Dossier

 "Je sais d'où je viens…et je sais où je vais"

Youssouf Fofana est arrivé l'hiver dernier en provenance de Strasbourg. Le jeune milieu de terrain (21 ans) s'est tout de suite imposé dans le onze de l'AS Monaco, bonifiant ainsi le travail abattu au quotidien. 

Certains joueurs ont un parcours linéaire. D'autres ont dû emprunter des chemins détournés pour atteindre le monde pro. Youssouf Fofana est de ceux-là. Son intégration, ses débuts avec l'AS Monaco, son parcours, le jeune international espoirs s'est confié à Code Sport Monaco entre deux séances estivales.

Comment s'est passée votre acclimatation au club ?

Je me suis vite mis dans le bain, puisque 2-3 jours après ma signature, il y avait un match et j'ai joué tout de suite. On peut dire, en quelque sorte, que le football a parlé. On s'est vite compris sur le terrain, je devais montrer que je pouvais assumer le prix du transfert (15 millions d'euros). Il fallait que je réponde présent et je pense l'avoir bien fait. Au niveau du vestiaire, c'était un peu plus compliqué vu qu'il n'y a pas beaucoup de français (rires). Ça parle plus anglais, espagnol, italien, donc au début je restais plus avec les Français. Mais trois mois ont passé et ça a suffit à certains pour s'améliorer donc c'est plus facile aujourd'hui.

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Comment vous sentez-vous à l'approche de cette nouvelle saison* ?

Arriver en cours de saison n'est jamais facile. Je m'étais dit qu'il ne fallait surtout pas trop en faire en arrivant, que j'avais 4 mois pour prendre mes marques et m'adapter et après, une fois que la nouvelle saison débuterait, je n'aurais plus d'excuse. Et là pour le moment, ça me va très bien comme ça.

Si on vous avait dit il y a 5 ans que vous seriez ici, à l'AS Monaco, vous l'auriez cru à l'époque ?

Jamais (il le répète trois fois). Parce qu'il y a 5 ans je rentrais chez moi après une déception sportive (sans contrat à sa sortie de l'INF Clairefontaine où il avait passé deux ans, ndlr). J'ai essayé de rebondir, mais ce n'était pas comme je le pensais et il y a 5 ans, j'étais très loin d'être pro à l'AS Monaco.

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Après l'INF Clairefontaine, retour à la case départ. Pensiez-vous encore pouvoir percer ?

C'était clairement un retour à zéro. Au départ, oui, je me dis que j'allais y arriver. Je me suis dit, "allez Youss, tu fais que des clubs amateurs, vous allez aller loin en coupe de France et ensuite, hop, Ligue 2, Ligue 1". Mais c'est du travail. Et je ne l'avais pas compris à l'époque. Par exemple, quand je suis revenu dans le club amateur où j'ai évolué 3 ans (la JA Drancy, ndlr), je pensais que j'allais arriver et jouer directement en équipe 1 (U17 nationaux) vu que j'avais un petit CV. Et j'ai joué toute la saison en équipe 3 (première division départementale). Ça m'a calmé. 

A quel moment avez-vous compris qu'il allait falloir se mettre à travailler dur pour percer ?

Lors de ma deuxième année là-bas. La première, j'ai pris des coups de partout. L'année d'après, je me suis réveillé. J'ai repris avec les U17 nationaux, mais après les 2-3 premiers matches, je n'étais toujours pas dans l'équipe et j'ai eu une réaction que je regrette à moitié. Je suis allé voir le coach pour lui demander pourquoi je ne jouais pas alors qu'un défenseur évoluait à ma place. Il m'a dit que je n'étais pas prêt, que ceux qui jouaient à ma place étaient meilleurs que moi à ce moment-là. Je faisais la semaine d'entraînement avec les U17 nationaux et le week-end je jouais en réserve. Donc je lui ai dit, autant faire la semaine avec la 2. Parce que là, tous les vendredis, j'attendais ma convocation avec la une et elle ne venait pas, donc j'étais déçu. Il a été d'accord et de septembre à mai, j'ai passé la saison en deux. Au début je l'ai regretté, mais au final j'étais épanoui. 

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Tout s'est ensuite accéléré l'année suivante ?

On est passé en U19 et là aussi c'était compliqué. Mais sur mes trois ans là-bas, il ne faut retenir que deux mois (rires). J'arrive en U19, avec un nouveau coach, et je voulais arrêter le foot parce que c'était l'année du bac. Je me disais que ça ne marcherait pas et qu'il fallait passer à autre chose. Le coach m'a demandé de rester, d'aider le club à monter en U19 nationaux et si on n'y arrivait pas, il me laissait partir. J'ai accepté, et là le Youssouf d'avant, un peu grosse tête, est revenu. Je venais à l'entraînement, mais juste pour dire que j'étais venu. Du coup, le coach m'a puni en me rétrogadant. Et en décembre, quand j'allais arrêter parce que les examens blancs allaient commencer et que le bac se rapprochait, il m'a dit de revenir. Et sur la première semaine des vacances de février, je vais passer mon essai à Strasbourg et j'y signe la semaine d'après.

Qu'est-ce qui a permis l'arrivée de cette petite étincelle ?

Quand je suis parti à Strasbourg, je pensais que ça allait être juste un test de plus, qu'on allait me dire qu'on continuerait de me suivre. Donc je me suis dit que je n'allais pas me prendre la tête, que j'allais jouer sans stress et que je verrais bien. En plus, je n'ai même pas fini le test, je n'ai fait que 3 jours sur 5 car j'ai eu une petite blessure et ils m'ont dit que ça suffisait. Avant celui-là, j'en avais passé facile 8-10 entre 11 et 15 ans. Après il y a eu un trou, parce que je ne pense pas qu'on puisse prétendre à un test quand on joue en équipe 3. Et puis Strasbourg est arrivé.Quel impact tout ça a eu sur le joueur que vous êtes devenu aujourd'hui ?Ça a surtout eu un impact sur ma vie personnelle. Je me suis assagi. J'avais mes priorités, qui n'étaient pas forcément sportives, mais au fur et à mesure, tu deviens plus exigeant avec toi-même, tu arrives à l'heure, tu es plus respectueux, ça joue sur des détails. Et ça se répercute sur le terrain. J'ai grandi, je reconnais mes erreurs. Ce sont des petits détails qui font que je sais d'où je viens et je sais où je vais. Ce n'est pas pour m'arrêter dans deux ans.

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Dans quel état d'esprit êtes-vous à Strasbourg lorsque vous comprenez que c'est peut-être LE moment ?

Ah mais j'ai lâché une larme (sourire). Il y a une poussière qui est entrée dans mon œil. Et je me suis dit, à 18 ans, ce n'est même pas un cadeau, c'est donné. Mes collègues de Clairefontaine avaient du mal, à 18 ans, à prolonger leurs contrats, et moi on m'en tend un comme ça. Une fois mais pas deux. 

Vous avez débuté en réserve et au bout de quelques mois, vous faites vos débuts avec les pros ?

J'ai commencé tôt les entraînements avec les pros, dès octobre, en mars j'ai fait un déplacement avec eux. J'étais 19e, mais c'était symbolique, parce qu'un an après ma signature, à peu près, j'étais avec les pros, sur un déplacement. Je suis revenu au centre je racontais cette histoire à tout le monde. Et tout s'est emballé. Mais je travaille pour ça et quand ça vient, je ne suis pas stressé, je me prépare pour.



*L'interview a été réalisé le 13 juillet, soit quelques jours avant le 1er match amical de l'équipe et l'éviction de Robert Moreno. 

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