Sous le signe de la petite balle

Xiaoxin Yang est une pongiste monégasque d'origine chinoise. Biberonnée au tennis de table dès ses jeunes années, celle qui est aujourd'hui 42e mondiale est en bonne position pour prendre part aux prochains Jeux Olympiques, l'objectif de sa vie*.

"C'est ma vie ! J'y joue depuis l'âge de six ans. C'est vraiment ma vie, ma passion. Pour le moment, je vis avec le tennis de table. Si aujourd'hui tu me dis d'arrêter, je ne sais pas ce que je pourrais faire. C'est un peu ma raison de vivre, ce qui me pousse à avancer tous les jours." Cette véritable déclaration d'amour vient de Xiaoxin Yang. Et elle s'adresse à son sport, le tennis de table. Difficile de faire mieux. Il faut dire que, depuis son plus jeune âge, la pongiste monégasque a été conditionnée pour devenir joueuse professionnelle. 

Et lorsque l'on connaît un peu l'histoire de ''Xiao'', on pourrait même se demander si ce n'est pas le ping-pong qui l'a choisie. "Au fond, cela reste quand même mon choix, même si au départ, ce sont mes parents qui m'y ont inscrite. Je me suis souvent demandée si j'aimais ce sport. Et j'ai trouvé la réponse récemment. J'ai compris que j'aimais réellement le tennis de table." Un amour né il y a bien longtemps. Un amour pour lequel Cupidon aurait bien pu décocher sa fameuse flèche. Mais au lieu de ça, tout est parti de la vista d'un homme dont le coup d'œil valait visiblement le détour.

Une histoire de coup d'œil

Petite fille, Xiao ne fait pas encore de sport. Sa maman a bien essayé de la mettre au piano, mais cela ne sied guère à la demoiselle. Un essai au badminton, infructueux, ne donne pas de suites. Mais pour le tennis de table, le coup de foudre sera immédiat. L'histoire débute en République Populaire de Chine. Xiao est la deuxième enfant d'un foyer où la politique de l'enfant unique bat encore son plein. En balade avec sa maman dans le centre de Pékin, la mère de la future 42e mondiale note un fait perturbant. Un homme les suis. 

"Ma mère a eu peur que ce soit quelqu'un qui vienne pour m'enlever. On s'est arrêtée dans un magasin de chaussures et ma mère m'a dit à l'oreille qu'on nous suivait. On attendait de voir dans ce magasin et là, cet homme entre, se présente en disant qu'il était l'entraîneur de tennis de table d'un club et demande à ma mère s'il peut toucher mon pied", se rappelle Xiao, comme si la scène s'était déroulée hier. L'homme en question obtient l'autorisation d'examiner les pieds de la petite fille. Le verdict tombe rapidement. "Il a tout de suite dit à ma mère que je pouvais devenir forte et lui a proposé de m'inscrire dans son club. Aujourd'hui encore, après être devenue sportive de haut niveau, je ne sais toujours pas ce qu'il a vu ou senti." Il faut dire que ni Xiao, ni ses parents n'ont pu demander à cet homme ce qu'il avait vu. 

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Le temps que le papa décide d'emmener sa fille dans ce fameux club, qui était près de chez eux, l'homme en question avait quitté le club. Pas de quoi perturber Xiao pour son premier entraînement. Au bout d'une heure, là où les autres réussissaient à enchaîner 10 à 20 jongles, elle en réalisait déjà 100. "Lors de la troisième séance d'entraînement, je jouais déjà sur la table et je renvoyais la balle aux bons endroits. L'entraîneur du club a alors dit que j'avais quelque chose." 

Une vie autour de la table

Tout s'enchaîne assez vite et la progression de la petite fille de six ans est très rapide. Si rapide qu'à l'âge de 8 ans, elle intègre un sport-études à Pékin. "Au début, je m'entraînais 2 à 3 fois par semaine pendant deux heures. En entrant dans cette école, j'ai commencé à m'entraîner tous les jours". C'est aussi là que la vie de Xiao a changé. Car le tennis de table, au-delà d'organiser sa vie, a aussi eu différents impacts sur la demoiselle. Souvent malade dans ses premières années, sa santé s'est renforcée au moment même où elle a débuté raquette en main. Enfant plutôt calme et introvertie, le tennis de table l'a amené à s'ouvrir plus aux autres. 

"Ça m'a aussi apporté confiance en moi", glisse Xiao. Si son amour pour son sport est toujours intact, et peut-être même plus fort encore qu'à l'époque, cette maman d'une petite fille de trois ans -"elle s'appelle Céline, je voulais qu'elle ait un prénom européen"-garde tout de même quelques traces de cette enfance pas comme les autres. "Ce n'était pas si dur que ça d'un point de vue physique. Mais je regrette surtout de ne pas avoir eu d'enfance. Lorsque les autres partaient en vacances, en voyage avec leurs parents, moi je m'entraînais. Je n'avais pas de vacances, pas de jour de repos, je jouais tous les jours, même pour le nouvel an chinois. Je me souviens d'une fois, ma classe devait faire un sortie scolaire dans un parc à Pékin. Mon coach a appelé mon professeur pour lui dire que je n'irai pas." Un épisode traumatisant pour Xiao qui se rappelle encore dire à son père qu'elle n'avait "pas de vie, j'ai pleuré en voyant les photos des autres, moi aussi je voulais profiter un peu de la vie". Mais, quelques semaines plus tard, elle compris alors les mots de son coach.

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"Il m'avait dit qu'en m'entraînant comme les autres, on serait au même niveau. Mais que si un jour eux ne s'entraînaient pas et moi oui, alors je deviendrais meilleure. Jusqu'à mes 9 ans, je n'ai pas fait de compétition. Et j'ai gagné dans ma catégorie dès mon premier tournoi." Si la victoire a permis d'évacuer la tristesse de manquer ce genre de moments, la frustration, elle, est restée. Été comme hiver, qu'il fasse 45 degrés ou un froid de canard l'hiver, Xiao est devant la table, raquette et balle en main, à répéter ses gammes. Sans se douter que le ping-pong lui offrira un avenir bien différent de ce qu'elle pensait au départ.

A la découverte de l'Europe

Xiao n'a que 17 ans lorsqu'elle quitte la Chine. Un premier voyage hors des frontières de son pays natal la voit débarquer en France. Une nouvelle vie dans un contexte totalement différent de ce qu'elle a connu jusque-là. Plus d'entraîneur derrière elle pour lui dire quoi faire et lui crier systématiquement dessus, une nouvelle langue et une nouvelle culture à apprendre, "cela m'a permis de devenir autonome", glisse-t-elle. Si les débuts sont difficiles, Xiao envisageant même un retour prématuré au pays, elle va finalement s'installer durablement. Un passage par l'Italie après la France et Monaco entre dans sa vie, il y a 7 ans. Des médailles aux Jeux des Petits Etats d'Europe, mais aussi aux Jeux Méditerranéens, une 4e place aux Jeux Européens. La Monégasque regarde désormais au plus haut, avec les JO.

"C'est le rêve de ma vie. Tout est grâce à Marc Loulergue (président de la Fédération Monégasque de Tennis de Table). Je n'aurais jamais pensé que le Prince m'accorde cette chance et sa confiance." Xiao vise les quarts des prochains JO et une place dans le top 3 européen. Des objectifs qu'elle veut également atteindre pour sa petite fille, dont l'arrivée a décuplé la motivation de sa maman. "Je suis encore plus motivée qu'avant car je ne suis plus seule. J'ai un mari, une fille, je veux leur montrer que je peux faire encore mieux qu'avant. Et je veux montrer aux autres que, même en étant maman, on peut continuer à pratiquer ce sport et à être très forte."


* Article issu du CSM n°50

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