En route pour Monaco

Pour la deuxième fois de son histoire, la Rolex Giraglia a choisi la Principauté comme lieu d’arrivée de sa course offshore. L’apothéose de six jours de compétition qui auront vu 295 équipages s’affronter entre San Remo, Saint Tropez et l'île de Giraglia, en Corse.

On a beau être habitué à voir au pied du Yacht Club de Monaco des voiliers plus beaux et plus performants les uns que les autres, pourtant ce vendredi-là, en arrivant sur le Port Hercule, difficile de ne pas s'émerveiller devant les alignements de bateaux à quai. Des Maxi, des J, des Wally, des Swan… un festival de classes et de jauges aux formes et couleurs variées. Sur le quai aussi, l'institution monégasque avait mis les petits plats dans les grands. Des petits salons blancs avaient poussé comme des champignons, une scène géante avait été installée pour l’occasion… Il n’en fallait pas moins pour accueillir l’arrivée de la Rolex Giraglia, 67e du nom. Il faut dire que recevoir celle que le monde de la voile appelle "la reine de la Méditerranée" est toujours un événement. D’autant plus quand c’est la deuxième fois de son histoire. "Nous sommes venus y a cinq ans lors de l'inauguration de ce merveilleux club house et cette année, parce qu'on veut continuer à bâtir des relations plus étroites avec les deux clubs jumelés", rappelle Emanuele Bassino, club manager du Yacht Club Italiano, l'une des deux institutions à l'origine de cette manifestation.

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Inshore et offshore

Aujourd’hui la Rolex Giraglia est la course la plus ancienne de la Grande Bleue, mais aussi "l’une des plus importantes" souligne Emanuele Bassino. Imaginée lors d’un dîner dans un bistro parisien par Beppe Croce, président du Yacht Club Italiano, René Levainville, président du Yacht Club de France et Franco Gavagnin, "elle a été créée dans la période d’après-guerre avec la volonté de remettre les Français et les Italiens au même niveau au moins sur le plan sportif". Raison d’ailleurs pour laquelle la Giraglia – du nom d'un petit îlot au large de la pointe nord de la Corse - "a toujours relié l'Italie à la France, avec soit une arrivée en Italie et un départ en France, soit le contraire", souligne Emanuele Bassino.

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 Et la formule n'a jamais changé même si l’épreuve, elle, a depuis évolué. Sponsorisée depuis plus de 20 ans par Rolex, celle qui a été renommée l’an dernier la Rolex Giraglia s'est enrichie pour offrir aujourd'hui trois épreuves combinant offshore et inshore. "Ce n'est pas la seule sur ce format, mais il n'y a pas beaucoup de régates comme celle-là", explique Tommaso Paleari, chef de projet du Yacht Club de Monaco pour cet événement. "On a une première manche de nuit qui part de San Remo et arrive à Saint- Tropez. Après, trois jours de régates côtières sont organisés dans la baie, avant le lancement de la course au large de 241 milles nautiques, qui part de cette presqu’île, effectue un petit dégagement à l'île de la Fourmigue (au large du Lavandou, ndlr) et après direction, le détroit de Giraglia, avant une arrivée normalement à Gênes et cette année à Monaco". 

Batailles en mer, la fête à terre

Depuis sa première édition, qui avait réuni 22 bateaux, la Giraglia n’a ainsi cessé de monter en puissance. Cette année, ils étaient 295 équipages, soit près de 3 000 marins, à quelques encablures du record de 305 embarcations établi en 2016. Parmi eux, un peu plus d’une vingtaine de Maxi, ces unités de plus de 65 pieds (21 mètres environ). "C'est une très vieille régate qui se modernise tous les ans. Notre collaboration de l'IMA (International Maxi Association) nous a amené plusieurs monstres de la mer, qui peuvent atteindre 25-28-30 nœuds de vitesse avec le vent adéquat. Ce sont des bateaux très élevés techniquement et parmi leurs équipages, on retrouve des champions du monde et olympiques". 

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Pour le club manager du YCI, ce succès, la manifestation le doit à sa formule. "Il y a de la compétition et de la passion. Elle se déroule dans des endroits merveilleux, à la mi-juin, qui est une période idéale. On retrouve dans les presque 300 concurrents à la fois le haut de gamme des voiliers les plus performants, comme les Maxi, mais également des personnes avec un petit yacht de 9/10 mètres qui s'amusent à faire quelque chose d'unique", confirme Emanuele Bassino avant d'enchaîner : "Mais ce n'est pas seulement la régate en soi. Il y a également tous les à-côtés : la grande fête à Saint-Tropez avant le départ de la offshore, qui a réuni cette année plus de 3 000 personnes, celle à Monaco (la soirée des équipages du vendredi soir). C'est le fait de se retrouver, la plupart reviennent chaque année". 

Arrivée surprise

Mais avant la fête, place à la compétition. Et c’était donc à San Remo que tout commençait avec une traversée nocturne de 60 milles nautiques pour rallier la capitale de la jetset, qui aura vu la victoire en temps réel du sociétaire monégasque Valter Pizzoli, à bord du Swan 45 Ange Transparent en un peu plus de 11h. "Sur la première manche, ils ont eu un léger vent d'est qui a accompagné les bateaux jusqu'à Saint-Tropez, avec comme d'habitude tous les petits thermiques descendants dans les différents vallons. C'est un peu la technique de cette première partie" relate le chef de projet du YCM. 

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Au large du fief de Brigitte Bardot, où un parcours banane (d'une bouée à l'autre) assez technique attendait d’un côté les Maxi et les Swan et de l'autre, les autres catégories les conditions ont été un peu plus capricieuses. Après une entrée en matière avec des conditions de vent instables, puis l’annulation des sorties du deuxième jour, le 3e jour aura permis quelques belles courses grâce à un bon vent entre 8 et 12 nœuds d'est-nord-est. 

Heureusement, la régate offshore, elle, s’annonçait sous les meilleurs auspices. Et le vent soutenu qui a accompagné le départ a offert un merveilleux spectacle. "Les plus petits sont partis en premier, puis les moyens et les gros avec 10 min de distance. Le vent venait de derrière, et après 30 secondes, ils étaient tous avec le spinnaker. Le golfe avec 20 nœuds de vent, l'air clair, le ciel bleu et l'explosion de couleurs des spis, c'était comme un champ de fleurs", relate le club manager. "On a eu de belles conditions", confirme Tommaso Paleari. "Ils sont partis de Saint-Tropez avec un vent d'ouest qui les a accompagnés jusqu'à Giraglia. Après généralement, le vent d'ouest tombe et arrive ensuite celui d'est. A ce moment-là, il peut y avoir un petit passage sans vent, ce qui n'a pas été le cas pour cette édition"

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De quoi promettre une traversée rapide, mais surtout aussi alimenter le suspens. Car tout semblait enfin réuni pour faire tomber le record de la traversée, établi en 2012 par le sociétaire monégasque Esimit 2 en 14 heures, 56 minutes. Malheureusement, le vent a faibli à 50 milles des côtes monégasques, ruinant les espoirs du leader et favori de l’épreuve, le Maxi Rambler 88. L’équipage de George David franchira la ligne à 4h35 du matin après 16 heures de navigation, s’octroyant la victoire en temps réel. Les derniers, que l’on attendait seulement pour la remise des prix le samedi matin, auront eux aussi bénéficié de ces belles conditions puisque tous avaient franchi la ligne d’arrivée au petit matin du vendredi, après un pic dans la nuit. "C'était incroyable", souligne Tommaso Paleari. "Plus de 80 bateaux sont arrivés en même temps vers 3-4 heure du matin. Toutes ces petites lumières sur la mer, c'était vraiment un beau spectacle." 

Les Monégasques en force

Notons que parmi la foule de concurrents, on retrouvait bon nombre de membres du club de la Principauté. A commencer par le plus emblématique, Malizia II, barré par Boris Herrmann et le vice-président du YCM Pierre Casiraghi. Seul représentant de la classe IMOCA, il a terminé 9e au général, premier de sa catégorie et 5e en temps compensé. Initialement annoncé, Tuiga a "malheureusement a dû se retirer avant le départ, en partie pour un petit problème technique et pour l'autre en raison des conditions et des prévisions météo. C'est quand même un bateau de 200 ans, on n'a pas voulu prendre de risques", explique Tommaso Paleari. "Il y avait également Marie, une réplique d'un voilier classique, le plus grand ayant jamais participé à la Giraglia, avec 54 m. Et d'autres membres, comme le Swan 45 Ange Transparent de Valter Pizzoli, qui est arrivé 2e à la régate in shore à St Tropez, L'Imaginaire, Squiz 2… Le Rambler 88 est aussi un membre du club, même si son pavillon n'est pas monégasque, tout comme Magic Carpet Cubed de Lindsay Owen Jones (arrivé 2e)", énumère le chef de projet de manière non-exhaustive. 

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Notons la victoire en Club Swan 50 du sociétaire du club Dmitri Rybolovlev (Skorpios). "C'est très positif, le Yacht Club de Monaco était vraiment très bien représenté", souligne le chef de projet qui, à l’instar de club manager du Yacht Club Italiano, espère bien aujourd’hui que la reine de la Méditerranée fera vite son retour en Principauté.

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