La gloire des temps anciens

C'est une biennale attendue que la Classic Week. Pour sa 14e édition, ce rendez-vous dédié aux embarcations anciennes a mis l'accent sur les Etats-Unis. Et a accueilli un navire revenu d'outre-tombe.

Vingt-cinq ans. Voilà vingt-cinq ans que la Monaco Classic Week a vu le jour. Et dire qu'au départ, cet événement devenu culte dans le monde du nautisme ne devait être qu'un one shot. Avec le temps, cette biennale est devenue le rendez-vous des amoureux du nautisme d'une autre époque. Une époque où la technologie n'existait pas, tout du moins pas comme on la connaît aujourd'hui. Où la navigation relevait encore de la grande aventure, même si cela en reste une encore aujourd'hui. Les choses sont simplement plus faciles. Mais là n'est pas le propos. 

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Du 11 au 15 septembre derniers, la marina et le Yacht Club de Monaco ont vu affluer un peu plus d'une centaine de navires d'époque, à voile comme à moteur. Concours d'élégance, de restauration mais aussi des chefs, régates sportives, soirées à thème et anniversaires sont autant de moments ayant rythmé ce voyage dans le temps offert par le YCM. Et, même si elle est dévolue aux bateaux anciens, cette semaine a également vu quelques grandes premières. Car oui, c'est possible.

Une flotte impressionnante

Habitués aux yachts contemporains, les passants qui se baladent généralement sur le port monégasque ont eu de quoi être surpris durant la semaine. "Nous avons eu 124 unités avec les canots à moteur, les Dinghies 12, les métriques et tous les voiliers de tradition", annonce Thierry Leret, responsable de la Monaco Classic Week. Répartis sur onze classes différentes, cela a donné "un plateau de bateaux magnifique, avec beaucoup de big boats et de goélettes", glisse Thierry Leret, encore sous le charme du spectacle auquel il a assisté et pris part durant une semaine. Époque Marconi ou Aurique, yachts classiques, mais aussi de plus petites unités avec les Dinghies 12, ces embarcations en bois d'acajou. 

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Sans oublier, bien entendu, les voiliers comme Tuiga (15 M JI) et les classes plus petites, allant du 12 M JI aux 6 M JI. "La classe des 8 M JI nous a d'ailleurs demandé d'organiser le mondial à Monaco d'ici à deux ans, donc nous allons voir", confie le responsable de la manifestation. Si les bateaux ont été plus nombreux qu'il y a deux ans, c'est aussi parce que bon nombre d'entre eux n'étaient encore jamais venus. "Nous avons accueilli l'association internationale des goélettes ainsi que les métriques pour la première fois," avec, notamment, la goélette Atlantic, venue du New York Yacht Club et qui avait réalisé, en 1905, le record de la traversée de l'Atlantique, en 12 jours, 4 heures, 1 minute et 19 secondes. Un record qui tiendra 75 ans puisqu'il sera battu par Eric Tabarly en 1980. Et parmi les nouveautés présentes cette année, l'une d'elles n'est pas passée inaperçue.

73 ans sous l'eau

C'est l'histoire d'un navire revenu d'entre les morts. Ou plutôt des tréfonds des eaux nordiques. Thierry Leret, incollable sur la vie de ces voiliers, raconte la fabuleuse histoire de ce qui fut une véritable Formule 1 des mers au début du XXe siècle. "Ester est un bateau de 1901, qui a gagné toutes les courses auxquelles il a participé entre 1901 et 1912 ou 1916. Il était un peu révolutionnaire puis ils ont voulu faire des aménagements de croisière et le bateau a coulé à l'aplomb, un jour, dans les eaux scandinaves." En mer Baltique exactement, à environ 500 kilomètres de Stockholm. 

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C'est en 1939 que la catastrophe a lieu, lors d'un incendie. Certains disent même que, grâce à ses membres d'équipage qui ont percé la coque avant de plier bagages, cette dernière ne s'est pas brisée en coulant. Étonnamment conservé après avoir passé 73 ans sous l'eau, le pourfendeur de vagues a été remonté à la surface, il y a 7 ans, et rénové, grâce à un consortium de passionnés. "Il est resté tout ce temps dans une eau qui n'est pas très salée, avec beaucoup de vase, ce qui lui a permis de bien se conserver. Un monsieur a entendu parler de cette histoire, il a recherché le navire, et via une association, avec d'autres amoureux de ce bateau, ils l'ont rénové. C'est un bateau unique, révolutionnaire, et le voir ici à Monaco, c'est une belle histoire." Une belle histoire qui s'est d'ailleurs prolongée, pour ajouter une nouvelle victoire au palmarès d'Ester. "Pour sa première réapparition publique, il a gagné le prix de la restauration", rappelle Thierry Leret.

"USA ! USA ! USA !"

Si le bateau suédois a forcément attiré l'œil et la curiosité, son histoire étant des plus atypiques, ce sont bien les Etats-Unis qui étaient à l'honneur cette année. "Il a été choisi parce qu'on a mis très souvent à l'honneur les bateaux européens et les plan Fife (de l'architecte William Fife), comme Tuiga, et on voulait essayer de séduire et de mettre à l'honneur les architectes et bateaux américains, comme Nathanael Herreshoff, John Alden, etc", explique Thierry Leret, pour justifier le choix des Etats Unis comme thématique 2019. S'ils sont parfois moins connus, ici, que leurs homologues européens, ils ont pu profiter d'une belle exposition une semaine durant. Et mettre en avant les USA est aussi "une façon de remettre la classe métrique à l'honneur avec toute cette évolution de la coupe de l'America et les liens d'amitiés que nous avons avec le Manhattan Yacht Club", précise le responsable de la manifestation. 

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Et comme la Monaco Classic Week ne concerne pas que les voiliers, les canots à moteur de Chris Craft ont également répondu présents, notamment par le biais des clubs Chris Craft France et Europe. Il n'était ainsi pas rare d'apercevoir au large des équipages habillés d'une tenue représentant la bannière étoilée. Et, comme le rappelle Thierry Leret, ce thème avait aussi une connotation historique et familiale, "puisqu'il y a bien entendu cette double identité de notre Prince-président".

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