mais dont les mots pèsent.

Ancien footballeur professionnel à la carrière modeste et natif de Manchester, Paul Mitchell a pris un virage rapide à sa retraite sportive. D'abord directeur du recrutement de MK Dons, son dernier club en tant que joueur, il a ensuite débuté son ascension vers les sommets pour devenir l'un des meilleurs directeurs sportifs du milieu.

Comment le football est-il entré dans votre vie ?

Je viens d'une grande famille. Je suis le dernier de 5 enfants, trois garçons et deux sœurs jumelles. Un de mes frères a commencé à jouer assez jeune. Un soir, je l'ai accompagné à l'entraînement. Il avait 11 ans, j'en avais 9 et j'étais resté sur le bord du terrain. Le coach est venu me voir et m'a dit, "allez, tu peux courir un peu, rejoins-nous, tu vas voir, c'est fun." Quand mon père est venu nous chercher, le coach est allé lui parler. En parlant de mon frère, il lui a dit, "celui-là, ça va, mais le petit, vous devriez faire attention parce que je pense qu'il peut devenir un bon joueur de football". Mon père adorait le football et il a pris en compte l'avis du coach. J'ai débuté quelque temps plus tard. Mais au final, j'ai commencé comme ça, un peu par hasard.

Qu'avez-vous aimé dans le football ?

Jouer ! Jouer avec le ballon, avec des amis. J'ai très vite réalisé que j'aimais gagner (Il se met à rire). Que je sois dans un petit parc ou dans un stade, je jouais pour gagner. J'adorais la compétition, le challenge, voir jusqu'où je pourrais aller. J'ai grandi dans un coin où, financièrement, les choses étaient compliquées. Un ballon coûtait juste 5 pounds (environ 7 euros pour l'époque, NDLR) et vous pouviez jouer pendant 12 heures. Il n'y avait pas d'ordinateur, seulement le football et on jouait tout le temps, le matin, en allant à l'école, tard le soir.

Qu'est-ce que le football représente pour vous ?

Tout. J'adore le jeu. Ma femme dirait sans doute que j'aime même plus le football qu'elle (Il éclate de rire). Ça m'a apporté tellement de choses, des expériences phénoménales. Il y a un cliché sur les Anglais selon lequel nous ne voyageons pas beaucoup, que nous aimons être sur notre île et que nous ne la quittons que pour les vacances. Mais je pense que le football a été un formidable passeport pour m'amener vers de très belles expériences. J'ai voyagé dans tout le Royaume-Uni, parfois nous allions en Espagne ou en Italie en pré-saison. Et quand j'ai commencé comme directeur sportif, j'ai voyagé dans le monde entier.

Quel genre de joueur étiez-vous ?

C'est très facile. Pas très bon (rires). J'étais un joueur besogneux. J'essaie d'être poli. Mon entraîneur disait que j'étais un joueur travailleur. Mes coéquipiers diraient que j'étais celui à qui il ne fallait pas passer le ballon parce que j'allais ensuite le donner à l'adversaire. Je pense que j'ai maximisé tout ce qui était possible. Je m'entraînais le plus dur possible, j'essayais d'user de tout ce qui m'entourait pour optimiser mes performances. Je n'aime pas perdre et cette mentalité peut parfois vous amener plus haut que le niveau auquel vous devriez évoluer.

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Qu'est-ce que votre passé de joueur vous apporte aujourd'hui ?

J'y pense beaucoup, c'est une question très intrigante. A l'époque, quand je jouais, le football anglais avait certaines caractéristiques, il était très agressif, très dur, très physique. Aujourd'hui encore, des personnes parlent de ces longs ballons, mais lorsqu'on connaît la Premier League, c'est l'opposé. J'ai débuté très jeune (à Wigan, NDLR), en côtoyant des joueurs plus âgés, ce qui m'a aidé à grandir. Ma fille, aussi, qui est née lorsque j'avais 16 ans, m'a fait grandir très vite. Tout cela m'a fait comprendre ce qu'étaient les responsabilités alors que je n'étais qu'un jeune homme, mais j'ai eu la chance d'avoir des personnes extra avec moi qui voyaient le football différemment déjà, comme Roberto Martinez ou Michael O'Neill. Et nous avons eu l'opportunité d'échanger des heures sur le jeu, et à cette époque c'était un vrai challenge d'intellectualiser cela. J'ai appris de ces gens intelligents, qui au final m'ont donné de nombreux conseils. Je pense que j'ai commencé très tôt finalement à réfléchir sur le jeu en lui-même, les différentes façons de jouer, et pas seulement de le voir de manière stéréotypée, à l'anglaise. Lorsque je me suis blessé, j'ai pu enclencher une vraie réflexion sur le jeu, notamment avec Roberto Di Matteo, qui était coach à MK Dons à l'époque. Et j'ai ensuite été très intéressé par les datas.

Pourquoi choisir le rôle de directeur sportif ?

Je peux dire que je suis très anglais d'une certaine manière. J'ai passé mes diplômes d'entraîneur et j'ai aimé ça, mais j'avais une relation particulière avec le président de MK Dons. Il m'a dit qu'il souhaitait me recruter au club et m'a offert l'opportunité de travailler dans tous les départements du club. A l'Academy, avec l'équipe première, au marketing et communication, au recrutement, etc. Cela m'a permis d'avoir une vision d'ensemble sur la manière avec laquelle la partie sportive et administrative doivent travailler ensemble pour arriver au succès. Et cela m'a permis de me forger et de me préparer au rôle que j'occupe aujourd'hui.

Quelles sont justement les différentes étapes qui ont façonné le Paul Mitchell d'aujourd'hui ?

Jusqu'à présent, dans mes différentes expériences, j'ai eu tendance à foncer et à me plonger dans le travail jusqu'à ce que ça devienne plus confortable, puis de me lancer dans un nouveau challenge. Ne pas opter pour la solution de facilité, je pense que c'est ce qui m'a façonné. J'ai eu l'opportunité de travailler dans des endroits incroyables, mais j'ai toujours choisi des destinations plus compliquées, des positions plus délicates avec un vrai challenge à relever. C'est ce qui a construit la personne que je suis aujourd'hui.

Quelle est votre méthode de travail ?

Travailler très dur (Il rit). Je n'ai pas perdu ce trait de caractère que j'avais lorsque j'étais joueur. Les gens disent que je suis exigeant. Je ne sais pas, c'est aux autres de juger. Je suis très franc, si j'ai un problème ou si j'ai quelque chose à dire, bon ou mauvais, je le dis. Je demande beaucoup de travail à mes collaborateurs, parce que j'estime que l'on a de la chance d'être dans le milieu du football. Je mesure pleinement la chance qui est la mienne d'être passé par les clubs dans lesquels j'ai travaillé. Pour avoir du succès, il faut travailler d'arrache-pied chaque jour et avoir des gens intelligents et compétents autour de soi. Mais la base, c'est assurément le travail, c'est l'une des principales valeurs qui caractérisent le manager que je suis aujourd'hui.

Comment êtes-vous devenu l'un des meilleurs découvreurs de jeunes talents ?

J'étais tellement mauvais comme joueur que j'ai vu beaucoup de choses depuis le banc de touche, et c'est devenu naturel de regarder ce que faisaient les meilleurs joueurs (rires). Je sais que j'ai gagné beaucoup de crédibilité grâce à mon travail de recrutement, aux joueurs que j'ai fait signer. Les résultats et les succès vous mettent en lumière. Mais il s'agit seulement d'un élément. J'ai la chance d'être très bien entouré et de travailler avec des gens hautement qualifiés. Je suis très attentif à l'environnement dans lequel évolue un joueur. Quand je jouais, le jeu était différent… Aujourd'hui, il est indispensable d'avoir un œil avisé sur les mouvements, les systèmes, la dimension physique, psychique, médicale. Et une question doit toujours rester à l'esprit : "comment le jeu peut évoluer ?" Quand vous signez un joueur, c'est pour 4-5 ans normalement, et forcément, sur cette période, le jeu va varier, donc il est important d'imaginer comment va évoluer le joueur face à ce changement, comment le rendre meilleur. Je pense que c'est d'ailleurs ce qui me pousse à travailler si dur, parce que je sais que nous allons devoir progresser, évoluer, nous adapter. Et je sais que si nous restons immobiles, nous ne resterons pas devant.

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Comment voyez-vous la relation entre un directeur sportif et le coach ?

Quand vous décidez de prendre un coach comme Niko (Kovac) ou Mauricio (Pochettino, Paris Saint-Germain), Ronald (Koeman, FC Barcelone) ou Julian (Nagelsmann, RB Leipzig), vous devez clairement expliquer les rôles, votre relation, vos caractères, comment vous allez devoir avancer et travailler ensemble. J'ai de bonnes relations avec les coaches. Il y a parfois des désaccords, c'est normal, le football est fait d'opinions différentes, mais vous ne pouvez pas créer de conflits ou de polémiques, c'est pourquoi il faut être honnête dès le départ.

Pourquoi avoir choisi l'AS Monaco ?

Pour le challenge et pour l'AS Monaco, qui est un club qui m'intriguait. Cela a pris du temps pour que je m'ouvre à l'idée, pour comprendre exactement quel serait mon rôle. J'étais très épanoui dans mon travail au sein du groupe Red Bull. Et puis durant le confinement, j'ai eu le temps de penser, d'analyser les choses, de discuter avec ma famille. Je dois dire qu'Oleg (Petrov) a su faire preuve de persuasion. Il a aussi toujours fait les choses de façon très correcte, notamment avec Red Bull. Oleg a insisté et j'ai écouté sa présentation du club, l'orientation que le président Dmitry Rybolovlev et lui voulaient donner, en quoi les choses devaient être différentes par rapport aux dernières années, les ambitions de l'AS Monaco. Le président et Oleg ont été très transparents et j'ai senti ce désir fort de vouloir créer un bon environnement, propice à la performance, de faire de l'AS Monaco un club entier, complet, pas seulement sur le terrain mais dans toutes ses composantes.

Que souhaitez-vous accomplir ici ?

J'ai envie que l'organisation soit la meilleure possible. On peut former une structure saine, et un club a besoin de cela pour réussir dans le football de haut niveau. Mon ambition est de contribuer à ce que Monaco soit reconnu à l'échelle européenne pour sa manière de fonctionner. Tout ceci repose sur une bonne communication, un bon staff, des collaborateurs qui insufflent une bonne énergie, un développement performant, de joueurs locaux et de joueurs provenant de toute la France. L'idée directrice est que l'organisation que je mets en place, que je développe, perdure dans le temps. Qu'elle soit en place pour de longues années et permettent de structurer le club, dans l'optique d'atteindre le succès sur la durée. Voilà ma grande ambition.

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Introspection

Qui est Paul Mitchell ?

P.M. : Probablement un accro du travail (Il éclate de rire). Quelqu'un qui passe beaucoup de temps au travail, sans trop de vie sociale, mais j'imagine que ça fait partie du boulot. Pour être honnête, je suis juste quelqu'un qui aime son travail. Je ne suis pas celui sur qui on lit beaucoup de choses, qui parle beaucoup, je me concentre simplement sur mon travail qui constitue une grande source de satisfaction pour moi .

Quels sont vos centres d'intérêt hors football ?

P.M. : J'ai la chance de faire partie d'une famille nombreuse, nous sommes 5 enfants, ma femme a 8 frères et sœurs. Donc j'apprécie le fait de passer du temps en famille, car cela n'arrive pas souvent ces derniers temps. Au-delà de ma famille, j'aime le sport et notamment la boxe, dont je suis un grand fan.

Personnalité ?

P.M. : Comme vous l'avez compris, proche de sa famille, honnête, gros travailleur, je dirais aussi que je peux montrer les dents s'il le faut, et certains diront que c'est le cas tout le temps (Il rit) ! Je suis exigeant et je suis conscient que c'est un trait important de mon caractère.

Ce qui vous caractérise le plus ?

P.M. : Le courage… Il y a très peu de choses qui me font peur. Je pense que cela vient des décisions que j'ai été habitué à prendre assez jeune. Je sais que parfois il y a des choses que je ne devrais pas dire, et pourtant je le fais. Mais j'avance et je vis sans regret. Car la chose la plus dure serait de regarder dans le rétroviseur et me dire que je n'ai pas tout donné, que je n'ai pas travaillé assez dur. Je refuse de vivre avec des regrets.