"Le football, une histoire faite de succès et d'échecs" - N. Kovac

Niko Kovac a pris la direction de l'équipe première de l'AS Monaco en juillet dernier. Ancien international croate et ex-sélectionneur de la Vatreni, il a joué au plus haut niveau jusqu'à ses 38 ans. Avant de basculer de l'autre côté, même si ce n'est pas ce qu'il envisageait*.

Calme, posé, souriant derrière son masque, le coach monégasque (49 ans) a pris le temps d'évoquer ce que représente pour lui le football. Et raconte sa soif d'apprendre.

Que signifie le mot ''football'' pour vous ?

J'ai commencé enfant, c'était mon hobby à l'époque, aujourd'hui, c'est mon métier. Le football, pour moi, c'est la victoire. En tant que joueur et coach, l'objectif est de l'emporter. Nous voulons tous gagner.

Pourquoi avoir choisi le football ?

J'ai débuté comme tous les autres garçons de mon âge. A l'époque, nous n'avions ni ordinateurs, ni jeux vidéo. Nous n'avions que le ballon et on jouait à l'extérieur, du matin au soir, avec nos amis. Et le football était déjà très populaire à ce moment-là. Petit, je regardais la Bundesliga (championnat d'Allemagne), j'avais quelques idoles et je rêvais de faire comme elles, devenir professionnel.

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Quand vous êtes-vous dit que le football serait plus qu'un sport, plus qu'un hobby ?

Quand j'étais jeune, vers 17-18 ans, j'étais à l'école, et je voulais tenter ma chance chez les pros une fois l'école terminée. J'ai poussé, travaillé très dur, et j'ai réussi. A l'âge de 16 ans, j'ai eu une petite crise, où j'ai presque arrêté le football, mais ça n'a pas duré plus de quelques mois. Je n'ai pas arrêté pour autant, mais je voulais faire d'autres choses. Je voyais mes amis sortir, ils passaient du bon temps, restaient tard dehors le soir. Nous, nous avions nos matches le dimanche matin à 9 h 30, donc il fallait se coucher tôt. Je me disais que mes amis s'amusaient alors que moi j'étais déjà dans mon lit (rires). Mais au bout de six mois, je me suis dit que j'étais sur le bon chemin et tout s'est mis en place. Je pense que j'ai pris la bonne décision (rires).

En définitive qu'est-ce qui vous a fait aimer le football ?

Le football, pour moi, est synonyme d'émotions. Ce n'est pas seulement de l'émotion dans les tribunes, en dehors du terrain, mais aussi dessus. Vous vous battez contre une autre équipe, des adversaires, c'est intéressant de se mesurer aux autres, de montrer que tu peux être meilleur, que tu l'es. Et si tu perds, tu as 7 jours pour travailler et essayer de gagner le match d'après. Toute ma vie a été une compétition, pas seulement en football, mais j'ai toujours essayé d'être le meilleur. Je sais que je ne le suis pas, mais je fais de mon mieux pour y arriver.

L'aspect collectif a-t-il joué par rapport aux autres sports que vous avez pu pratiquer ?

Quand nous étions enfants, nous jouions dehors avec les autres gamins. Nous avions différentes nationalités, il y avait des Croates, des Allemands, des Turcs, et je pense que c'est l'élément clé quand j'ai commencé le foot, être dans un groupe, avec d'autres personnes. C'est ce que j'ai trouvé. Le football est populaire, j'aime ça, et jouer avec 10 autres joueurs sur le terrain, je pense que c'est la plus grande force du football. Quand on fait un sport individuel, on est concentré sur soi. Au football, on l'est aussi, mais il faut performer ensemble et c'est l'une des clés du foot.

En quoi le foot correspond-il à votre personnalité ?

Dans une grande mesure, car comme je le disais, je suis un compétiteur, j'aime me mesurer aux autres. Les émotions sont très importantes pour moi, sur comme en dehors du terrain. Je n'abandonne jamais, se battre pendant 90 minutes, donner le meilleur de soi. De mon point de vue, si vous me regardez, vous voyez tout de suite quel genre de joueur j'étais (il tape dans son poing), un joueur agressif (sourire). J'ai quand même marqué pas mal de buts pour  un numéro 6, j'étais milieu axial, j'organisais le jeu, j'aidais le coach sur le terrain. C'est mon caractère, ma personnalité.

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Pourquoi devenir coach ?

Au départ, je pensais plus devenir directeur sportif. Quand j'ai fini ma carrière à Salzbourg, nous en avions déjà un, Thomas Linke, qui avait pris sa retraite avant moi, donc la place était prise (rires). Les dirigeants m'ont dit qu'avec mon expérience, je pourrais aider au développement des jeunes, notamment auprès de l'équipe réserve, avec des jeunes joueurs talentueux, dont la plupart ont ensuite terminé en équipes nationales. Ils m'ont proposé de devenir coach, et au départ, j'avais mes diplômes, mais je ne savais pas quoi faire. Quel est l'objectif ? On s'entraîne, mais il faut planifier beaucoup de choses, afin de savoir quel est l'objectif, là où vous voulez aller. J'étais un peu confus, mais au bout de deux semaines, tout allait mieux. J'avais aussi un adjoint expérimenté avec moi et tout s'est bien passé. C'est la vie. Vous avez une idée, vous pensez aller dans un sens, et les choses peuvent aller très vite dans un autre.

Quelle place le football a-t-il occupé dans votre famille ?

Pour mon père, vu qu'il a élevé deux garçons, Roby (Robert Kovac) et moi, il était complètement à fond dans le football, il adore ça, il regardait tous nos matches, parfois même nos entraînements et notre mère était à la maison, et comme mes deux dames à la maison (sa femme et sa fille), elle n'était pas très intéressée par le football. Il y a des choses plus intéressantes pour elles, et je suis tout à fait d'accord avec ça. Comme on dit, "Le football est la chose la plus importante parmi les choses les moins importantes".

Vous partagez cette passion avec votre frère, que cela représente-t-il pour vous ?

C'est très rare. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de personnes comme nous dans le monde, mais je suis heureux d'avoir Roby proche de moi, parce que nous sommes frères, nous avons passé beaucoup de temps ensemble, que ce soit à la maison, enfant, mais aussi en club, puisque nous avons joué en club (au Bayer Leverkusen, entre 1996 et 1999 et au Bayern Munich, de 2001 à 2003) et en sélection ensemble (1999-2008). J'ai confiance en lui à 100 %, il me connaît, je le connais, nous n'avons pas toujours les mêmes idées, mais nous en parlons, intelligemment, parfois ça peut être un peu plus musclé (rires), mais nous avons besoin de débattre. Je peux lui dire certaines choses et il va comprendre, là où d'autres ne comprendraient pas, notamment dans ma manière de les dire.

Qu'est-ce que le football vous a apporté ?

Quand vous jouez au football, vous apprenez beaucoup pour votre vie entière. Vous apprenez une discipline, des règles, le respect, comment vivre en communauté. Après une défaite, vous tombez, vous devez vous relever très vite, et cela vous aide aussi dans votre vie privée. C'est une histoire faite de succès et d'échecs. Si vous avez du succès, nous sommes des humains, vous avez l'impression de voler, mais il faut vite redescendre. Et si vous tombez, vous avez l'opportunité, comme je le disais, de vite remonter en selle, car 7 jours après il y a un autre match. Pour moi, le football m'a beaucoup appris, notamment la façon de vivre avec le succès comme avec l'échec, et comment les gérer.

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Le rêve du petit Niko est-il toujours en vie ou a-t-il été atteint et le grand Niko est passé à autre chose ?

Joueur, vous avez des ambitions. Devenir professionnel. Une fois que cela a été terminé, j'envisageais d'être directeur sportif, maintenant je suis entraîneur. Je ne pense pas être spécial, mais j'ai eu de la chance, des opportunités. Je les ai saisies et maintenant je suis ici, mais je ne me sens pas supérieur ou inférieur à vous. J'essaye de rester le même, de progresser, car on peut apprendre tous les jours. Je suis ici, dans un nouveau pays, un nouveau championnat. J'apprends beaucoup et j'espère apprendre encore beaucoup pour les 40 prochaines années (sourire).


* Article issu du magazine CSM 50.

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