Les copains d'abord

Luciano Orquera entraîne depuis deux saisons l'équipe première de l'AS Monaco rugby (Fédérale 3). Mais avant ça, il a été joueur professionnel et l'un des plus grands internationaux italiens*.

"C'est une passion, un sport formidable qui crée beaucoup de liens avec les autres. Le rugby, c'est aussi beaucoup d'émotions, de passion, de bons moments, et la fête aussi", glisse, rieur, Luciano Orquera au moment d'évoquer ce qu'est, pour lui, le rugby. De son Argentine natale à la Botte, en passant par le Top 14 et désormais le sud de la France, l'ancien ouvreur italien a fait quelques kilomètres grâce à son sport. Surtout, il en a fait sa vie. Âgé de 39 ans, l'homme aux 50 sélections et 209 points marqués avec la Nazionale a entamé sa troisième saison à la tête du XV de l'AS Monaco rugby. Et pourtant, il ne s'y prédestinait pas forcément. "Je n'avais pas en tête de devenir entraîneur lorsque j'étais joueur. C'est plus ma femme qui m'y a poussé. Mon père était un très bon entraîneur de volley-ball et j'ai souvent échangé avec lui à ce sujet, on parlait des matches, il avait une certaine vision des choses, savait observer et analyser. Je pense que j'ai peut-être été influencé par ça aussi. Un ami s'est lancé pour passer le diplôme à Aix et je l'ai suivi."  Une autre histoire de copains. Un leitmotiv qui suit Luciano Orquera depuis ses débuts dans l'ovalie.

Le rugby plutôt que le football

Il est né en Argentine d'une famille d'origine italienne. Tout était donc réuni pour que le petit Luciano prenne la direction du rectangle vert, ballon rond au bout des pieds. Et, même s'il y a joué, c'est finalement vers le rugby que ce petit gabarit (1,71 m) s'est dirigé à l'enfance. Tout d'abord pour y suivre son grand frère. "J'ai débuté alors que je devais avoir 4 ans. Mon frère jouait déjà au rugby et il m'a emmené avec lui. J'ai bien aimé et en plus mes copains du quartier y jouaient aussi", explique l'ancien du Top 14. S'il joue au foot et au rugby durant quelques années, c'est finalement l'ovalie qui va prendre une place prépondérante dans sa vie. Là encore, la présence de ses amis a eu une importance particulière.

"A l'âge de 12 ans, j'ai eu le choix entre les deux. Comme j'avais beaucoup de copains au rugby, je l'ai choisi plutôt que le foot, même si j'y ai beaucoup joué quand j'étais jeune. Mais je suis allé au rugby à cause de mes copains", glisse-t-il, rieur. Réputée pour ses valeurs fédératrices, l'ovalie a mis le grappin sur le jeune Luciano qui s'est tout de suite épanoui dans une discipline aussi rude que conviviale. "C'est un sport de contact, mais on est tous amis à la fin. J'ai tout de suite aimé la cohésion qu'il y a entre les copains, l'état d'esprit. On prend beaucoup de plaisir aux entraînements. J'ai toujours eu le même groupe d'amis au rugby lorsque j'étais en Argentine, donc on sortait aussi tous ensemble, l'ambiance était très cool." 

A la découverte de l'Europe

Très vite, il démontre des qualités au-dessus de la moyenne. Les premières interviews arrivent, accompagnées d'articles dans les journaux. A 19 ans, il est titulaire en équipe première. Une époque où Luciano n'a pas encore de plans arrêtés pour le futur. Si ce n'est qu'il sent avoir une carte à jouer dans le rugby, où sa marge de progression est importante. Très vite, l'Europe se manifeste, par l'intermédiaire d'un club français. "A la fin de ma première année avec l'équipe première, Sorgues me propose de venir jouer pour trois mois. J'ai accepté et c'est vraiment à ce moment-là que le rugby est devenu ma vie, que je n'ai fait que ça."  Recruté par un club italien à l'issue de ces trois mois (Petrarca), il n'y restera pas bien longtemps. Car le bonhomme n'a qu'une idée en tête, jouer en Top 14.

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"Quand tu quittes ton pays, ce n'est pas simple. Mais j'ai aimé cette vie de rugby et j'étais convaincu de ce que je voulais faire. Très vite, je me suis fixé cet objectif d'évoluer en Top 14". Son retour en France est rapide. Deux saisons en Italie et Luciano signe à Auch, en Pro D2. Le Top 14 arrive l'année d'après, à Brives, où il restera 5 saisons. "Il faut beaucoup de discipline pour arriver et rester en Top 14, être sérieux et aimer ce que l'on fait." Son amour pour ce sport, Luciano Orquera l'a souvent montré sur le terrain, où il voulait tout autant gagner que s'amuser. En club comme en sélection, où il a rapidement débuté après son passage en Italie. "J'ai fait deux très bonnes saisons premières et la sélection m'a appelé. Lors de ma première sélection, je n'étais pas loin de pleurer. C'était beaucoup d'émotions, surtout quand tu entres sur le terrain, que tu vois tout ce monde, d'autant plus que c'était lors du VI Nations", se souvient, encore ému, l'ex-ouvreur. 

Le ballon, un bon copain

C'est d'ailleurs avec la sélection que le bonhomme a joué son match le plus abouti. Celui où il a le plus brillé, ballon en main comme au pied. Et comme un symbole, c'est face à la France, lors de la deuxième victoire du XV italien sur les Bleus (23 février 2013, VI Nations, au stade Olympique de Rome). "Ça a sans doute été un match référence dans ma carrière parce qu'on a fini par le gagner. C'est un des meilleurs matches que j'ai fait, c'est sûr, mais je pense qu'on avait une bonne dynamique d'équipe, et on avait des joueurs en sélection qui avaient l'habitude de jouer ensemble, il y a eu un bon mix qui a amené ce match contre la France." S'il met, comme souvent, le collectif en avant, Luciano Orquera a livré ce jour-là une prestation majuscule où sa relation avec le ballon a frôlé la perfection. Une relation que l'ancien numéro 10 a peaufiné et qu'il explique aujourd'hui, tout comme il essaie de la transmettre à ses joueurs. "Sur un match, un demi de mêlée ou d'ouverture va toucher jusqu'à 50 ballons, voir plus, donc on doit être très proche du ballon. Il faut savoir bien le manipuler, être très bon sur les passes, sur le timing des passes qu'on fait, parce que si on la met un trop en arrière, ça ralentit le jeu de notre coéquipier, donc c'est important d'avoir une bonne technique de passe et de la précision. Il faut qu'on soit bon copain (rires)"

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Transmettre le ballon, comme il transmet aujourd'hui ses connaissances. S'il se considère comme un joueur instinctif, chose qui "a tendance à disparaître", il voit l'apprentissage du poste comme étant plus simple. "On te donne les solutions pour que tu puisses t'adapter en match, tu peux t'entraîner tranquillement pour gagner en assurance et être plus sûr de toi quand tu seras face aux défenses pour trouver la solution. Aujourd'hui, le demi d'ouverture, tu peux le faire devenir fort, il faut qu'il écoute un peu, qu'il soit calme, patient, qu'il sache gérer les coups, mais ce n'est pas facile non plus." Alors qu'il a entamé sa troisième saison comme entraîneur de l'AS Monaco en ce début d'exercice 2020/21, Luciano l'avoue. Jamais il n'aurait imaginé mener cette vie lorsqu'il a foulé les terrains pour la première fois dans ses jeunes années. "Je dois beaucoup au rugby. Il m'a tout appris, m'a donné la possibilité de voyager, de m'installer en France, de continuer à progresser. Je dois tout à ce sport." 


* Article issu du CSM n°50

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