Les lionnes sont lâchées

Pour sa deuxième année d'existence, la section féminine de l'AS Monaco rugby a fait son entrée en compétition. Une volonté commune du club, du responsable du groupe mais aussi de ces demoiselles qui avaient envie d'en découdre sur les prés. 

Tout est parti d'un match. Une rencontre de l'équipe de France féminine de rugby. Fabien Camin, alors responsable des jeunes de l'ASMR, se pose une simple question en regardant ce match. "Pourquoi pas à Monaco ?" Il lui a cependant fallu attendre quelques temps avant que cette réflexion se concrétise. L'arrivée du stade Prince Héréditaire Jacques a accéléré les choses et l'aventure a débuté avec un premier entraînement le 17 septembre 2018. "On a eu quelques filles présentes au départ et ça a ensuite grimpé pour finir la saison avec une trentaine d'éléments", raconte Fabien Camin. Une première année terminée sur un tournoi de beach rugby, à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), en forme de récompense pour une quinzaine d'entre elles. 

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"On n'avait pas réellement d'objectif sportif ou d'obligation de résultat, c'était plus dans l'esprit d'un voyage de fin d'année afin de les récompenser de tous les efforts fournis. Elles se sont prises au jeu et on a accroché un nul contre le Biarritz Olympique, ce qui est plutôt pas mal pour une équipe comme la nôtre." De quoi, aussi, donner le goût de l'effort et la compétition à un groupe dont la motivation n'a, depuis, jamais été remise en cause. Notamment lorsqu'il fallait quitter les installations classiques pour mettre en place une deuxième séance dans la semaine. "On s'entraînait le lundi et le mercredi on basculait sur du beach rugby au Larvotto. C'est plutôt agréable en septembre-octobre. Après, ça devenait un peu plus épique. Mais ces phases ont aussi aidé à la formation de notre groupe et à en renforcer les liens", glisse le coach. 

Apprendre étape par étape

Apprendre le rugby n'est pas chose aisée, surtout lorsqu'on le débute à l'âge adulte. Les premières séances n'étaient d'ailleurs pas fondamentalement orientées sur la pratique de cette discipline. "Elles mêlaient un peu de rugby et beaucoup de motricité, un peu de stretching et d'activité physique. Les filles y trouvaient un bon complément et ça a pu remplacer des séances de sport qu'elles faisaient à l'extérieur. Au fur et à mesure, on a intégré du rugby." Au départ, il est bien évidemment nécessaire de débuter par les fondamentaux : ne pas faire de passe en avant, la manipulation du ballon, l'apprentissage des règles, se déplacer avec et sans ballon, ainsi que les difficultés liées à la discipline. "La première est venue de la motricité dissociée. Dans le rugby, les jambes vont dans un sens et le haut du corps, au moment de la passe ou de recevoir la balle, n'est pas orienté dans le même. Quand on a à faire à des adultes, il faut casser les habitudes de course", détaille Fabien Camin. 

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Et ce même si toutes n'étaient pas forcément des sportives aguerries au départ. "C'est l'une des choses qui font la beauté de cette aventure. Beaucoup d'entre elles ne faisaient pas de sport avant de nous rejoindre", rappelle le coach. D'autres, par contre, étaient déjà sportives, dont, pour la majorité, dans des sports individuels. Notamment de combat, avec par exemple la Monégasque Anouk Doria (taekwondo) ou encore Aurélie Pestoni et Lisa Mebarki, toutes deux anciennes judokas. Là aussi, cet écart entre sportives venues de disciplines individuelles et celles découvrant (ou redécouvrant) la pratique d'un sport a permis à tout le monde d'apprendre. 

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"Lorsqu'on vient d'un sport individuel avec une exigence élevée envers soi, il faut apprendre l'indulgence avec les autres. Ça a été un peu délicat par moment, mais le mélange a bien pris parce que les filles qui n'avaient jamais fait de sport ont su apporter des choses à celles qui viennent de sports individuels et inversement", note Fabien Camin, qui a progressivement amené le placage dans leur pratique. "On n'en faisait pas du tout au départ. Il faut inclure ça au fur et à mesure, dans une logique de sécurité, et cela prend du temps. Il faut intégrer plusieurs paramètres, comme le positionnement de la tête par exemple." 

Les choses sérieuses débutent

D'une activité ludique, ces dames et demoiselles ont donc progressivement glissé vers une pratique pure du rugby. Et l'envie de compétition n'a pas tardé à pointer le bout de son nez. "Après le tournoi d'Anglet en juin dernier, en accord avec les filles, on a décidé de se lancer sur la compétition", raconte le coach. D'autant que cela correspondait à sa volonté comme à celle du club. Cependant, pas question de ne s'orienter que sur une pratique axée compétition, car cela voudrait dire laisser en bord de route certaines de ces dames présentes dès le départ. "C'est une aventure sportive, mais aussi humaine. Notre licenciée la plus âgée à la cinquantaine et je peux comprendre que certaines n'aient pas envie de faire de la compétition. Il était donc hors de question de dire à certaines filles, 'désolé, on ne fait que de la compétition, c'est fini'." 

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Pour éviter cet écueil, la semaine se divise en deux parties. Le lundi, un entraînement commun aux 34 licenciées du club. Le jeudi, pour la deuxième séance de la semaine, le groupe se scinde en deux. "On a beaucoup de phases collectives et après, le jeudi, quand on fait de la mise en place pour le match du dimanche, les filles compétition sont d'un côté et les loisirs de l'autre. Elles font des ateliers techniques ou des jeux autour du ballon", détaille le coach. Une exigence supplémentaire accompagne forcément cette deuxième saison, du fait de l'entrée en jeu de la compétition, mais l'enthousiasme des filles n'a pas baissé pour autant. Si la motivation n'est pas un problème, le management de Fabien Camin a tout de même évolué du fait d'un public féminin. "Avec les garçons, on leur donne les consignes et ils les appliquent. Chez les filles, c'est différent. Elles cherchent à comprendre pourquoi, posent des questions, parfois même des choses auxquelles le coach n'a pas pensé. C'est intéressant parce que ça apporte un plus dans l'échange et ça me pousse à être d'autant plus clair et détaillé dans mes consignes."

Place au terrain

Des consignes travaillées sans cesse à l'entraînement afin de reproduire au mieux les choses en match. Si tout n'est pas parfait, bien sûr, les progrès affichés par les "lionnes", comme elles sont surnommées, sont notables. Combinaisons sur les touches, phases de jeu rapides, rien n'est laissé au hasard. "Attention les filles, restez derrière Fabien sur le renvoi au pied. Habituez-vous à ça", glisse l'un des adjoints du coach à ces quelques demoiselles un peu trop pressées d'en découdre et qui se seraient retrouvées hors-jeu sans ce précieux conseil. Et les efforts paient. Engagées dans un championnat régional où les matches se jouent à 10 contre 10, les joueuses de l'ASM rugby se sont retrouvées dans la même poule que Menton, Nice-Mandelieu et Antibes-Saint-Laurent. "On joue sur du 4x10 minutes. Il y a plus d'espace sur le terrain, les efforts sont plus intenses. Ça se rapproche du rugby à 7, il n'y a pas de pénalité avec ballon au sol et on repart sur un drop", explique Fabien Camin. 

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De quoi coller avec les qualités d'une équipe qui prône "un jeu basé sur le mouvement, on évite les phases de conquête et ce championnat nous correspond bien pour débuter." La première phase de cette compétition s'achèvera en mars. En fonction de leur classement, les asémistes seront reversées dans une poule haute ou basse et croiseront des équipes de la poule Var-Provence. Après une défaite inaugurale lors de leur premier match face au Stade Niçois-Mandelieu, les lionnes ont connu leur tout premier succès sur le terrain de Menton en battant 12-5 l'École Rugby Webb Ellis. En espérant pour elles que cette victoire soit la première d'une longue série. 

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