Mission optimisation

Les ''Sport Scientists'' font progressivement leur arrivée dans le football. A l'AS Monaco, ils sont une part prépondérante du département performance créé et dirigé par James Bunce depuis octobre 2020. Rencontre avec Bruno Marrier et Yann Le Meur pour mieux comprendre ce qu'est un ''Sport Scientist''.

Sur le bord du terrain d'entraînement, en étant un peu attentif, vous pourrez apercevoir un homme ne faisant pas partie du staff technique. Vous le verrez prendre des notes, observer, donner des indications, aussi. Lui, c'est Bruno Marrier, l'un des deux ''Sport Scientists'' de l'AS Monaco. Avec Yann Le Meur, ils travaillent tous deux pour atteindre un objectif aussi simple que complexe : optimiser la performance de l'équipe. Pour ce faire, le duo a vocation à transmettre des informations claires aux différents staffs (technique, médical, nutritionniste) et créer un contexte propice à cette recherche d'optimisation de performance. 

"On est un peu la courroie de distribution", schématise Bruno Marrier, arrivé au club en 2018. "On crée du lien entre les différentes parties pour que tout soit mieux huilé sur la partie de la performance physique et faire en sorte que tous les compartiments du club aient la même information pour une action synchronisée". Si tous deux évoluent au sein du même département, chacun intervient sur des axes différents. A court et moyen terme pour Bruno, à moyen et long terme pour Yann. Explications.

2020 12 07 Training 4937

La proximité du terrain

Pour Bruno Marrier comme pour Yann Le Meur, le point de départ est la collecte d'informations. "Mon domaine d'expertise est la gestion stratégique de la charge de travail. L'idée est de faire un feedback au staff, en expliquant ce qu'a fait l'équipe, ce qu'a fait ce joueur individuellement, et dire s'il faut ou non faire attention si la charge de travail a été trop importante ou si, au contraire, il faut l'intensifier", précise Bruno, qui intervient aussi sur des thématiques liées au sommeil, à la récupération, "tout ce qui peut améliorer le contexte de la performance de l'équipe". Pour ce faire, il récupère chaque jour pléthore de données, avant et après les séances d'entraînement. "Il y a deux types de datas que je traite. Avant l'entraînement, dans le cadre d'une seule séance par jour par exemple, on vérifie dans quel état de forme est l'équipe avant la séance. Cela passe par des questionnaires que l'on fait remplir aux joueurs et parfois par une petite analyse de sang qui permet de savoir quel est le niveau de lésions musculaires de chaque joueur." 

Ces informations collectées, cet ancien professeur agrégé d'EPS lance alors ses analyses et fournit un bilan au staff technique 45 minutes avant la séance, de quoi leur permettre d'adapter la séance si nécessaire. "Il y a ensuite les données relevées sur les GPS", annonce Bruno Marrier, avant de développer. "Elles répondent à une question, à savoir quelles contraintes physiques a-t-on imposées à nos joueurs ? Grâce à ces données, à leur analyse et à leur interprétation, on pourra dire si une séance a été très énergétique (beaucoup de distance parcourue) ou neuromusculaire par exemple, avec l'analyse des sprints. C'est important car, via ces données, et le rapport qu'on en tire, on peut voir si l'objectif a été atteint ou non. Et dans ce cas, on voit ce qu'il faut ajuster." 

Sans Titre 5460

Une fois cela réalisé, l'information est alors transmise aux différents secteurs de manière à ce que tout le monde bénéficie d'une information à la fois claire et précise. "Cela permet à tout le monde, les kinés, le nutritionniste, etc, d'adapter ce qu'ils ont prévu par rapport à ce que les joueurs ont produit", explique Bruno Marrier. Une transmission via un format le plus simple et compréhensible possible élaboré par les Sport Scientists. "Il faut que la façon dont on la communique ait une tournure simple pour tout le monde. Le but est de faire un tableau de bord qui va synthétiser toutes les infos et les rendre compréhensibles pour chacun. Il y a tout un travail de visualisation, on bosse avec des outils sur des visuels, des codes couleurs simples, porteurs d'une vraie info. Sur une page, il y a tous les joueurs et cette page est une réponse à toutes les questions qu'on peut se poser sur la séance."

Vision à moyen et long terme

Si Bruno Marrier a littéralement un pied sur le terrain, Yann Le Meur, lui, est plus en retrait, avec une mission un tantinet différente, bien que basée, en partie, sur les mêmes données que celles traitées par son compère (tous deux ont fait une partie de leurs études ensemble et se connaissent depuis plus de 15 ans). "Bruno est dans l'immédiateté. J'essaie d'être en recul par rapport à tout ça, de prendre le temps, quand on a, sur certains sujets, des données en plus grande quantité qui s'accumulent, à apprendre des grandes tendances qui peuvent se dégager au fil du temps. Le but est de prendre le temps de voir ce qui se fait ailleurs, regarder ce qui sort dans les études scientifiques et élargir les champs d'investigation au travail qui doit être fait quotidiennement pour suivre l'état de forme des joueurs et les charges d'entraînement", explique Yann Le Meur, recruté par l'AS Monaco en 2016 et qui a officié plusieurs années à l'Insep dans l'accompagnement d'athlètes préparant les Jeux Olympiques (Pékin, 2008, Londres, 2012 et Rio, 2016). 

2020 11 23 Training 9402

Contrairement à Bruno, le quotidien de Yann Le Meur n'est pas rythmé par les séances d'entraînements. Mais par les missions qu'il reçoit de la part de James Bunce, directeur de la performance à l'AS Monaco. "Je donne un coup de main à James à la consolidation d'une méthodologie club pour faire en sorte que, physiquement, les joueurs soient prêts à faire face aux challenges qu'ils doivent vivre dans la saison et anticiper sur les prochaines, par exemple avec un retour en coupe d'Europe. Mon quotidien s'articule autour de projets sur lesquels James me missionne pour construire cette stratégie de club. Je m'adapte en fonction des thématiques que James veut que j'appréhende pour parvenir, in fine, à formaliser un outil technologique qui caractérise le savoir faire du club dans toutes les dimensions en rapport avec les performances athlétiques des joueurs." 

Pour mener cela à bien, Yann Le Meur peut puiser dans l'actualité et la littérature scientifique, mais aussi aller voir ce qui se fait dans d'autres sports ou d'autres clubs. "Il y a aussi une logique de veille, en partant des questions du staff et en chercher les réponses dans différents horizons. Mais le but reste toujours de chercher à optimiser les process et les savoir-faire mis en œuvre au quotidien avec les joueurs."

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos