"Le projet de  ma vie"

D'un point de vue technique, quel programme avez-vous suivi ?

Ma philosophie était de beaucoup naviguer afin de vraiment bien connaître mon bateau. C'est fait puisque j'ai participé à 11 transats. Je pense que personne dans la flotte n'a autant navigué avec son bateau. Après il faut être curieux, mettre la tête dans chaque détail quand l'équipe technique est là. Ils font parfois des choses qui ne te semblent pas intéressantes, mais il faut s'y intéresser. Ton ''boat captain'', celui qui s'occupe de la technologie, technique et maintenance, c'est la personne qui participe peut-être presque plus que le skipper à la réussite d'un Vendée Globe. S'il ne fait pas d'erreur, tu as une bonne chance de faire une bonne course. Ça reste un sport d'équipe. Il y a des milliers de détails, on a 5 personnes à plein temps qui travaillent sur le bateau. Je ne peux pas tout contrôler et il faut avoir 100% confiance en eux. Car la réussite du projet est autant dans leurs mains que dans les miennes.

D'un point de vue nutritionnel, qu'avez-vous mis en place ?

Je me base sur mes expériences de mes 3 précédents tours du monde. J'ai un repas lyophilisé par jour, et un repas sous vide, ce qui apporte un peu plus de goût, de texture, mais aussi au niveau du moral et de l'énergie. Et là je vais recontacter des nutritionnistes pour voir et trouver des petites vitamines, des petits snacks qu'on peut ajouter à cette base, car il faut parfois avoir accès rapidement à beaucoup d'énergie. Sur cette dernière course, ma grand-voile est tombée, donc pendant trois heures j'étais à fond pour la remettre et on dépense une énergie de fou. Donc, là aussi, il faut avoir de bonnes petites choses, barres ou gels, mais aussi des éléments pour mettre dans l'eau, car on a des désalinisateurs mais l'eau qui en sort n'a pas les mêmes minéraux.

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Vous l'avez évoqué précédemment, mais qu'apportent les nouveaux foils installés sur le SeaExplorer - Yacht Club de Monaco ?

Ils me rendent très heureux et me permettent d'être plus rapide. J'ai tendance à dire qu'on peut rivaliser avec les nouveaux bateaux, on allait parfois plus vite dans certaines allures. Leur forme varie encore entre les bateaux, ça marche très bien selon certains angles et moins selon d'autres. Sur du vent de 100 degrés arrière, on allait très vite, tellement vite que j'ai utilisé les capacités de mon pilote automatique pour contrôler cette vitesse. Il ne faut pas non plus que j'aille trop vite car il me faut des temps de repos, et si à chaque petite risée (augmentation momentanée du vent, ndlr), le bateau s'explose en vitesse et accélère tellement fort, ça rend la navigation plus dangereuse, il peut y avoir une vague et ça peut abîmer le bateau. Aujourd'hui, je peux faire en sorte que mon pilote automatique stabilise la vitesse à 24 nœuds, comme ça il fera maximum 26. On est sur une capacité de navigation d'un multicoque. C'est aussi un énorme pari que de faire ces modifications qui nous ont coûté énormément d'énergie, d'attention et d'études et de le voir mis sur l'eau et marcher. Chapeau aux architectes d'avoir trouvé le bon équilibre et la bonne position des foils. 

Est-il possible de modifier de façon automatisée l'angle des foils ou devez-vous le faire manuellement ?

Il n'y a pas de gestion informatisée. Heureusement et malheureusement. Si un jour la classe ou le Vendée Globe décide d'autoriser d'informatiser cela, on verra, mais aujourd'hui on a ça que pour la barre. Tout le reste se fait manuellement. On a une pompe hydraulique dans la cabine et je pompe pour modifier l'angle des foils. C'est très manuel et pas suffisamment réactif pour pouvoir régler le rake (orientation des foils) entre chaque vague ou entre chaque risée. Il faut trouver le rake moyen pour une heure et on le change. Quand ça va vite, je m'assois dans le bateau et j'essaie de sentir, voir si le nez va trop haut, voir si le foil commence à cabrer, à ventiler, le bateau fait des petits sauts, ça veut dire que mon foil a trop d'angle d'attaque et que je dois le réduire. J'essaye de le sentir, d'avoir un feeling, avec le bateau le plus plat possible.

Pierre Bouras 7n4a7585

Quel sera le programme jusqu'au départ ?

Le bateau a été démonté dans le hangar à Lorient et une remise à l'eau est prévue le 12 août, avec première navigation le 15. Nous ferons un premier stage à Port-La-Forêt, avec le pôle Finistère course au large, où on s'entraîne encore 4 fois avant le Vendée Globe. Chaque stage dure une petite semaine, avec une période intense de 3 jours de navigation océanique, 2 jours en mer avec la flotte (8 bateaux). Chaque Vendée Globe a été gagné par un bateau de ce groupe, depuis qu'il existe. La fameuse Vallée des fous. On a réussi à être invité dans ce groupe, ce n'est pas évident de voir un navigateur allemand les rejoindre, naviguer et s'entraîner avec eux. C'est la partie sportive principale qui nous permet de nous entraîner et de nous mesurer aux meilleurs et de prendre de petits réglages, de petites marques et d'avancer encore. Et il y a une course en septembre, le Trophée Azimut, où on va naviguer sur une petite boucle Atlantique. C'est une belle dernière épreuve pour tout mettre en place et tout valider.

*Interview réalisée le 17 juillet, au lendemain de son retour de la course.

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