"Tu deviens ce sport, c'est ton mode de vie" - H. Banti

Triathlète émérite, Hervé Banti a notamment représenté la Principauté de Monaco lors des Jeux Olympiques de Londres, en 2012*.

Fier d'avoir pu porter les couleurs monégasques à Londres, Hervé Banti a construit sa vie autour de son sport. Ses amis, sa femme, tous ont un lien avec le triathlon, de près ou de loin. Même s'il est désormais retraité sportivement parlant, Hervé garde un toujours un œil attentif sur sa discipline de cœur. 

Si on vous dit le mot ''triathlon'', à quoi pensez vous ?

C'est toute ma vie (sourire). J'ai commencé j'avais 14-15 ans, j'ai arrêté à 40. Ça a été 25 très belles années, avec des moments forts, d'autres un peu plus difficiles, mais si tu veux durer, il faut que ça passe tout de suite après ta famille, quand ça n'arrive pas à égalité avec elle (rires). Il faut aimer cette relation et après tu deviens le triathlon, tu deviens ton sport, c'est ton mode de vie. Tu t'aperçois, à ton corps défendant, que toutes tes relations, amicales notamment, tournent autour de ça, et que c'est très difficile d'en sortir. 

Comment vous est venu le goût du triathlon ?

C'était les grands début du triathlon, mon père aimait bien les sports d'endurance et en avait fait un comme ça, en amateur. En voyant ça, je me suis dit "whoa, c'est ce que je veux faire", et quelques semaines après, je m'étais acheté un vélo, j'ai pris une licence dans un club de mon quartier et c'était parti. 

Vous pratiquiez déjà l'une des trois disciplines (natation, course à pied, cyclisme) ?

J'étais novice dans les trois sports, si ce n'est que je jouais au foot, donc je savais un peu courir même sans ballon (rires). Mais je savais que j'avais déjà le goût de l'effort pour les sports d'endurance et j'ai eu le flash pour ça, aussi parce qu'au départ c'était assez médiatisé, on voyait un peu ces athlètes comme des héros des temps modernes et j'ai surfé sur cette vague et c'est parti.

Qu'avez-vous ressenti lors de votre premier triathlon ?

Ça fait un moment (rire). Mais d'avoir trouvé mon sport. C'est fun, si tu veux réussir, tu n'as qu'à compter sur toi, et c'est varié. Tu ne fais pas tous les jours la même discipline. Je voulais un sport d'endurance, dans l'air du temps et on voyait ça à la télé, comme des surhommes qui faisaient ça alors qu'aujourd'hui c'est plus ou moins devenu commun de finir un IronMan. Ce qui m'a toujours frappé dans le triathlon, c'est que des gens pensaient que c'était infaisable, ils se lançaient et s'apercevaient au bout d'un an que ça l'était. C'est ce qui est surprenant dans le triathlon.

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Accessible, mais qui demande tout de même une certaine rigueur, tant dans l'entraînement que dans l'hygiène de vie, et encore plus si on vise des résultats…

C'est concomitant à tous les sports, que ce soit un judoka, un véliplanchiste, si on veut des résultats, il faut avoir une certaine hygiène de vie. Et c'est encore plus vrai, bien sûr, dans les sports d'endurance, car il y a une dimension physiologique encore plus importante. Mais ça n'a jamais été une contrainte pour moi. Je ne suis pas un fêtard, je n'ai pas d'amis qui vivent la nuit, et tu embrasses ce mode de vie, tes amis sont pareils, donc les réveillons du premier de l'an chez moi à 1 heure du matin tout le monde était couché (rires). 

A quel moment avez-vous basculé chez les Elite ?

Quand j'étais jeune, je n'ai jamais été dans les top Français, peut-être dans les 10-15 meilleurs, mais rien d'exceptionnel, notamment à cause de ces blessures qui m'ont limité. Et après à partir de 24-25 ans, j'ai un peu solutionné tout ça et ma courbe de progression a été plus régulière et là j'ai été performant. Il fallait que je trouve pourquoi j'étais blessé, j'ai toujours pas compris (rires), mais peut-être qu'avec un peu plus de rigueur, ton corps qui devient aussi plus résistant, ça s'est solutionné tout seul. 

Votre premier IronMan ?

Je m'en rappelle bien ouais. Je me suis dis "plus jamais" (rires). C'était vraiment dur. C'était celui de Nice, je fais 8e, c'était pas mal comme performance, et à l'époque, tu pouvais te qualifier pour Hawaï. Ces dossards là étaient donnés le lendemain, parce que ce sont généralement les 2-3 premiers qui y ont accès, mais certains peuvent déjà être qualifiés avant la course, d'autres ne souhaitent pas s'y rendre, donc en étant 7-8e à l'arrivée, tu peux avoir une chance d'accrocher un dossard. Et je ne suis même pas allé voir le lendemain (rires). Et après, tu digères ça, tu apprécies ce que tu as fait et tu veux recommencer. 

Que ressentiez-vous en course ou à l'entraînement ?

Le plus important dans les sports d'endurance où tu passes 20 à 30 heures à l'entraînement, c'est de trouver un groupe, car si tu es seul, tu exploses. J'ai eu la chance de trouver des amis avec qui je roulais tout le temps, je nageais avec le groupe de l'AS Monaco, donc au final, je n'étais jamais seul et c'est comme si tu vas retrouver une bande de potes pour t'entraîner. Il y avait autant la recherche de la performance que ce cadre amical.

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Comment gère-t-on ce rapport à la souffrance, même s'il y a aussi une part de plaisir dedans ? 

On n'a pas tous le même seuil d'acceptation de la douleur, certains l'ont très haut, d'autres très bas, mais on s'entraîne toujours pour ce petit moment de grâce où on se sent voler, on n'a plus mal, et même au-delà de la performance et du résultat chiffré, tu vas chercher cette plénitude où tu te sens invincible. Il y a aussi du plaisir dans cette souffrance, avec le moment où tu atteins le niveau que tu désires, tu ne souffres plus. Tu t'entraînes pour ça. 

En quoi on peut dire que ce sport vous correspondait ?

Par rapport au goût de l'effort. Le fait qu'il y ait trois sports, ça évite la monotonie, tu as moins l'impression de t'entraîner dur parce que tu varies les efforts. Pour avoir côtoyé des cyclistes, des athlètes, un cycliste il roule tous les jours, 7 fois par semaine, au bout d'un moment, tu peux en avoir marre. 

Pourquoi avoir décidé d'arrêter ?

Dans ma tête, je m'étais fixé 40 ans. Parce que si tu continues trop longtemps, après tu ne peux plus te réinsérer. Déjà, 40 ans, ce n'est pas facile. Je savais que j'aurais toujours la possibilité de trouver un job, mais même si tu sais que tu sais tout faire, parce qu'en tant qu'athlète de haut niveau, tu es un peu chef d'entreprise, tu vas à la pêche aux sponsors, tu fais le tour du monde, j'ai dirigé un club, mais tu n'as pas de diplôme pour le prouver. J'ai vu une annonce pour devenir croupier, je me suis dit pourquoi pas et c'était parti.

Ça ne vous manque pas aujourd'hui ?

Ça a été un peu long d'en faire le deuil. Pendant deux ans, ça n'a pas été facile pour moi, sans aller jusqu'à parler de dépression. Je ne l'ai pas mal vécu, mais ça n'a pas été un soulagement total d'arrêter. J'ai continué à présider le club pendant deux ans, mais je n'ai pas arrêté le sport. Je continue de rouler, on a une région fantastique pour ça, ça me permet de m'évader.

Qu'est-ce que vous a apporté le triathlon ?

J'ai pu rencontrer ma femme. Toutes mes relations tournent autour de ça. Et puis, en terme d'habitudes de vie, ça t'apporte de la rigueur, d'être dur au mal, de pouvoir encaisser certaines choses. Ça fait partie d'une vie d'athlète.

Quelle relation avez-vous entretenu pendant 25 ans avec ce sport ?

Au début, tu vas vers le but, qui est la performance. Et tu t'aperçois que le but est en fait le chemin, que cette recherche de performance ne s'arrête jamais, parce que tu vas toujours chercher un but plus élevé. Et au final, ce chemin c'est ta vie. Et tu deviens ce sport, c'est ton mode de vie. Et quand tu regardes en arrière, tu te rends compte que tu as fait ça toute ta vie. Soit tu es content de ce que tu es devenu, soit non, et moi je ne changerais pas grand chose.

Vous dites que vous êtes devenu ce sport. Mais vivez-vous toujours comme un triathlète ?

Peut-être, parce que j'ai conservé une certaine hygiène de vie. Je n'ai pas grossi, je fais toujours du vélo avec de belles sorties. Je suis encore l'actualité des sports d'endurance, donc en dehors des compétitions, je suis toujours un peu athlète (sourire).


* Article issu du CSM n°50

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