La pile humaine

Très porté sur la famille, amoureux du foot, Ruben Aguilar est aussi un garçon qui a du mal à tenir en place. Dans la vie comme sur le terrain.

Ruben Aguilar est un mec entier. Le genre de garçon qui arrive à l'heure, souriant, et qui ne regarde pas sa montre (il n'en portait d'ailleurs pas) quand il répond aux questions qu'on peut lui poser. Et il faut suivre le bonhomme. Car il va toujours à cent à l'heure. A fond. "Je suis comme ça, je ne sais pas faire les choses à moitié. Dans mon quotidien, sur comme en dehors du terrain, je fais toujours tout à fond. A l'entraînement, parfois, on me reprochait de trop courir. Le coach me disait de faire moins de course, mais ce n'était pas possible (rires). Même quand je rends un service. Ce sont des valeurs que m'ont inculquées mes parents. Et j'essaie de transmettre ça au quotidien. Mais je ne donne qu'à ceux qui le méritent, à ceux en qui j'ai confiance".

Le gars de Sillans

Avant de débarquer sur la Côte d'Azur, Ruben Aguilar a eu un parcours atypique. Qui l'a amené à quitter l'Isère pour le Forez, avant de rejoindre la Bourgogne puis l'Hérault. Un tour de France qui s'apparente, en quelque sorte, à un tour de force pour celui qui est férocement attaché à ses origines et surtout à sa famille et ses proches. "S'ils me manquent trop, je suis capable de faire l'aller-retour dans la journée pour aller les voir", glisse le gamin de Sillans. 

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Quand on lui demande qui est Ruben Aguilar, l'intéressé, du tac au tac, répond simplement, franchement. "Le petit blond de Sillans. Quelqu'un de gentil et de simple." Un village où, dès petit, son amour pour le football et son côté pile électrique ont vite fait surface. "A l'époque, j'étais tout le temps au city stade. J'y ai passé tellement de temps qu'ils pourraient presque lui donner mon nom", lâche-t-il dans un éclat de rire. Car très tôt, le foot a pris une place importante dans sa vie, comme dans sa famille. "Mon papa jouait et mes frères jouent aussi. Quand j'étais gosse, mon père emmenait mes grands-frères à l'entraînement et j'ai vite voulu essayer moi aussi." Alors que les frangins s'entraînent, le dernier de la fratrie s'essaye balle au pied. 

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Un éducateur lui propose alors de venir. C'est le début de la grande aventure (à Saint-Siméon-de-Bressieux). Jamais loin d'un ballon, de nombreuses discussions tournent aussi autour de ça à la maison. Et notamment autour du ''clasico", Barça-Real. Avec les origines espagnoles du papa, fan du FC Barcelone, l'attrait pour la Liga est fort. Sauf que les fistons sont tous pour le Real. "Aujourd'hui c'est plus cool, parce qu'on a grandi, mais on se chambre encore un peu. Mais mon père évite, notamment avec moi, parce que je déteste perdre et quand c'est le Real face au Barça, c'est compliqué, mais il y a toujours cette petite rivalité (rires).

Ne rien lâcher

Ne pas perdre. Jamais. Détester la défaite. Un des autres traits de caractère du latéral droit monégasque. Quitte à ce que cela aille parfois un peu trop loin. "Je déteste perdre, mais à tout hein ! Si on fait une partie de ping-pong et que tu gagnes, je vais être dégoûté et je vais te dire on rejoue le lendemain (rires). C'est dur pour les autres parce que des fois ils n'ont plus envie de jouer avec moi, mais ils me connaissent aussi", glisse-t-il, sourire en coin. 

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Une mentalité combative qui lui a permis de percer dans le foot pro quand tout espoir semblait perdu. Après avoir quitté Grenoble pour le centre de formation de Saint-Etienne, Ruben Aguilar se retrouve sans club. Il rentre alors à Grenoble pour y resigner. "J'avais appelé mon ancien coach pour voir avec lui si je pouvais juste venir m'entraîner avec son groupe. C'était en juillet et les équipes étaient déjà faites. Au bout de quelques jours, il me propose de prendre une licence, mais c'était au chômage, le club avait déposé le bilan et repartait de CFA2. Mais j'étais chez moi, avec ma famille.

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Finalement, ce choix s'est avéré payant. Car, lors du dernier match de la saison, à Martigues, un émissaire de l'AJ Auxerre le repère. "J'étais sorti à la 60e minute parce que je m'étais fait mal. Quelques jours après, un agent m'appelle. Je n'y ai pas cru, je lui ai dit d'appeler mon père, que j'étais en vacances. On était ensemble, et quelques minutes après, il appelle mon père et lui dit que le coach va nous contacter. Et c'était vrai." Départ en voiture avec le paternel pour rejoindre Auxerre. Trois heures trente de route. Dont une heure et demi de champs à perte de vue. "Je me suis demandé où je partais et je lui ai dit, Oh p'pa, on fait demi-tour on rentre", raconte-t-il dans un éclat de rire. Mais le jeu en valait la chandelle. 

L'ascension

Après trois saisons en Bourgogne, direction Montpellier. Un club où ''Rub'' s'est rapidement senti à l'aise. "Tout le monde m'avait dit que le côté familial allait me plaire là-bas. Et c'était complètement ça." Son jeu, tout en grinta et courses folles, fait qu'il est rapidement adopté par les supporters. C'est aussi là-bas qu'il se lie d'amitié avec Benjamin Lecomte. "Avec Benj', on a passé deux ans en chambre ensemble, donc on est devenu proche. Et depuis que je suis à Monaco, il m'a beaucoup aidé, même le vestiaire m'a très bien accueilli." D'autant que, pour lui, venir à l'AS Monaco relève d'un vrai choix dans sa progression. "Je ne voulais pas quitter Montpellier pour aller n'importe où. Monaco est un club ambitieux, même si les gens ont tendance à se focaliser sur la dernière saison, mais les 4 années auparavant, il y a le titre, les parcours européens, je me suis souvenu de ça, Benj' Lecomte aussi, et c'était pour moi une étape importante en vue de progresser." 

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Une progression qui va de paire avec les évolutions de sa vie de famille. Papa d'une petite fille de 8 mois, là-aussi Ruben Aguilar a franchi un cap dans sa vie. "J'ai pris en maturité. Je me lève le matin, je sais que je vais bosser pour elle, pour ma famille, comme lorsque mon père partait travailler le matin." Ce qui ne l'empêche pas de rester le même quand il est avec ses proches. "J'ai toujours un coup de mou vers 13-14 heures, au moment de la sieste. Mais après c'est fini pour eux, il faut toujours que je fasse un truc, ping-pong, pétanque, on fait tout. Une vraie petite pile.

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