"C'est toujours plaisant de frustrer un attaquant" - A. Disasi

Transfuge de Reims cet été, Axel Disasi n'a pas mis longtemps à s'imposer dans l'axe de la défense monégasque. Buteur pour sa première sortie officielle en ouverture du championnat, il forme une charnière aussi jeune que solide et prometteuse avec Benoît Badiashile*.

Entre deux visites d'appartements, Axel Disasi a pris le temps, via Zoom (application de visioconférence), de se confier sur son arrivée à l'AS Monaco, ses premières semaines au club, ses débuts pros et son attrait pour le poste de défenseur central.  

Pourquoi avoir choisi l'AS Monaco ?

Il y avait déjà eu des contacts au mercato d'hiver, mais j'étais bien à Reims, j'étais titulaire et il était hors de question de partir à ce moment-là. Après la période de confinement, l'AS Monaco m'a de nouveau montré un vif intérêt à l'ouverture du mercato, ils ont régulièrement pris de mes nouvelles. La perspective d'évoluer ici, dans un club historique et avec une belle renommée, en France comme en Europe, était une bonne opportunité pour moi. Je voulais aussi être sur une continuité au niveau du jeu après Reims, et l'AS Monaco me permettait tout ça.

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Comment se passe votre intégration ?

Ça s'est bien passé, notamment avec Youssouf Fofana et Aurélien Tchouameni, avec qui ça a tout de suite collé. Je continue à m'intégrer dans l'équipe, c'est un groupe assez jeune et bizarrement, je fais, entre guillemets, partie des plus vieux, alors que je n'ai que 22 ans (rires). C'est un peu bizarre, mais ça permet aussi d'apprendre plus vite et d'avoir des responsabilités assez tôt. 

Comment jugez-vous vos débuts avec l'AS Monaco** ?

C'est plutôt positif. J'ai joué mon premier match avec l'équipe contre l'AZ Alkmaar, en préparation. Ça m'avait fait du bien parce que c'était mon premier match depuis l'arrêt du championnat. Ensuite il y a eu Reims, un match particulier, car on les rencontre très tôt, sur la première journée de championnat, alors que quelques semaines auparavant j'étais encore là-bas. On est rapidement mené 2-0, je marque et, même si je pense que je peux faire mieux sur mon début de match, j'ai réussi à rectifier le tir. Sur le match de Metz (victoire 1-0) ça s'est bien passé, on a affiché un bon état d'esprit. C'est plutôt positif pour le moment, je ne suis pas satisfait, mais je suis confiant pour la suite.

Marquer sur votre premier match, c'est l'effet Disasi ?

Je ne sais pas (rires). En Ligue 2, j'avais aussi marqué à mon premier match avec Reims, et on avait fait une saison incroyable derrière (le Stade de Reims était remonté en L1), donc si on peut réitérer ça avec Monaco, je signe tout de suite.

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Vous avez passé 4 ans à Reims,  que garderez-vous de ces années ?

Le fait de ne jamais rien lâcher et toujours travailler. Ça n'a pas toujours été facile. Je suis arrivé en 2016 à Reims et c'est en 2019/20 que j'ai vraiment pu montrer de quoi j'étais capable. Pendant toutes ces années, ça a été beaucoup de travail. J'y ai fait de très belles rencontres, c'est un club tranquille, familial, où tout le monde aime tout le monde, c'est vraiment chaleureux. Mais ça n'a pas toujours été facile.

Vous avez rejoint Reims en provenance du Paris FC et vous avez d'abord débuté avec David Guion, alors coach de la réserve. Quelle importance a-t-il eu dans votre jeune carrière ?

C'est un coach qui m'a connu assez tôt et c'est plus ou moins le seul coach que j'ai eu à Reims, même si, lorsque j'ai été jouer en réserve ou avec les 19 ans, j'ai évolué avec le coach Chalençon, qui faisait du très bon travail et m'a toujours bien accueilli. Mais c'est vrai qu'avec David Guion, on se connaît bien, il m'a fait progresser et la relation a été bonne. Dans mon passage rémois, il était souvent présent. 

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A Reims, vous avez vécu une saison avec une quinzaine d'apparitions en L2, puis vous enchaînez sur une saison quasi-blanche en L1 (4 apparitions). Comment avez-vous vécu cette période ?

Elle était vraiment difficile, mais j'ai beaucoup appris sur moi-même et le monde du football. A cette période-là, j'avais l'ambition de tout de suite jouer et je pensais avoir fait une préparation assez bonne, mais elle ne devait pas l'être assez aux yeux du coach. Je me retrouve 3e choix, car il débute la saison avec un axe Fontaine-Abdelhamid, puis Bjorn Engels arrive et je me retrouve 4e défenseur. Après ma quinzaine de matches en L2, je voulais être sur une continuité. Il m'a fallu être fort pour supporter le fait de ne pas jouer. Pour me sortir du foot, je me suis changé les idées avec ma famille ou au travers de petites activités. Mais quand j'étais à l'entraînement, je me donnais encore plus que tout le monde. Je voulais montrer que j'avais des qualités et que je pouvais jouer. J'étais dans un esprit de conquête. J'étais aussi conscient de mes qualités, j'ai travaillé avec acharnement, je n'ai rien lâché. Et j'ai beaucoup appris sur moi-même, parce que je ne pensais pas pouvoir tenir aussi longtemps un certain cap aux entraînements. Et les entraînements devenaient mes matches. 

Comment passe-t-on d'une saison quasi-blanche à un exercice où vous êtes titulaire indiscutable au sein de la meilleure défense de L1 ?

C'est bizarre hein ? Peut-être qu'on aurait pu la former un an avant... Connaissant le coach Guion, ce n'est pas quelqu'un qui assure du temps de jeu, il faut d'abord montrer sur le terrain. A l'issue de cette saison, je voulais partir en prêt et tout était ficelé avec Le Havre. A la reprise, Bjorn (Engels) et Thomas (Fontaine) sont partis, on n'est plus que deux avec Yunis (Abdelhamid). Je suis toujours dans cet esprit de conquête et j'enchaîne les matches de préparation, sans voir de défenseur arriver. Le championnat débute et on fait un gros match à Marseille (victoire de Reims 2-0). Ensuite je continue, j'enchaîne les matches avec un esprit revanchard, où je veux montrer au coach qu'il aurait pu me faire confiance plus tôt. Mais ce qui a aussi fait la différence, je pense, c'est le dernier match de la saison d'avant (2018/19). On reçoit le PSG et le coach me met titulaire (sa seule titularisation en L1 de la saison). On gagne 3-1 et je réalise un très bon match, je suis fier de moi à la sortie de ce match, surtout au vu de la saison que je venais de passer et je pense qu'il s'est dit que je pouvais jouer en L1.

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Que vous a apporté votre association à Yunis Abdelhamid ?

Il m'a apporté toute son expérience mais aussi toute sa rage et sa hargne. Il a eu un parcours assez atypique, il n'a jamais rien lâché, se retrouver là à cet âge-là, et performer encore, c'est beau cette régularité et sa rigueur au quotidien. Au-delà de son expérience sur le terrain, je dirais même qu'il m'a apporté encore plus en dehors, parce que c'est un bosseur, il fait attention à son corps, à son alimentation. Le voir toujours à 100 %, à 32 ans, je ne pouvais pas me relâcher. 

Quel genre de défenseur pensez-vous être ?

Je suis jeune, même si ça dépend dans quel club (sourire), mais on me dit souvent que je suis un défenseur moderne, j'aime bien relancer proprement, aller au duel, prendre du plaisir avec mes coéquipiers et proposer du beau jeu. Je pense avoir une bonne vitesse, un bon jeu mais il est évident que je peux encore faire mieux dans beaucoup de domaines, notamment offensivement.

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Vous êtes aussi un défenseur très propre (58 matches pros, 5 cartons jaunes). Comment l'expliquez vous ?

J'essaye au maximum d'être le mieux placé par rapport aux actions et d'avoir toujours un temps d'avance par rapport à mes adversaires. C'est peut-être ça qui fait la différence. J'essaye aussi de ne pas trop me jeter, de défendre intelligemment et récupérer les ballons le plus proprement possible. C'est peut-être aussi lié aux défenseurs que j'affectionne, parce que je m'inspire beaucoup d'un garçon comme Thiago Silva et sur la propreté, c'est l'exemple type.

Les enfants veulent toujours jouer attaquant. Qu'est-ce qui vous plaît dans ce poste ?

Petit, j'ai commencé attaquant (sourire). Mais dans ce rôle de défenseur central, je ne vais pas dire qu'on est le dernier rempart, parce que ce serait oublier le gardien, mais ce serait ce rôle de tenir la baraque, fermer la maison, tout bloquer. Ça va un peu avec ma personnalité, c'est un rôle de compétiteur. J'aime bien les duels, donc ce côté friction qui me stimule. C'est toujours plaisant de frustrer un attaquant. 

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Vous évoluez avec Benoît Badiashile cette année. Qu'est-ce qui change quand on évolue avec un jeune joueur, vous qui avez eu l'habitude d'avoir un défenseur expérimenté à vos côtés ? Ce qui différencie les deux ? 

Très bonne question… Je dirais qu'il faut encore plus de communication, parce que même si je suis plus âgé que lui, je n'ai pas une tonne de matches en pro, donc il faut plus communiquer. J'essaye aussi au maximum de transmettre ce que j'ai appris auprès de Yunis, à Reims, que ce soit pour moi ou pour Benoît. Mais ça passe par plus de communication et d'entraide. Même si c'est un jeune joueur, il a beaucoup de talent et de qualité, il y a tout pour que ça prenne bien. *Interview réalisée avant la 3e journée de L1.


*Article issu du magazine, Code Sport Monaco n°49

**Interview réalisée avant la 3e journée de L1.

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Tac au tac "mon préféré"

Un film ?
(Il hésite longuement) Un seul ?! Waouh ! La Vengeance dans la peau, avec Matt Damon.

Une série ? 
Power. 

Un chanteur ?
Ninho.

Un livre ? 
La Bible.

Un endroit sur Terre ?
Villiers-le-Bel, chez moi, en région parisienne.

Un geste technique ?
Ahhh. Celui que je préfère, la virgule. 

Un jeu vidéo ?
Fifa.

Un plaisir coupable ?
J'aime bien me détendre avec du piano. Soit en écouter, soit en jouer. J'avais commencé à apprendre pendant la saison où je ne jouais pas trop à Reims.