"Le sport n'existe pas sans public"

Eraldo Pizzo est le président honoraire du club italien Pro Recco, mais également une légende dans le monde du water-polo mondial. Nous l'avons rencontré lors du 1er Trophée des Champions, organisé par l'AS Monaco Natation et la Fédération Monégasque de Natation.

C'est l'un des monuments du water-polo mondial. 32 années en professionnels, 28 championnat en série en A dont 16 victoires, un titre de champion olympique… Soixante-six ans après ses premiers pas à Pro Recco, Eraldo Pizzo, son président honoraire, a laissé un palmarès hors du commun. Mais également une histoire. Celui qui s'est mis naturellement à ce sport d'équipe - "après la destruction de notre village lors de la guerre, il n'y avait rien. Soit on jouait au water-polo dans la mer, soit on jouait au football dans la rue", confie-t-il - a vite rencontré le succès. Il nous livre sa vision de sa discipline.

Quel est le secret de votre longévité ?

Je ne pense pas avoir de secrets ! Je pense que c'est un don naturel.  Je n'ai pas eu de fatigue par rapport à l'âge parce que j'ai surtout joué avec mon mental, plus qu'avec mon corps. J'arrivais à comprendre ce que l'arbitre allait faire avant que cela n'arrive, s'il allait donner l'avantage à une autre équipe selon la faute et j'arrivais à voir comment ne pas mettre mon équipe en difficultés et reprendre le dessus à chaque fois. Parce qu'une seconde peut être importante dans le jeu. Sans compter que je m'amusais beaucoup.

Quel est votre plus beau souvenir ?

J'en ai deux. En 1959, on a gagné le championnat italien avec une équipe jeune. Nous avions fait une finale de quatre équipes à Trieste. Je n'aurais pas pensé que nous pouvions gagner, nous y étions aller pour participer. Nous avons battu Naples, la Lazzio… A notre retour, tout notre village et tous les habitants des villages alentours s'étaient réunis pour nous faire ovation. L'année d'après, en 1960, nous avons gagné les Jeux Olympiques (à Rome) et j'ai été considéré comme le meilleur joueur du monde. Ce sont mes deux plus beaux souvenirs. Après j'ai joué jusqu'à 44 ans !

Quel regard portez-vous sur le water-polo à l'heure actuelle ?

Je pense que tout est allé trop vite au niveau physique. Maintenant, la force compte plus que l'intelligence. C'est devenu un combat. Du coup, cela ne me plait plus et je pense que mes motifs sont valables. Je me rappelle dans les années 60, 70, ou même 80, il y avait beaucoup de monde qui venait voir jouer Pro Recco.. Meme si les gens n'étaient pas amateurs  de water-polo, ils venaient. Aujourd'hui, nous avons 150 / 200 spectateurs… Il faudrait faire un examen de conscience et savoir pourquoi les gens ne viennent plus voir de water-polo. Je pense que les gens aujourd'hui ne comprennent plus le jeu.

La discipline est encore en évolution…

Je pense qu'ils travaillent pour faire encore moins bien. De ce que j'en ai entendu, ils veulent ramener le terrain à 25 m et mettre un ballon plus petit, ce qui serait très dangereux pour le gardien au vu de la force des joueurs. S'il se le prend dans la figure… Mais ce n'est pas à moi de dire cela car j'ai joué jusqu'à 44ans. Si on raccourcit le terrain, ceux qui ont 36/37 ans maintenant ont tellement d'expérience qu'ils vont jouer et ne laisseront pas de place pour les jeunes. Je pense à ces jeunes de 18/19 ans, qui rentrent. Si au bout de deux trois ans, ils n'ont pas joué, ils partiront. Et ce sera de plus en plus physique et il y aura moins de sport…

Que peut-on faire pour améliorer cela ?

Retourner en arrière ne serait pas possible. On ne peut pas interdire aux poloïstes d'aller en salle de sport. On ne peut pénaliser un jeune parce qu'il est fort, lui dire de ne pas aller sur l'adversaire et le tenir… parce qu'ils s'entrainent pour cela. Il serait bon que les hautes sphères fassent des réunions avec les présidents des diverses fédérations pour faire évoluer le sport. A une ou deux personnes, on ne peut pas décider. Cela doit se décider au niveau européen, il ne faut pas que chaque pays fasse sa règle, car si mon pays n'a que des jeunes forts, ce sera eux les plus forts et qui feront les règles.  Il faut trouver  un règlement qui pousse le public a revenir autour du bassin. quelque soit le sport, qu'il soit beau ou pas, le sport n'existe pas sans public. Si tu penses que tu as un beau sport, mais que tu n'as pas public, tu te trompes !

Quel regard sur le tournoi de Monaco ?

C'est une belle initiative. Notre équipe n'a pas encore commencé le championnat. C'est bien pour leur préparation de faire ces tournoi. Nous en avons parlé avec notre sponsor et on aimerait tous bien que cela continue. Compliments aux organisateurs !

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