"Je ne me fixe aucune limite"

C'est la nouvelle pépite du tennis mondial. A tout juste 19 ans et après une seule saison pleine sur le circuit ATP, Félix Auger-Aliassime a intégré le Top 20 (il en est ensuite ressorti pour finir l'année à la 21e place). Et le natif de Montréal ne compte pas s'arrêter là.

Alors que les enfants commencent à s'impatienter dans la pièce voisine (voir encadré), Félix Auger-Aliassime s'épanche sur sa saison et ses ambitions. Mais aussi sur ce que lui apporte son lieu de résidence depuis un an, Monaco. 

Img 2323

Quel bilan faites-vous de votre année 2019 ?

Un bilan très positif, avec de gros enseignements. A mon âge, les moments difficiles sont des moments d'apprentissages qui servent ensuite. Mais je veux me concentrer sur ce que j'ai bien fait et construire là-dessus pour l'avenir. Ça a été une année avec beaucoup de beaux souvenirs, de belles premières expériences, une première année complète sur le circuit ATP. A partir de maintenant, il n'y a plus d'inconnu. On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve, mais ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a plus d'inconnu dans le sens de savoir quel tournoi je vais jouer, ou voir si je peux être compétitif avec les joueurs de ce niveau-là. J'ai acquis la confiance nécessaire pour cela. C'est très positif et les moments difficiles m'ont montré la consistance qu'il faut amener, le travail de fond à réaliser pour être plus solide sur les longues tournées et l'enchaînement des tournois.

Vos deux blessures (à l'adducteur puis à la cheville) vous ont permis de comprendre comment renforcer votre corps ?

Oui. Je pense que dans ces deux cas, j'ai réussi à bien rebondir et à transformer ces blessures en quelque chose de positif. Faire l'impasse sur Roland-Garros, qui est mon Grand Chelem préféré, a été difficile à accepter. Renforcer mon corps, bien travailler dans la salle de gym, m'a ensuite permis de faire une belle saison sur gazon et ça, ça m'a fait plaisir parce que ça montre que j'ai réussi à tourner quelque chose de négatif en quelque chose de constructif. Et ma blessure à la cheville m'a permis de terminer ma saison un peu plus tôt, de me reposer après de longues semaines. Ça m'a donné l'opportunité d'avoir deux semaines en plus d'entraînement. Avec des saisons qui sont de plus en plus longues, j'essaie de me servir de ce temps pour être bien reposé et entraîné pour attaquer 2020.

Vous attendiez-vous à une telle progression ?

Erika Tanaka Mcms2019 Faa 5

Non. Je suis agréablement surpris de tout ce qui s'est passé. C'est magnifique. J'aurais signé pour une finale et j'en fais trois, je suis très fier de ça. C'est une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Par contre, je n'ai jamais été surpris par ce que je faisais, je n'ai pas eu le vertige, dans le sens où à aucun moment je ne me suis senti à ma place. Je pense qu'avec tout le travail que j'ai fait et ce que j'ai connu, les choses se sont faites logiquement. Ça a été plus rapide que je ne l'aurais pensé, mais jamais je n'ai joué au-dessus de mon niveau ou surjoué. Je pense que lorsque j'ai fait des finales ou de belles performances, c'était mérité, que ce n'était n'est pas dû à la chance et que je suis à ma place.

Vous avez justement disputé trois finales et les avez perdues (Rio, Lyon, Stuttgart). Que vous a-t-il manqué pour en remporter une ?

Elles sont toutes particulières. Ce sont trois matches totalement différents. La plus belle des trois est celle de Stuttgart. La première (Rio, défaite 3/6 - 5/7 face à Laslo Djere), c'est l'effet du nouveau et, pour le coup, je me suis senti un peu dépassé par les événements. J'avais vécu de grandes émotions sur la demi-finale, plein de choses se passaient, c'était magnifique, je sentais que je n'avais pas ce qu'il fallait dans le corps et dans la tête pour passer au-dessus. J'ai connu un match plutôt effacé, sans être capable de me libérer et de produire le jeu que j'aurais dû. Il y a celle de Lyon (4/6 - 3/6 face à Benoît Paire), qui est un peu difficile. Je suis blessé à l'adducteur, je vois Roland(-Garros) qui n'est pas loin, je perds le premier set et après je lâche, je joue en déroulant parce que je veux essayer de me donner une chance de jouer Roland, que je ne joue pas au final, donc c'est un peu à oublier, parce que je ne l'ai pas complètement jouée. Et Stuttgart (4/6 - 6/7 face à Matteo Berrettini), c'est un beau match, complet, on voit la saison qu'il fait après et il mérite plus que moi. Ça ne s'est pas joué à grand chose, mais ce n'est pas passé. Je ne peux m'en vouloir vraiment que sur celle-là.

Cette première année coïncide aussi avec votre installation à Monaco. Pourquoi ce choix ?

En étant Canadien, tu es un peu loin de tout ce qui est tennis, tournois… Géographiquement, d'un point de vue stratégique et même tennistiquement, pour avoir de bonnes conditions, avec des partenaires d'entraînement afin de produire ce que je dois produire, j'avais quelques choix en tête et on est facilement tombé sur Monaco. Je ne regrette pas du tout d'être venu ici. Malgré l'éloignement, j'arrive quand même à passer du temps en famille. Monaco est devenue ma base entre les tournois.

Erika Tanaka Mcms2019 Faa 10

Qu'est-ce que cela vous a apporté ?

Moins de longs voyages. La possibilité de se dire que tu joues Wimbledon et que deux heures plus tard tu es chez toi, c'est quand même pas mal (rires). Pour la récupération, avoir moins de décalage horaire, c'est agréable. Et pour les partenaires d'entraînement, c'est quand même autre chose. La possibilité d'avoir Berettini, Dimitrov, Djokovic, avoir ces joueurs-là à proximité c'est magnifique. C'est quelque chose que je n'avais pas au Canada.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris en arrivant ici ?

La vue, les conditions, le climat, ça change par rapport au Canada. Je pensais qu'il ferait un peu plus froid en hiver, mais c'est vraiment très bien par rapport à ce que je connais (rires). C'est agréable. Il y a une autre chose que j'ai vraiment aimée, c'est la tranquillité et la proximité, la facilité de tout ici. J'habite à 10 minutes à pied du Country et pour moi, qui ai des journées assez chargées, de ne pas perdre trop de temps sur la route ou dans les déplacements, c'est important. Ici, tout est facile. J'ai accès à des services de soins, je peux par exemple aller aux Thermes Marins, c'est exceptionnel.

Quels sont vos endroits préférés à Monaco ?

Le Country Club, j'y passe beaucoup de temps (rires). C'est un grand espace de jeu, on peut être au calme, on peut se retrouver en équipe ou entre joueurs, sinon j'aime bien passer du temps à la plage. Ce qui est bien, c'est que tu as la ville et rapidement tu peux te retrouver dans la nature.

Erika Tanaka Mcms2019 Faa 6

A priori, vous aimez bien les balades en montagne ?

Oui, j'apprécie particulièrement ça, que ce soit en bord de mer ou en montagne. Les week-ends, quand je n'ai pas entraînement, c'est un peu mon repos sportif, une petite marche ou une randonnée. Et c'est l'un des éléments très appréciables à Monaco, d'être en ville et pouvoir se retrouver très rapidement en pleine nature. Je n'avais pas ça avant et là, avoir la mer, pour la baignade et la montagne après, c'est extra.

Vos objectifs pour l'année prochaine ?

Comme cette année, mes objectifs premiers sont en niveau de jeu. Je me suis concentré sur mon tennis et ça ne ment pas. Si tu élèves ton niveau de jeu, que tu joues un meilleur tennis, les résultats vont venir. Il y a du combat, un duel, si tu es meilleur que l'adversaire, tu passeras éventuellement. Je continue de me concentrer là-dessus, élever mon niveau de jeu et je verrai ce qui va se passer. Par contre, en terme de résultats, il est vrai que je ne me mets plus de limite à partir de maintenant. Il y a 20 joueurs devant moi, je les connais presque tous. Il va falloir trouver une façon de battre chacun d'eux, c'est un gros challenge, mais pour avancer sur les gros tournois, ça passe par là. Si je peux me rapprocher du top 10 l'année prochaine ce serait très beau. 

Publié le

Vous aimez cet article, partagez-le :

   
Photos
Photo_thumb_img_2311

Tout sourire avec les enfants

Chaque année, le Monte-Carlo Country Club organise l'arbre de Noël pour ses plus jeunes licenciés. Et comme souvent, le bureau monégasque de l'ATP leur donne un coup de main afin de faire venir l'un des top-joueurs résidant à Monaco. Après Tomas Berdych l'an dernier, c'est Félix Auger-Aliassime qui s'est prêté au jeu cette année. Dédicaces, photos, le jeune homme de 19 ans a passé une bonne demi-heure à satisfaire les joueurs de demain. Professionnel jusqu'au bout, il a même refusé un bonbon car il devait s'entraîner dans la foulée. Mais toujours avec le sourire.