Sofiane Diop : "Rien n'arrive par hasard"

Il est la belle surprise de la première moitié de saison du côté de l'AS Monaco (19 matches, 5 buts*). Sofiane Diop, jeune milieu offensif de 20 ans, s'est imposé dans le onze de Niko Kovac à force de travail et d'abnégation. Et d'une bonne dose de talent.

Il avait débuté il y a 3 ans. On l'avait vu, titulaire, en Ligue des Champions, sous Thierry Henry. Puis il a disparu. Prêté à Sochaux l'an dernier (L2), Sofiane Diop a su remonter la pente après avoir vu les étoiles. Avec maturité, il avance désormais, pas à pas, marche après marche.

Quel bilan faites-vous de votre première partie de saison ?

Je suis content car j'ai eu beaucoup de temps de jeu. Il reste maintenant une deuxième partie de saison et j'ai à cœur d'être performant et, si possible, si on me le permet, de faire toutes les autres journées de Ligue 1 et de coupe de France. Je sais qu'il y a toujours des choses à améliorer, mais je pense que le bilan est bon.

Vous attendiez-vous l'été dernier à avoir autant de temps de jeu cette année ?

Non ! Je n'aurais jamais pensé en avoir autant. J'ai beaucoup travaillé durant le premier confinement, tout comme lors de la préparation estivale. Je suis content que mon travail ait porté ses fruits, mais rien n'est fait. J'ai des ambitions et cela passe par le travail.

Sofiane 14

Comment avez-vous convaincu Niko Kovac ?

Je pense qu'il a vu mon travail et ma force de caractère. Je n'avais, entre guillemets, rien à perdre en début de saison et je me suis dit qu'il fallait tout mettre en œuvre pour inciter le coach à me donner une chance. Je pense qu'il a vu mon envie de bien faire, mon investissement et m'a récompensé, en me donnant ma chance sur le terrain et en me conseillant en dehors. Je suis content de constater que mon travail et ma persévérance ont payé car il est évident que je n'étais pas nécessairement le joueur qu'on attendait le plus l‘été dernier… Dieu merci, pour moi ça s'est bien passé, mais rien n'est fait et je souhaite rendre au coach toute la confiance qu'il m'a accordée.

Dans quel état d'esprit avez-vous abordé la reprise estivale ?

Honnêtement, à cette époque, j'étais un peu dans le flou. Je suis revenu de mon prêt à Sochaux (club de Ligue 2, NDLR) début juin, j'ai pris de petites vacances en famille. Mes parents sont partis et j'ai ensuite repris avec un coach personnel. J'ai travaillé, en me concentrant, en me préparant de la meilleure des manières au cas où on ferait appel à moi. Mes agents discutaient avec le club, je savais que la porte n'était pas fermée. Mais je travaillais en me disant "bosse et tu verras". Et je dirais que ça a été payant.

Que vous a apporté ce prêt à Sochaux, bien qu'il ait été écourté par l'arrêt des championnats à cause de la pandémie de Covid-19 ?

Beaucoup de choses dans mon travail sûr et en dehors du terrain. J'ai gagné en maturité dans un groupe assez varié, entre joueurs d'expérience et d'autres plus jeunes. Ça a mis un peu de temps à prendre sur le terrain, mais ça a bien matché au final. Je regrette un peu que ça se soit terminé comme ça, à cause du Covid, car je pense que les conditions étaient réunies pour réaliser quelque chose de bien. Sur un plan plus personnel, j'ai énormément appris du peu de temps que j'ai passé là-bas en Ligue 2, que ce soit auprès de mes coéquipiers, des coaches, du staff ou même grâce aux supporters, car Sochaux est un club historique en France. J'estime que cette expérience m'a été vraiment bénéfique.

Sofiane 16

Quelle est la différence entre le Sofiane de l'an dernier, celui d'il y a deux ans, avec celui d'aujourd'hui ?

Un Sofiane beaucoup plus mature, qui a pris conscience que le foot n'était pas qu'un simple jeu. Ça l'est, bien sûr, mais c'est aussi un métier. Vous êtes journaliste, je suis footballeur. Ce sont des choses à prendre au sérieux. J'étais peut-être un peu trop insouciant au départ, sans doute dans l'euphorie de la signature de mon premier contrat pro, surtout que j'ai rapidement débuté en Ligue 1 et en Ligue des Champions. Aujourd'hui, j'ai pris conscience qu'il fallait se donner les moyens pour atteindre le plus haut niveau. J'ai les mêmes ambition qu'avant, mais j'ai pris la mesure de l'exigence qu'il convient d'avoir. Avant, je pensais que la marche entre un joueur de haut niveau et de très haut niveau n'était pas grande. Alors qu'elle est énorme. J'ai compris qu'il fallait travailler d'arrache-pied pour y arriver, et que rien ne venait tout seul. Je pense que, dans ma tête, ce passage à Sochaux m'a montré que le football n'était pas facile mais une véritable bataille quotidienne. Quand je suis revenu, je me suis mis en tête que les gens attendaient beaucoup de moi et que je me devais d'être irréprochable, le plus professionnel possible.

Que retenez-vous de vos premiers temps à l'AS Monaco ?

Je ne suis pas un joueur qui regrette quoi que ce soit. Je suis croyant, je me dis que rien n'arrive par hasard. La première année, j'étais très content, enthousiaste de mes premiers matches amicaux avec les pros, de ma titularisation lors de la 1ère journée de L1. J'enchaîne, je joue de plus en plus, notamment avec le changement de coach, la Ligue des Champions avec Thierry Henry. Puis en l'espace de quelques mois, je passe des étoiles à la dure réalité de la CFA (avec le retour de Leonardo Jardim en janvier 2018, Sofiane Diop est envoyé en équipe réserve, ndlr). Le retour a fait mal. Je me dis que que cela a été un mal pour un bien, que cela faisait partie de mon apprentissage. Si ça n'avait pas eu lieu, je ne serais peut-être pas là aujourd'hui. Je n'ai encore rien fait dans le foot, attention, mais que je n'aurais pas la chance d'enchainer les titularisations en Ligue 1 si je n'avais pas connu tout ça. Heureusement que l'on s'est maintenu.

Comment vit-on cet ascenseur émotionnel quand on est encore un tout jeune joueur ?

Ça n'a pas été facile mais j'ai été éduqué avec cette idée que l'on n'a jamais rien sans rien. Je pense que j'ai réussi rapidement à 'switcher' dans ma tête en me disant qu'il s'agissait d'une situation compliquée mais qu'il fallait absolument la surmonter car j'étais au début de ma carrière. La saison dernière, à Sochaux, et cette année, ici, je me suis dit que je ne voulais pas revivre ça. Il fallait donc que je travaille et que je me donne les moyens de réussir. Je suis monté tout en haut avec l'ascenseur puis je suis redescendu.Maintenant je prends l'escalier et ce n'est pas plus mal car cela me rendra encore plus fort. Je suis sûr que les erreurs que j'ai faites, je ne les referai plus.

Sofiane 13

Vous avez souligné la jeunesse du groupe d'il y a deux ans, mais cette année aussi l'équipe est assez jeune…

Oui, après la différence avec il y a deux ans, c'est que cette année, les jeunes comme Aurel' (Aurélien Tchouameni), Youssouf (Fofana), Axel (Disasi), Tino (Florentino Luis), ce sont des jeunes mais qui ont déjà beaucoup de matches en pro derrière eux. Après, on a aussi des joueurs comme Eliot (Matazo), Chrislain (Matsima), Enzo (Millot), qui n'ont pas d'expérience, mais c'est plus simple pour eux de progresser au côté de joueurs de leur âge déjà expérimentés en L1. Les jeunes, entre nous, on sait où on veut aller, on s'entraide tous ensemble. On apprend des anciens, on se nourrit de l'expérience de Cesc (Fabregas), Djib' (Sidibé), Ruben (Aguilar) et même Golo (Golovin), qui est une superstar en Russie, un top joueur international. On travaille tous ensemble, on fait preuve de solidarité et ça marche super bien. On a tous des ambitions collectives et individuelles et on sait que ça passera par de la communication entre nous et par un travail considérable au quotidien.

Vous l'avez évoqué en conférence de presse, mais quels sont, selon vous, les axes sur lesquels votre jeu doit encore évoluer ?

Un peu dans tous les aspects, notamment la finition devant le but. Je dois être beaucoup plus tueur. En équipe de jeune, je marquais beaucoup mais en pro, je ne possède pas les mêmes stats car le niveau est beaucoup plus élevé. Il y a aussi la concentration, le fait de rester focus pendant 90 minutes. Et croyez-moi, le coach sera toujours derrière nous pour qu'on le soit ! Il faut également que j'arrive à mettre la même intensité en match qu'à l'entraînement. C'est surtout d'un point de vue mental en fait, car cela englobe plusieurs choses. Je dois gagner en concentration pour ne plus reproduire certaines erreurs techniques et mieux gérer mes efforts.

Le coach a aussi souligné que vous deviez en faire plus d'un point de vue défensif…

C'est vrai (Il sourit). Sur le plan défensif, je pense que c'est plutôt ma technique défensive que je dois améliorer. Je récupère beaucoup de ballons, j'aimerais en récupérer encore plus. Je n'aime pas courir après le ballon, jouer contre des équipes qui ont la possession. Le meilleur moyen de ne pas courir après, c'est justement de l'avoir. Le coach a totalement raison sur cette philosophie de défense qui lui tient à cœur et qu'il tente de nous inculquer au quotidien. Je dois m'améliorer dans cet aspect de mon jeu car cela s'avèrera forcément bénéfique pour le collectif si l'on parvient à appliquer les consignes du coach et à progresser défensivement avec mes partenaires.

*Interview réalisée entre la 19e et la 20e journées de Ligue 1.

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos
Photo_thumb_sofiane

Rapido : "Ton préféré"

Film : Je suis une légende

Chanteur : Ninho

Série : Power

Livre : Bleach

Geste technique : La feinte avec semelle

Jeu : LudoKing

Activité hors foot : Dormir (Il explose de rire)

Plat : Pâtes - steak

Plaisir coupable : Je suis un maniaque du rangement


Photo_thumb_sofiane-1981

Engagement associatif

Dernièrement, Sofiane Diop a choisi d'œuvrer pour sa ville natale, Tours, par le biais de l'association de son meilleur ami, Malamine Doumbouya (FC Lorient). "Avec le Covid, j'ai pris conscience de certaines choses qui pouvaient se passer au-delà du foot, cela ne s'arrêtait pas aux matches reportés. J'ai pris conscience des difficultés rencontrées par certaines familles, qu'on était dans une période compliquée. J'ai grandi dans un quartier, j'ai tout connu. Ça me semble logique d'aider les autres, c'est ce que mes parents m'ont inculqué, l'aide, le partage. On a commencé à mener des initiatives à Blois puis, en discutant, je lui ai dit que ça me tiendrait à cœur de faire de même, chez moi, à Tours. On a énormément de projets, j'espère que cette démarche apportera un peu d'aide à certaines familles. Nous sommes des footballeurs, nous sommes des personnes médiatisées et nous avons un impact sur les jeunes. Quelque part, nous avons un rôle à jouer, donner une autre image des quartiers et mettre en lumière qu'ils peuvent être des exemples de partage, d'entraide. J'espère que nous y arriverons".